Le 29 décembre dernier, s’est éteint un géant du sport mondial : Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé. Ce joueur de football au palmarès mythique, a en réalité réussi à dépasser les frontières de son simple sport pour permettre au Brésil d’être reconnu à l’international. Celui qui était surnommé « le Roi Pelé » a en effet eu de multiples fonctions tout au long de sa carrière : tantôt footballeur, tantôt ambassadeur pour l’ONU et l’UNESCO, il a également été ministre extraordinaire des Sports pendant trois ans entre 1995 et 1998. Son aura a ainsi marqué l’ensemble du monde du football et a pu être utilisée par les politiques de son pays pour développer l’image de marque du Brésil.

Une carrière sportive hors du commun

Considéré comme le meilleur joueur de tous les temps, le génie de Santos a bâti sa légende sur ses performances sportives.  L’homme aux plus de mille buts s’est construit un palmarès unique dans l’histoire du football : en effet, il est le seul joueur à avoir réalisé l’exploit de gagner trois coupes du monde (1958, 1962 et 1970). Mais son héritage ne se résume pas à ce palmarès unique : la plupart des gestes techniques des joueurs de football modernes sont en réalité des créations du génie brésilien. Lorsque Pelé pénètre sur le rectangle vert avec son mythique numéro 10 dans le dos, une forme de magie s’empare des foules et les tournées amicales organisées aux quatre coins du globe par son club sont un mélange entre les tournées des Harlem Globetrotters et des visites d’Etat. La légende dit que le Roi a réussi, au cours d’une tournée au Nigéria avec le Santos FC en 1969, à instaurer un cessez-le-feu de 48 heures lors de la guerre du Biafra par son génie balle au pied. Il a également révolutionné l’histoire de son sport en transformant le numéro 10 en ce numéro mythique que tous les plus grands joueurs s’arrachent encore aujourd’hui. Considéré par tous les spécialistes du ballon rond comme en avance sur son temps, il a fait passer une dimension supérieure au football et au sport en général par ses actions en dehors du terrain. En effet, son arrivée en 1975 aux Etats-Unis au sein des Cosmos de New York semble prendre une tournure diplomatique avec l’échange entre le président brésilien Geisel et Kissinger. Les deux hommes ont ainsi vu dans ce transfert, une possibilité pour le Brésil et les Etats-Unis de nouer des relations diplomatiques durables.

Ainsi, par son football, le Roi Pelé fait figure de premier ambassadeur du Brésil à l’étranger et est l’incarnation ultime du soft power que représente le football. C’est à partir de lui et de ses trois coupes du monde, que l’image mondiale du Brésil comme le pays du Football et du beau jeu s’est construite.

Un symbole brésilien malgré lui

Au-delà Au-delà de la réussite sportive que Pelé a rencontrée, il a également été un outil géopolitique et de politique intérieure pour le Brésil et ses dirigeants. Contrairement à d’autres figures mythiques du football comme l’argentin Maradona ou le brésilien Socrates, le Roi a préféré rester neutre politiquement jusqu’à son dernier souffle. Symbole de son peu d’estime pour les politiques, il déclarait récemment qu’il croyait « avoir fait beaucoup plus pour le Brésil avec [s]on football et en étant [lui-même] que bien des hommes politiques payés pour le faire ». Symbole ultime de sa neutralité politique, la mise en place d’une période de deuil national a été l’une des dernières décisions prises par Jair Bolsonaro et le nouveau président brésilien, Lula, s’est déplacé à Santos pour rendre hommage au Roi. Malgré lui, Pelé est devenu, dès sa première victoire en Coupe du monde 1958 du haut de ses dix-sept ans, une figure importante pour le Brésil en incarnant à l’international le renouveau d’un pays à la recherche d’un nouveau souffle. Sa présence à la Coupe du monde 1970 est par ailleurs avant tout le résultat d’une insistance extrême du dictateur en place à l’époque, le général Médici. En effet, par la présence de Pelé, le président brésilien de l’époque voyait une opportunité de faire oublier les répressions de son régime, d’acheter la paix sociale au sein de son pays pour la durée de la compétition et de développer une image internationale positive autour de sa personne et de son régime. C’est dans ce but que les célébrations victorieuses ont été organisées, mettant particulièrement en avant la « proximité » du dirigeant avec les joueurs de sa sélection.

Le seul engagement politique du mythique numéro 10, si l’on peut le qualifier ainsi, a duré  quatre années, entre 1995 et 1998. Il débarque alors sans étiquette au sein d’un gouvernement de droite en tant que Ministre exceptionnel des Sports : il devient ainsi le premier ministre noir du Brésil. Durant ses quatre années de mandat, il s’est attelé à réformer le monde du football au Brésil, cherchant à faire passer le football de clubs archaïque et corrompu à un système plus vertueux et plus transparent. Cela  lui a valu les foudres du président de la Fédération brésilienne de football de l’époque, Ricardo Teixeira, mais également de l’ancien président de la FIFA, Joao Havelange qui a été jusqu’à menacer le pays du football d’exclusion de la Coupe du monde 1998 si le projet de loi passait. 

Toute sa vie le pouvoir politique a ainsi cherché à instrumentaliser Pelé, ce qui montre le pouvoir pris par le football au travers de sa plus belle incarnation.

Conclusion

Au-delà de ses qualités sportives balle au pied, Pelé restera, à l’image d’un Ali pour la boxe ou d’un Jordan pour le basket, une icône qui a su dépasser son sport pour devenir une des plus belles histoires de l’époque contemporaine.  Ainsi, c’est cet enfant des quartiers pauvres de Santos que rien ne prédestinait à une carrière de footballeur qui a permis à son sport de prendre la dimension qu’il a aujourd’hui dans le monde, une dimension internationale de la puissance, une véritable incarnation du soft power. Avec ses gestes techniques, son numéro 10 floqué dans le dos, il a, le temps d’une vie, incarné le football dans ce qu’il a de plus beau à offrir au monde. Désormais, il est une des plus belles légendes de son sport, si ce n’est la plus grande.

// ENGLISH //

He was the football

Last 29th of December passed away a sports giant: Edson Arantes do Nascimento, called Pelé. This player still has a mythical track record and succeeded in going beyond the boundaries of his hobby to enable Brazil to become internationally recognized. In fact, the one that was nicknamed “King Pelé” has played different roles throughout his career: he has been a football player, an ambassador for the ONU and the UNESCO, and he has also been a wonderful Minister of Sports for three years between 1996 and 1998. Thus, his aura left its mark to the football world and could be used by politicians of his country to develop Brazil’s brand image. 

He has an outstanding sporting career

He was considered the best player ever. The genius of Santos built his legend on his athletic performance. The man of more than a thousand goals made himself a unique list in football history: in fact, he is the only player that have achieved winning three world cups (in 1958, in 1962 and in 1970). However, his legacy is much more than this unique list: in reality, most of technical gestures of modern football players are coming from the Brazilian genius. When Pelé entered the green and rectangular field wearing on his back his 10-renown number, crowds were acting as being under a spell, and goodwill tours that his club organized all over the world were a mix between Harlem Globetrotters’ tours and State visits. Legend says that the reign of the king was successful. In 1969, while being on a tour in Nigeria with Santos FC, he managed to establish a 48-hour ceasefire during the Biafra war with his football talent. He also revolutionized the history of his sport by making the number 10 this mythical number for which the best football players are still competing for today. He is considered ahead of his time by all football specialists. With his off-field actions, he gave a higher dimension to both football and sport. From fact, his 1975 arrival to the United States in New-York’s Cosmos seems to take a diplomatic turn with the discussion between the Brazilian president Geisel and Kissinger. In this situation, the two men have seen an opportunity for both Brazil and the United States to build long-term diplomatic relationships.

Thus, with his playing, King Pelé is seen as the first Brazil ambassador abroad and is the ultimate embodiment of the soft power that football represents. Thanks to him and his three world cups, today international image of Brazil has been built, the country being considered as the first country of both Football and the “beautiful game”. 

Pelé is a symbol of a Brazilian identity despite himself

Beyond his sporting success, Pelé has also been a geopolitical and an internal political tool for Brazil and its leaders. Unlike other football mythical figures such as the Argentinean Maradona or the Brazilian Socrates, the King had opted for political neutrality until his last breath. A period of national mourning has been established in tribute to his political position. It has been one of the last decisions taken by Jair Bolsonaro, and the new Brazilian president, Lula, moved to Santos to pay homage to the king. In 1958, after his first world cup victory, the seventeen-year-old Pelé became a Brazil leading figure despite himself. Thus, he was internationally representing the renewal of a country searching for a new breath. Moreover, his participation at the World Cup 2008 is above all the result of the insistence of the dictator Médici that was ruling the country at the time. In fact, with Pelé playing, the former president of Brazil had seen an opportunity to make Brazilians forget about his political repressions, to buy social peace within his country during competition and to develop a positive and an international image for himself and his government. They were the reasons why victory celebrations had been organized, especially highlighting the leader’s proximity with players in the selection. 

The only political commitment of the mythical number 10, if we can use that term, had last four years, between 1995 and 1998. Unknown at the time, he had entered a right-wing government holding the position of Minister of Sports: this is how he became the first black Minister of Brazil. During his four-year mandate, he had got down to reform football in Brazil, attempting to end with the antiquated and corrupted clubs to establish a more virtuous and transparent system. His willingness incurred the wrath of the FIFA former president, Joao Havelange who went so far as to threaten the country to be excluded from the 1998 World Cup in the case the law was adopted.

Political power has attempted to use Pelé all his life. This shows the power that the football player had taken throughout his beautiful embodiment. 

Conclusion

Beyond his sporting qualities, Pelé will remain an icon who managed to make his sport one of the best stories of the modern era, just like Ali is to boxing or Jordan to basketball. Thus, this child born in the poor districts of Santos had not been predestined to a football player career. He enabled his sport to take the internationally dimension it has today, a global dimension of power, a real soft power embodiment. With his technical gestures, the number 10 printed on his back, for a lifetime, he had embodied football and the best it can offer the world. Now, he remains one of the greatest legends of his sport, if not the best.

Lucas Villard
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Sixtine Bayet (traduction)
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