Le 11 janvier 2022, Robert Habeck, le nouveau vice-chancelier et ministre de l’Économie et de la Protection du Climat allemand, a annoncé que les objectifs climatiques pour 2022 et 2023 de l’Allemagne sont d’ores et déjà hors d’atteinte. Malgré de nombreuses déclarations de principe, il s’avère aujourd’hui que la stratégie allemande en matière de transition énergétique comporte de nombreuses lacunes. Alors que le dernier volet du rapport du GIEC préconise l’utilisation du nucléaire comme énergie décarbonée aux côtés de l’éolien, du solaire et de l’hydraulique, le bras de fer franco-allemand sur le sujet est relancé de plus belle.

Depuis 2010, la réduction moyenne des émissions de gaz à effet de serre a été de moins de 2% par an outre-Rhin. Pour respecter les objectifs fixés à 2030 par le gouvernement, il faudrait arriver à une moyenne annuelle de 6%. Par ailleurs, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique est en baisse significative (-5% entre 2020 et 2021) tandis que la production des centrales à charbon a atteint un niveau record. Les énergies fossiles représentent, quant à elles, plus des trois quarts de la consommation énergétique des foyers allemands, qui se chauffent majoritairement au gaz naturel, contrairement aux foyers français se chauffant principalement grâce à l’électricité provenant à 80 % du nucléaire.

En comparaison, la France fait figure de bonne élève avec près de 92 % d’électricité décarbonée en 2021. Selon le gestionnaire de réseau électrique RTE, l’intensité carbone du mix électrique français est de 36 gCO2/kWh, ce qui en fait l’un des plus faibles du monde. C’est 6 fois moins que la moyenne européenne. Côté allemand, l’intensité carbone était de 454gCO2/kWh, soit plus de 10 fois que la France, mais toujours 2 fois moins que la Pologne dont la moyenne est de 768gCO2/kWh.

La guerre en Ukraine ayant mis au jour les divergences en matière de politique énergétique entre les pays de l’Union européenne, et plus particulièrement la vulnérabilité de l’Allemagne due à sa forte dépendance au gaz russe, il est légitime de s’interroger sur les causes politiques d’une telle divergence stratégique en matière de gestion énergétique.

Chronique de la politique allemande de l’énergie

L’Union européenne s’est historiquement construite autour d’un projet commun lié à l’énergie avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) et Euratom. Or, il est aujourd’hui évident qu’aucune réelle stratégie commune ne subsiste malgré le traité de Lisbonne de 2007 avec lequel la politique énergétique devient une compétence « partagée » entre les membres. En cause, l’article 194, alinéa 2 qui souligne que chaque Etat membre dispose du dernier mot concernant son mix énergétique. D’un côté, l’Allemagne s’est tournée vers le charbon et le gaz naturel couplés aux énergies renouvelables. De l’autre, la France a fait le choix de l’énergie atomique pour subvenir à ses besoins.

Cette divergence s’explique par la construction d’un traumatisme allemand autour du nucléaire durant la seconde moitié du XXe siècle. À la fin de la 2de guerre mondiale et avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis, les Allemands se rendent compte avec effroi qu’ils auraient pu subir le même sort que leurs alliés japonais si la guerre s’était prolongée. Ce sentiment s’est renforcé avec la crise des euromissiles entre 1977 et 1987, l’Allemagne étant alors le territoire le plus exposé à un éventuel conflit nucléaire entre les deux blocs. Cette peur a été immédiatement instrumentalisée par les services secrets soviétiques qui voulaient entraver le déploiement des missiles américains en RFA, notamment en entretenant des réseaux d’activistes .

En 1980 est créé un parti politique par des militants antinucléaires ouest-allemands, Die Grünen (Les Verts). Ce parti fonde le mouvement Energiewende et croît en popularité auprès de la population en dénonçant l’opacité des projets sur le nucléaire, suscitant ainsi leur hostilité à l’atome. En 1990, une alliance est mise en place dans le cadre des élections municipales entre Die Grünen et la CDU alors au pouvoir. Les Verts obtiennent de plus en plus d’influence au niveau local et fédéral et deviennent la conscience écologique de la CDU. Ils obtiennent du chancelier Helmut Kohl la mise en place en 1991 de la loi de tarif de rachat qui impose aux compagnies électriques d’acheter l’électricité issue des énergies renouvelables à un tarif supérieur à celui du marché afin de soutenir la filière. Dès lors, l’Energiewende devient le cœur de la transition énergétique allemande, mais aussi de sa transformation économique.

Durant les années 2000, les Verts arrivent à évincer progressivement les industriels allemands du nucléaire, les empêchant notamment de construire de nouvelles centrales, tout en poussant au développement des énergies renouvelables. C’est l’incident de Fukushima en 2011 qui ravive les vieilles peurs allemandes de l’atome, entrainant la fermeture des derniers réacteurs existants par Angela Merkel.

La stratégie française de transition énergétique

Le choc pétrolier de 1973 a orienté la France vers une politique énergétique radicalement différente. Pour éviter de dépendre de nouveau des énergies fossiles pour sa production d’électricité, la France se lance dans un programme massif de constructions de centrales nucléaires. En à peine 21 ans, 58 réacteurs à eau pressurisée sont lancés en toute sécurité. La volonté politique d’asseoir la souveraineté énergétique française a permis de structurer l’industrie en développant des compétences adaptées. En 1989, un rapport ministériel commandité par le Premier ministre Michel Rocard démontrait que déjà 90 % du mix énergétique français était décarboné avec 70 % de nucléaire et 20 % d’hydraulique, et précisait en page 41 «les exportations d’électricité françaises permettraient de réduire de manière significative les émissions de CO2 de nos voisins». La France était donc déjà à l’époque l’un des pays au monde les plus proches de l’objectif de la neutralité carbone aux côtés de la Norvège et de la Suède qui bénéficient d’une hydrographie spécifique que la France ne possède pas. On constate donc que la neutralité carbone est possible avec des stratégies différentes en fonction des atouts géographiques des pays.

L’Energiewende au cœur de la politique allemande

Force politique majeure depuis la fin des années 90, Die Grünen fait aujourd’hui partie de la coalition à la tête du gouvernement. Le parti a su influencer l’ensemble de l’intelligentsia allemande, particulièrement dans le domaine économique grâce à ses politiques de subventions qui ont favorisé le développement d’une économie de la transition énergétique. Ainsi, des entreprises comme Siemens, Enercon ou Nordex sont aujourd’hui parmi les onze premiers fabricants d’éoliennes au monde (9), tandis que l’on distingue plus de vingt syndicats et associations représentant les industries des énergies renouvelables allemandes, mais pas un seul groupement défendant les intérêts des travailleurs de la filière nucléaire.

D’un point de vue géostratégique, la position de l’Allemagne au centre de l’Europe la relie énergétiquement à l’ensemble de ses voisins via des interconnexions électriques transfrontalières, alors que le pays ne dispose que de faibles capacités de stockage (10). En choisissant d’augmenter sa part d’énergies renouvelables (notamment éolienne et solaire), l’Allemagne s’expose à plus d’instabilité en matière de production électrique en raison des aléas climatiques. En effet, l’éolien et le solaire sont des énergies non modulables et non pilotables, c’est-à-dire qu’on ne peut pas adapter la production aux besoins énergétiques en temps réel. Dans l’état actuel des connaissances, le stockage de l’électricité n’est pas capable, en volume, de pallier leur intermittence aléatoire non synchrone aux besoins énergétiques à l’échelle d’un pays. Par conséquent, il est impératif pour l’Allemagne de conserver une part de moyens de production modulables et pilotables, ce que sont le nucléaire et les énergies fossiles. Le pays ayant fait le choix de sortir du nucléaire pour les raisons précédemment évoquées, il doit désormais se tourner vers le charbon, le gaz et le pétrole, et se reposer sur la production énergétique de ses voisins pour compenser toute surcharge de la demande. Dès lors, l’Energiewende, considérée comme le fer de lance de la puissance économique allemande, ne saurait en ce sens exister sans la coopération de ses voisins.

L’influence allemande au sein des institutions européennes

Cette interconnexion des réseaux électriques fonctionne néanmoins dans les deux sens : lorsque l’Allemagne produit trop, elle peut exporter. Or, cette exportation passe par la libéralisation du marché européen de l’électricité. Pour l’Allemagne, cela ne pose pas de problème, car son marché est construit autour de quatre énergéticiens principaux : E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall qui agissaient déjà de manière libérale sur le marché allemand. Pour la France, cette libéralisation est problématique, car le marché français est constitué d’un monopole géré par l’État, EDF, qui est dès lors mis en danger par la concurrence. EDF étant le principal exploitant de centrales nucléaires de France, son exposition à une forte concurrence limite sa capacité à entretenir son parc, mettant de facto en péril l’avenir du nucléaire français. En se servant du droit pour faire disparaître les barrières à l’entrée de ce marché, l’Allemagne favorise donc la suprématie de son modèle et met en danger celui de ses partenaires.

De même, le principal argument avancé en faveur de la libéralisation, celui de la pression à la baisse des prix de l’électricité, s’est finalement révélé faux : le prix du courant a connu une augmentation importante, synonyme d’augmentation des coûts de la facture d’énergie pour le consommateur européen.

Cette influence allemande sur la politique énergétique européenne ne s’arrête pas là. En effet, Berlin a réussi à obtenir des subventions de la Banque Européenne d’Investissement pour les énergies reconnues comme vertes par Bruxelles, tout en excluant le nucléaire de cette définition malgré l’absence de rejet de CO2, par le biais d’un redoutable lobbying au sein des institutions européennes. De plus, les entreprises allemandes ayant une part de leur activité liée au secteur de l’énergie et recevant des aides de la part de l’Union européenne sont bien plus favorisées que leurs homologues français. À titre de comparaison, des champions français de l’énergie comme EDF et Total reçurent respectivement en 2019, 68 851 000 € et 72 676 000 €, soit moins de la moitié de ce qu’a reçu à elle seule l’entreprise allemande SIEMENS au cours de la même année.

Le combat autour de la taxonomie européenne

Lancée en 2018 dans le cadre du plan d’action intitulé « Financer la Croissance durable », la taxonomie européenne est un outil visant à rediriger les flux financiers européens vers des activités plus durables. La grande question réside dans la définition par Bruxelles de ces « activités durables ».

Alors qu’une première proposition concernant la taxonomie avait été faite dès mai 2018, le Parlement européen fit le choix sous la pression de l’Allemagne d’exclure le nucléaire de l’équation en mars 2019. C’est le début d’une bataille rangée entre Paris et Berlin. En mars 2021, la Commission européenne rendait un rapport recommandant de labelliser le nucléaire comme « activité verte ». Cependant, la victoire politique française n’est pas assurée, car les débats ont été repoussés à 2022. En parallèle, les lobbyistes allemands tentent de faire labelliser le gaz naturel en tant qu’énergie de transition.

La guerre en Ukraine, vers un changement de donne?

Selon l’ONG Reclaim Finance, la guerre en Ukraine révèle les effets délétères du projet européen de labellisation verte. « La taxonomie de l’UE encourage la construction de centrales à gaz qui maintiendraient ou augmenteraient la dépendance gazière de l’Union » vis-à-vis de « régimes autoritaires comme la Russie », a estimé dans un communiqué Reclaim Finance. En effet, en 2021, l’UE consommait 400 milliards de m3 de gaz, dont 155 milliards de m3 provenaient de Russie. Le 27 avril 2022, l’opérateur russe Gazprom a d’ailleurs annoncé la suspension de livraisons de gaz à destination de la Pologne et de la Bulgarie.

Par ailleurs, le 1er mars 2022, le projet de gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique s’est brutalement arrêté avec le dépôt de bilan du constructeur et le licenciement de l’ensemble des employés.

Les conséquences du conflit sur la stratégie énergétique européenne et particulièrement allemande restent difficilement évaluables à long terme. À court et moyen terme, l’UE se fournira davantage auprès des États-Unis grâce au Gaz Naturel Liquide (GNL) transporté par bateau. Cependant, cette solution n’est pas idéale, car le GNL nécessite d’être regazéifié dans des infrastructures dédiées avant d’être réinjecté dans le réseau de distribution, processus coûteux.« 

Pour Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Economique « Le dossier de l’énergie est devenu un cas d’école au niveau de l’Union européenne sur la manière dont l’Allemagne a su faire prévaloir ses intérêts aux dépens de certains États membres. Un de nos principaux points faibles est de ne pas avoir su déjouer les stratégies allemandes d’encerclement cognitif au sein des institutions européennes ainsi que l’instrumentalisation d’une partie des acteurs de la société civile qui sont investis sur le débat de l’environnement. Il est urgent de ne plus subir ce type de manipulation des esprits qui dissimule la défense d’intérêts de puissance derrière une moralisation de façade de la transition écologique. »

Nuclear power, a Franco-German tug of war

On 11 January 2022, Robert Habeck, the new German Vice-Chancellor and Minister of the economy and Climate Protection, announced that Germany’s climate goals for 2022 and 2023 are already out of reach. Despite numerous statements of principle, it now appears that the German energy transition strategy is not flawless. While the latest part of the IPCC report recommends the use of nuclear power as a decarbonised energy source alongside wind, solar and hydro power, the Franco-German tug of war on the topic has been reignited.

   Since 2010, the average decrease in greenhouse gas emissions in Germany has been less than 2% per year. In order to meet the government’s 2030 goals, an annual average of 6% should be achieved. Moreover, the share of renewable energies in the energy mix is significantly decreasing (-5% between 2020 and 2021) while the production of coal-fired power plants has reached a record high. Regarding fossil fuels, they account for more than three quarters of the energy consumption of German households, most of them using heat with natural gas, unlike French households, who heat mainly with electricity, 80% of which comes from nuclear power.

In comparison, France is great epitome, with almost 92% of its electricity being decarbonised in 2021. According to the electricity network manager RTE, the carbon intensity of the French electricity mix is 36 gCO2/kWh, which makes it one of the lowest in the world. This is 6 times less than the European average. On the German side, the carbon intensity was 454gCO2/kWh, more than 10 times than France, but still 2 times less than Poland whose average is 768gCO2/kWh.

As Since the war in Ukraine has brought to light divergences in energy policy between the countries of the European Union, especially the vulnerability of Germany due to its heavy dependence on Russian gas, it is legitimate to wonder the political causes of such strategic divergence in energy management.

Chronicle of German energy policy

The European Union was historically built around a common energy project with the European Coal and Steel Community (ECSC) and Euratom. However, it is now obvious that no real common strategy exists despite the Lisbon Treaty of 2007, which makes energy policy a « shared » competence between members. The reason for this is Article 194, paragraph 2, which emphasizes that each Member State has the final say on its energy mix. On the one hand, Germany has turned to coal and natural gas coupled with renewable energies. On the other hand, France has chosen atomic energy to meet its needs.

This divergence can be explained by the construction of a German trauma around nuclear power during the second half of the 20th century. At the end of World War II and with the bombing of Hiroshima and Nagasaki by the United States, the Germans realized with dread that they could have suffered the same fate as their Japanese allies had the war been prolonged. This feeling was reinforced by the Euromissile crisis between 1977 and 1987, when Germany was the territory most exposed to a possible nuclear conflict between the two blocs. This fear was immediately exploited by the Soviet secret services, who wanted to hinder the deployment of American missiles in the FRG, notably by maintaining networks of activists.

In 1980, a political party was created by West German anti-nuclear activists, Die Grünen (The Greens). This party founded the Energiewende movement and grew in popularity among the population by denouncing the opacity of nuclear projects, thus arousing their hostility to the atom. In 1990, an alliance was formed between Die Grünen and the CDU, which was in power at the time, during the municipal elections. The Greens gained more and more influence at local and federal level and became the ecological awareness of the CDU. In 1991, they obtained from Chancellor Helmut Kohl the implementation of the feed-in tariff law, which makes electricity companies to buy electricity from renewable energies at a higher rate than the market rate in order to support the sector. From then on, the Energiewende became the core of the German energy transition, but also of its economic transformation.

During the 2000s, the Greens succeeded in gradually ousting German nuclear industries, preventing them from building new power plants, while pushing for the development of renewable energies. It was the Fukushima incident in 2011 that rekindled the old German fears of the atom, leading to the closure of the last existing reactors by Angela Merkel.

The French energy transition strategy

 The 1973 oil crisis led France to adopt a radically different energy policy. To avoid a renewed dependence on fossil fuels for electricity production, France embarked on a massive program of nuclear power plant construction. In barely 21 years, 58 pressurized water reactors were safely launched. The political will to establish French energy sovereignty enabled the industry to be structured by developing appropriate skills. In 1989, a ministerial report commissioned by Prime Minister Michel Rocard showed that 90% of the French energy mix was already decarbonized, with 70% of nuclear and 20% of hydro; it also stated on page 41 that « French electricity exports would significantly reduce our neighbours’ CO2 emissions ». At the time, France was already one of the countries in the world closest to the objective of carbon neutrality, alongside Norway and Sweden, which benefit from a specific hydrography that France does not have. We can therefore see that carbon neutrality is possible with different strategies depending on the geographical advantages of the countries.

Energiewende at the heart of German politics

A major political force since the end of the 1990s, Die Grünen is now part of the coalition leading the government. The party has been able to influence the entire German intelligentsia, particularly in the economic field thanks to its subsidy policies, which have encouraged the development of an energy transition economy. Thus, companies such as Siemens, Enercon or Nordex are today among the eleven leading manufacturers of wind turbines in the world (9), while there are more than twenty trade unions and associations representing the German renewable energy industries, but not a single group defending the interests of workers in the nuclear sector.

From a geostrategic point of view, Germany’s position at the core of Europe links it energetically to all its neighbours via cross-border electricity interconnections, whereas the country has only limited storage capacity. By choosing to increase its share of renewable energies (especially wind and solar), Germany is exposing itself to more instability in terms of electricity production due to climatic hazards. Indeed, wind and solar energy cannot be modulated or controlled, i.e. production cannot be adapted to energy needs in real time. In the current state of knowledge, electricity storage is not capable, in volume, of compensating for their random intermittency that is not synchronous with energy needs on a national scale. Therefore, Germany to must maintain a share of modulable and controllable production means, which are nuclear and fossil fuels. As the country has chosen to get out of nuclear power for the reasons mentioned above, it must now turn to coal, gas and oil, and rely on the energy production of its neighbours to compensate for any overload in demand. Thus, the Energiewende, deemed as the spearhead of German economic power, cannot exist without the cooperation of its neighbours.

German influence in the European institutions

However, this interconnection of electricity networks works both ways: when Germany produces too much, it can export. And this export requires the liberalisation of the European electricity market. For Germany, this isn’t an issue, as its market is built around four main energy companies: E.ON, RWE, EnBW and Vattenfall, which were already operating in a liberal manner on the German market. For France, this liberalisation is problematic, as the French market is made up of a state-run monopoly, EDF, which is therefore endangered by competition. As the main operator of nuclear power plants in France, EDF’s exposure to strong competition limits its ability to maintain its fleet, effectively jeopardizing the future of French nuclear power. By using the law to remove barriers to entry to this market, Germany is thus promoting the supremacy of its model and endangering that of its partners.

Similarly, the main argument put forward in favour of liberalisation, the one of the downward pressure on electricity prices, was ultimately proved wrong: the price of electricity rose significantly, which meant higher energy costs for the European consumer.

This German influence on European energy policy does not stop there. Indeed, Berlin has succeeded in obtaining subsidies from the European Investment Bank for energies recognized as green by Brussels, while excluding nuclear power from this definition despite the absence of CO2 emissions, by means of formidable lobbying within the European institutions. Moreover, German companies with a share of their activity linked to the energy sector and receiving aid from the European Union are much more favoured than their French counterparts. By way of comparison, French energy champions such as EDF and Total received €68,851,000 and €72,676,000 respectively in 2019, less than half of what the German company SIEMENS alone received in the same year.

The battle over the European taxonomy

 Launched in 2018 as part of the Financing Sustainable Growth action plan, the European taxonomy is a tool used to redirect European financial flows towards more sustainable activities. The big question lies in Brussels’ definition of these « sustainable activities ».

While a first proposal regarding the taxonomy had been made as early as May 2018, the European Parliament made the choice under pressure from Germany to exclude nuclear from the equation in March 2019. This was the beginning of a pitched battle between Paris and Berlin. In March 2021, the European Commission issued a report recommending that nuclear power be labelled a « green activity ». However, the French political victory is not assured, as the debates have been postponed to 2022. At the same time, German lobbyists are trying to get natural gas labeled as a transitional energy.

The war in Ukraine, towards a change of deal?

According to the NGO Reclaim Finance, the war in Ukraine reveals the deleterious effects of the EU’s green labeling project. « The EU’s taxonomy encourages the construction of gas-fired power stations that would maintain or increase the Union’s gas dependence » on « authoritarian regimes such as Russia », Reclaim Finance said in a statement. Indeed, in 2021, the EU consumed 400 billion m3 of gas, 155 billion m3 of which came from Russia (14). On 27 April 2022, the Russian operator Gazprom announced the suspension of gas deliveries to Poland and Bulgaria.

Furthermore, March 1st 2022,  the Nord Stream 2 gas pipeline project linking Russia to Germany via the Baltic Sea came to an abrupt halt with the bankruptcy of the manufacturer and the dismissal of all employees.

The consequences of the conflict on the European and especially the German energy strategy are difficult to assess in the long term. In the short and medium term, the EU will source more of its energy from the United States through Liquid Natural Gas (LNG) transported by ship. However, this solution is not ideal, as LNG needs to be regasified in dedicated infrastructures before being re-injected into the distribution network, which is an expensive process.

For Christian Harbulot, Director of the School of Economic Warfare, « The energy issue has become a textbook case at the level of the European Union on the way in which Germany has been able to make its interests prevail at the expense of certain Member States. One of our main weaknesses is that we have not been able to thwart the German strategies of cognitive encirclement within the European institutions, as well as the instrumentalization of some of the civil society actors who are involved in the environmental debate. It is urgent that we no longer suffer this type of manipulation of minds, which conceals the defence of power interests behind a façade of moralisation of the ecological transition ».

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Amaury Bouas
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