Après la prolongation du génie de Bondy au Parc des Princes, des questions autour de l’intervention du Président de la République, Emmanuel Macron, restent en suspens. En effet, l’avocat de la Liga, Juan Branco ainsi que le président du Real Madrid, Florentino Perez, dénoncent des pressions politiques venant du plus haut niveau de l’Etat sur la star parisienne. Les principaux intéressés l’ont eux-même reconnus : l’actuel locataire de l’Elysée, Emmanuel Macron, mais également un de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, en raison de sa proximité avec le pouvoir qatari, sont intervenus personnellement auprès du joueur pour l’encourager à renouveller son contrat.

              Au travers de ces consultations présidentielles se trouve l’influence grandissante que la géopolitique a sur le sport en général.

Le football comme outil de soft power qatari

En tant que sport le plus populaire, le football quitte la seule sphère du loisir et entre dans le grand barnum géopolitique actuel. En effet, le football fait figure de sport phare en ce qui concerne le soft power. Cela est particulièrement le cas pour un pays comme le Qatar, à seulement cinq mois de l’évènement phare que représente la Coupe du monde de football. De plus, l’organisation de l’évènement sportif le plus suivi au monde (outre les Jeux Olympiques d’été) entre dans une logique plus globale qui a notamment vu le diffuseur Bein Sport arriver en France et en Europe en 2011 ou encore une compagnie aérienne comme Qatar Airways devenir le principal sponsor maillot d’un géant du football comme le FC Barcelone.

C’est dans cette optique de développement du soft power et avec le soutien du Président Sarkozy que le Paris Saint Germain est racheté au début de l’été 2011 par Qatar Sport Investment, une filiale du fond d’investissement souverain qatari dédiée aux investissements dans le monde du sport. L’objectif est de faire du club de la capitale française une place centrale du football européen et ainsi de diffuser une image positive du Qatar à l’international  en profitant de la vie et des paillettes parisiennes. On peut d’ailleurs à ce stade voir que le pari est réussi du point de vue de l’image de marque : le PSG a notamment réussi à installer l’une de ses boutiques sur la mythique 5ème avenue de New York.

Ainsi, pour un pays comme le Qatar, le sport et le football apparaissent comme des facteurs-clés de développement de son image vis-à-vis de géants de la région comme l’Arabie Saoudite : l’organisation de la Coupe du monde à la  fin de l’année 2022 est ainsi l’aboutissement de la politique sportive qatarie.

Le football comme nouveau lieu de contestation

              Or, l’organisation de la Coupe du monde au Qatar a également pu avoir des conséquences néfastes pour ce petit pays du Golfe : dès l’attribution de la Coupe du monde au pays en 2010, des soupçons de corruption active et passive ont émergé dans les médias avec notamment un déjeuner à l’Elysée à quelques jours du vote impliquant le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, l’ex président de l’UEFA, Michel Platini mais également l’actuel émir du Qatar, Tamim Bin Hamad Al-Thani.

              Plus important encore, des révélations concernant les conditions de travail des ouvriers étrangers participant à la construction des stades de la Coupe du Monde ont vu la presse et les joueurs critiquer le pouvoir et les règles encadrant le travail au Qatar. Des progrès pour redorer l’image du pouvoir qatari ont donc eu lieu en ce sens avec notamment la suppression officielle de la Kafala en 2016. Cependant, il faut nuancer en notant que cette loi qui permettait de mettre sous tutelle des travailleurs étrangers (et de les exploiter sans qu’ils aient un moyen de s’en aller) est toujours en vigueur officieusement : Amnesty International dénonce notamment le manque de contrôle et la différence entre la théorie légale et la pratique réelle.

              Ainsi, le sport – en particulier le football – exerce donc également une forme d’influence sur les coutumes et les sociétés qui les accueillent : le monde du football avec les fédérations nationales norvégiennes, allemandes, hollandaises mais également bon nombre de joueurs comme le hollandais Matthijs de Ligt ou encore le norvégien Erling Haaland ont ainsi pris position contre la situation au Qatar, poussant ainsi les autorités de Doha à céder du terrain pour redorer leur image. Cependant, une absence dénote dans cette liste, celle du pays des Droits de l’Homme : la France.

Une aide mutuelle entre Qataris et Français dans le contexte actuel

              En effet, malgré les prises de position individuelles courageuses comme celle du capitaine de l’Equipe de France, Hugo Lloris, la fédération française reste silencieuse devant l’émoi mondial qu’entraîne une Coupe du monde de football responsable de la mort de 6 500 ouvriers depuis 2010 selon le quotidien britannique The Guardian. Ce silence incompréhensible est notamment dû aux relations cordiales qu’entretiennent les deux Etats.

              Comme nous l’avons rappelé, le soutien français aux Qataris est historique notamment en ce qui concerne leur entrée dans le monde du sport. De plus, ce soutien de la part de l’Etat français est avant tout réalisé pour des raisons économiques, le Qatar ayant racheté un certain nombre de palaces parisiens comme le Royal Monceau et étant un des principaux clients de l’Etat français en matière d’armement.

              La signature de Kylian Mbappé avec le soutien de deux Présidents de la République apparait ainsi comme un énième cadeau fait à cet émirat du Golfe. Cependant, le contexte géopolitique avec la crise en Ukraine et le besoin de sécuriser un approvisionnement en gaz et en pétrole y sont certainement cruciaux et il ne serait pas étonnant de voir le Président français demander un retour d’ascenseur au moment des négociations concernant les prix des hydrocarbures que possèdent le Qatar. On peut d’ailleurs voir que cela a en partie déjà débuté avec l’annonce qatari du 12 juin signifiant que « le géant français TotalEnergies devenait le premier partenaire étranger du Qatar pour développer le plus grand champ de gaz naturel du monde, le projet North Field East » jusqu’en 2054. Cet accord pourra par exemple compenser le départ de Russie que Total doit acter d’ici la fn d’année 2022.

Conclusion   

              Ainsi, le sport et le football apparaissent comme des éléments cruciaux du soft power d’un Etat. Cela a été très bien compris par les pays du Golfe, qui utilisent les mannes financières importantes qu’ils tirent des hydrocarbures pour développer une image vertueuse et diversifier leur sources de revenus et d’influence. La prolongation du « phénomène parisien » et sa mise en avant comme tête de gondole du projet parisien alors qu’il est considéré par beaucoup de spécialistes comme le meilleur joueur actuel de la planète football est ainsi une nouvelle manière de dissimuler les critiques. Le seul objectif à terme est plus global avec la mise en avant de la puissance et de l’aura de ce pays qui n’a de cesse de vouloir développer son image de marque, de standing afin d’influer sur le cours des choses avec en toile de fond l’ombre du géant régional qu’est l’Arabie Saoudite.

Mbappé, a geopolitical asset for the Qatari ?

After the renewal of the ‘Bondy’s genius’ ‘s contract in the Parc des Princes, questions remain about Emmanuel Macron’s intervention. Indeed, Juan Branco -the lawyer hired by the Liga- as well as the Real Madrid president Florentino Perez condemn political pressures applied by the top of the State on the parisian star. The main stakeholders themselves admitted it : the current occupant of the Elysée Palace but also one of his predecessors : Nicolas Sarkozy, on account of his relationship with the Qatari power. They personally involved themselves by encouraging the football player to renew his contract.

              Through these presidential counsellings lie the growing influence of the geopolitics in sport as a whole.

Football as asset for the Qatari soft power

As the most popular sport, Football leaves its entertainment purpose and mingles with the convoluted current geopolitics. Indeed, nowadays, Football plays center stage in the soft power. This is especially true for a country like Qatar which is only five months away from the flagship event of the football world cup. The organisation of the most watched sport event in the world (besides the Summer Olympic Games) plays a more global role that brought the broadcaster Bein Sport in France and in Europe or the airline company Qatar Airways as the main sponsor on the most famous Barça shirt.

              Following this line of thought, the Paris Saint Germain was bought by the Qatar Sport Investment in 2011, a branch of the Qatari Sovereign Wealth Fund dedicated to investments in the sport world. The goal is to make the club of the French capital one of the greatest in Europe thus speading a positive image of Qatar at an international scale using the charm and the renown of Paris. It can now be seen that this gamble is successful concerning the brand image : PSG manages to set one of its shop in the legendary 5th avenue of NY.

              Thus, for a country like Qatar, sport and football seem a key factor of the development of its image in comparison with giants of the area like Saudi Arabia : the organisation of the world cup in 2022 is the result of the Qatari sport policy.

Football as a new way to contest

              However, the organisation of the world cup in Qatar had also harmful consequences for this small Gulf country : indeed, as soon as it was given the hosting of the world cup in 2010, hints of passive and active corruption appeared in the media namely with a lunch at the Elysée between Nicolas Sarkozy, the former French président, Michel Platini -the former president of the UEFA- but also the current Qatari Emir Tamim Bin Hamad Al-Thani some days before voting.

              Even more important : uncoverings of harsh working condition for the workers that participated in the construction of the stadiums came to light in the press and players called the power and the working rules in Qatar out. Advances to regain prestige are made namely with the officail suppression of the Kafala policy in 2016. Nevertheless, it needs to be nuanced as this law allowed to put under their yoke foreign workers (and exploit them since they do not have any means to leave) which is still in effect unofficially : Amnesty International denounced the lack of control of the authorities.

              Sport, and especially football apply a form of influence on customs and societies that welcome them : the football world with national federations (Norway, German, Netherlands) but also a great number of players like the Dutch Matthijs de Ligt and the Norwegian Erling Haaland took a stand against the Qatar, forcing Doha’s authorities to back down to restore their image. However, one country is still absent from this list : the country of the human rights : France.

A mutual help between Qatar and France.

              Despite courageous and individual stances like the one of the French football team captain, Hugo Lloris, the French federation stood quiet in front of the worldwide excitement aroused by the Football World Cup guilty of the death of 6 500 workers since 2010 according to the daily British newspaper The Guardian. This beyond understanding silence is part due to the amical relationship between the two States.

              As it was said, French help to the Qatar is historical especially regarding their beginning the sport world. What’s more, this support on the part of the French State is first and foremost for economical reasons, Qatar being one of the main clients of the French State in terms of armament and  having bought some luxury hotels like the Royal Monceau.

              Kylian Mbappé’s renewal together with the support of two presidents of the French Republic seem like an umpteenth present given to this Gulf emirate. However, the geopolitical context with the Ukraine crisis and the need to secure a supply of gaz and oil that are surely of the most importance and it would not be shocking to see the French president asking a return of favour at negociation time concerning prices of hydrocarbon that Qatar possesses. It can be seen that it has already started with the Qatari statement last 12th of June saying that “ Qatar announced on Sunday June 12 that it had chosen the hydrocarbon giant TotalEnergies as the first partner for the expansion of the North Field, the largest LNG project in the world. “ until 2054. This agreement will for exemple compensate the departure of Russia that Total has acknowledge until end of 2022.

Conclusion

Thus, sport and football appear to be crucial elements of a State’s soft power. This has been well understood by the Gulf countries ; that use large financial windfall that they get from hydrocarbon to develop a vertuous image and to vary sources of income and influence. The extention of the Parisian Phenomenon and its emphasis on being at the core of the Parisian project even if he is considered by lots of specialists as the best current player of football is a new way of concealing criticisms. The only goal at the end is a global one : with the emphasis of the power and of the aura of the country which has not stopped to develop a brand image, a standing image to influence on the affairs and in particular getting out of the shadows the regional giant that is Saudi Arabia.

Lucas Villard
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