Dès la fin du XIXème siècle, alors que l’on assiste aux débuts de l’urbanisme, la ville d’aujourd’hui est anticipée par Emile Verhaeren dans son poème La Ville (1893). Cet auteur belge pense déjà à la ville tentaculaire où l’on ne voit pas le soleil clair, du fait du charbon et de la fumée. Cet auteur caractérise ainsi au moment de la seconde révolution industrielle les méfaits de l’industrialisation au charbon et le développement incontrôlé de ces villes monstrueuses.

Or on voit qu’aujourd’hui, les grandes villes sont les premiers lieux à être touchés par la pollution atmosphérique. En effet, toutes les grandes villes européennes connaissent régulièrement d’importants pics de pollution dans l’année : des régions comme la plaine du Pô ou la Pologne houillère sont également touchées par des évènements importants de « smog ».

C’est avec ce constat et dans la continuité des Accords de Paris que l’Union européenne s’engage à devenir le premier continent neutre en carbone d’ici 2050, au travers de l’action de sa Commission alors dirigée par Ursula Von Der Leyen, avec son Pacte vert pour l’Europe. Or, pour ce faire, une politique urbaine européenne est envisagée. Partant de ce constat, peut-on penser que le temps des villes est venu dans la lutte contre le changement climatique ?

1.Quels sont les objectifs et les moyens du Pacte vert ?

Après 2015, l’Union européenne a réfléchi à un moyen d’action environnementale pour réussir à atteindre les objectifs fixés en 2015 par les Accords de Paris. Cette réflexion a poussé la toute nouvelle présidente allemande de la Commission européenne, Ursula Von der Layen, à présenter aux députés européens le programme de son Pacte vert pour l’Europe le 11 décembre 2019. Ce pacte qui prévoit la neutralité carbone de l’Union européenne à l’horizon 2050, est validé dès le lendemain par le Conseil européen. Pour atteindre cet objectif, la Commission européenne prévoit un chèque pour la transition écologique d’un montant de « 1 000 milliards d’euros d’investissements » pour la période 2021-2030.

A ce chèque s’ajoute un objectif intermédiaire : réduire d’au moins 55% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Pour cela, un paquet législatif a été élaboré par la Commission européenne sous le nom de « Fit for 55 ». Ce paquet se développe autour de trois principes : consommer moins, consommer mieux et réaliser une transition énergétique vers des énergies plus vertes. C’est dans cet objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre que peuvent intervenir les villes et la politique urbaine. En effet, les villes concentrent près de 70% des émissions mondiales de CO2 : à partir de ce fait, le président du Comité des régions Apostolos Tzitzijkostas a déclaré que « si le Pacte vert pour l’Europe ne prend pas en compte nos villes et nos régions, il tournera à l’échec ». De ce fait, la Mission « Villes neutres pour le climat et intelligentes » a l’objectif d’atteindre le stade des 100 villes climatiquement neutres et intelligentes d’ici à 2030 tout en développant des contrats pour le climat en étroite collaboration avec les citoyens.

2.Les mesures en politique urbaine

La première source de pollution que cible l’Union européenne s’inscrit dans le cadre du consommer moins : il s’agit de la rénovation énergétique des bâtiments. En effet, le secteur du bâtiment est le principal consommateur d’énergie en Europe avec une consommation de 40% de l’énergie produite. Cette énorme part de la consommation énergétique européenne pousse la Commission européenne à prendre des directives pour que les pays membres revoient l’isolation des bâtiments présents sur leur territoire. Ainsi, le plan France Relance annoncé par le Premier Ministre Jean Castex en septembre 2020 prévoit de « soutenir le secteur de la construction et du bâtiment, de contribuer aux économies d’énergie et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de renforcer la cohésion sociale et le soutien aux publics fragiles ». Au total, ce sont près de 4 milliards d’euros qui seront alloués pour la rénovation énergétique. De plus, 4,8 milliards d’euros seront destinés à la rénovation des bâtiments publics car 76% de la consommation d’énergie d’une commune incombe aux bâtiments communaux. L’aide financière ne s’arrête pas là avec un budget global équivalent à 20% du budget total de l’Union concernant l’aide aux villes dans la prévention des effets du changement climatique. De plus, à partir de 2030, le cadre législatif prévoit que tous les bâtiments neufs devront être à émission nulle.

Dans le cadre de ce consommer moins, les villes ont également un rôle à jouer dans le secteur du transport. D’ici à 2050, les émissions dues aux transports devront être réduites de près de 90%. Pour cela, les villes sont à l’initiative avec des recherches en matière de transport zéro émission et de mobilité intelligente. On peut ainsi noter la volonté de développer les transports en commun tels que le métro ou le tramway dans les villes qui peuvent se le permettre. L’utilisation de plus en plus fréquente de bus de ville électriques s’inscrit également dans cette logique de réduction de la pollution urbaine. Les transports en commun apparaissent ainsi comme un moyen de réduire de manière significative les dépenses énergétiques des villes : encore faut-il que ceux-ci desservent l’ensemble de la périphérie pour ne pas rompre la continuité territoriale obligeant alors certaines personnes à reprendre leur véhicule personnel. Ce problème que nous soulignons fait déjà l’objet d’une réflexion au niveau européen et sera un des enjeux de la future politique urbaine européenne.

Dans le cadre d’un consommer mieux, les villes agissent avec des innovations et de la recherche dans le cadre des énergies propres comme l’hydrogène. Ces énergies décarbonnées pourraient être utilisées dans la réduction de l’impact environnemental des transports en commun et de l’industrie. L’agriculture est également visée dans le Plan vert pour l’Europe avec une volonté de réduire drastiquement l’usage de pesticides sur le continent européen. Les villes ont ainsi un rôle primordial dans l’atteinte des objectifs environnementaux européens mais cela ne pourra se faire sans l’accord des citoyens.

3. Les citoyens, l’acteur à convaincre ?

L’opinion publique a également son importance dans le cadre de ce Plan : l’objectif est de ne pas faire cette transition sans l’appui des citoyens mais en les faisant participer, à l’image de la campagne de mai 2021. Lors de ce mois, les tramways de 15 villes françaises dont Lyon, Grenoble ou Marseille ont revêtu un habillage aux couleurs du Pacte vert. Ce dernier laissait apparaître un QR code qui permettait aux usagers de s’informer sur le Pacte vert pour l’Europe au travers d’un quizz informatif. Derrière cet acte d’information, un acte militant : la Représentation de la Commission européenne en France s’engageait à replanter un arbre pour chaque participant au quizz. La politique de rénovation des bâtiments est également une source de pouvoir d’achat supplémentaire pour les populations européennes car elle permet de faire des économies sur les factures énergétiques dans un contexte mondial où le prix des énergies est exponentiel. On note ainsi la volonté qu’ont les institutions d’informer la population de manière ludique, mais également les bienfaits que la diminution des factures énergétiques pourrait avoir pour les Européens, confirmant ainsi l’importance de l’adhésion des citoyens dans un projet de réforme d’une telle envergure.

Conclusion

Ainsi, la résolution du défi climatique passera par une collaboration de l’ensemble des acteurs, et cela, quelle que soit leur échelle. En effet, pour atteindre les objectifs qui sont ceux des Européens en matière d’écologie, l’Union européenne donne, au départ, le cap des réformes à mener au travers de ses directives. Ensuite, ces directives sont retranscrites par les Etats-membres et les villes européennes au sein de leur politique urbaine. Enfin, le soutien public est clé dans de tels projets de réforme qui, s’ils aboutissent, pourraient changer drastiquement les manières de vivre des citoyens de l’Union.

« The Green Pact for Europe and the emergence of an urban policy for the European Union: The time for cities to respond to the climate challenge

As early as the end of the 19th century, when urban planning began, cities as we know them today were described by Emile Verhaeren in his poem « The City » (1893). This Belgian author was already thinking of sprawling cities where one cannot see the sun clearly because of the smog of coal and smoke. This author thus characterizes at the time of the second industrial revolution the misdeeds of the industrialization with coal and the uncontrolled development of these monstrous cities.

Nowadays, we can see that big cities are the first places that suffer of air pollution. Indeed, all the big European cities regularly experience important pollution peaks during the year: regions such as the Po plain or coal-mining Poland are also affected by important « smog » events.

With that in mind and aligned with the Paris Agreements, the European Union committed to become the first carbon-neutral continent by 2050, through the action of its Commission then headed by Ursula Von Der Leyen, with its Green Pact for Europe. To achieve this, a European urban policy is envisioned. In light of this, can we assume that the time has come for cities to take part in the fight against climate change?

1. What are the objectives and means of the Green Pact?

After 2015, the European Union reflected on means of environmental action to succeed in achieving the objectives set in 2015 by the Paris Agreements. This reflection has prompted the newly appointed German President of the European Commission, Ursula Von der Layen, to present the program of her Green Pact for Europe to MEPs on 11 December 2019. This pact, which provides for the carbon neutrality of the European Union by 2050, was validated the next day by the European Council. To achieve this goal, the European Commission provided a check for the ecological transition amounting to « 1,000 billion euros of investments » for the period 2021-2030.

In addition to this check, there is an intermediate objective: to reduce greenhouse gas emissions by at least 55% by 2030 compared to 1990 levels. To achieve this, a legislative package has been drawn up by the European Commission under the name « Fit for 55 ». This package is based on three principles: consume less, consume better and make an energy transition to greener energies. Cities and urban policy can play a role in this objective of reducing greenhouse gas emissions. Indeed, cities concentrate nearly 70% of global CO2 emissions: from this fact, the President of the Committee of the Regions Apostolos Tzitzijkostas said that « if the Green Pact for Europe does not take into account our cities and regions, it will fail ». Therefore, the Mission « Climate Neutral and Smart Cities » has the objective to reach the stage of 100 climate neutral and smart cities by 2030 while developing climate contracts in close cooperation with the citizens.

2. Urban policy measures

The first source of pollution targeted by the European Union is part of the « consume less » approach: it is the energy renovation of buildings. Indeed, the building sector is the main consumer of energy in Europe with a consumption of 40% of the energy produced. This enormous share of European energy consumption has led the European Commission to issue directives for member countries to review the insulation of buildings on their territory. Thus, the France Relance plan announced by Prime Minister Jean Castex in September 2020 provides for « supporting the construction and building sector, contributing to energy savings and the reduction of greenhouse gas emissions, and strengthening social cohesion and support for vulnerable groups. In total, nearly 4 billion euros will be allocated for energy renovation. In addition, 4.8 billion euros will be earmarked for the renovation of public buildings, as 76% of a municipality’s energy consumption is accounted for by municipal buildings. The financial support does not stop there with a global budget equivalent to 20% of the total budget of the Union concerning the assistance to cities in the prevention of the effects of climate change. In addition, from 2030, the legislative framework provides that all new buildings must be zero emission.

In the context of consuming less, cities also have a role to play in the transport sector. By 2050, emissions from transport will have to be reduced by almost 90%. To achieve this, cities are taking the initiative with research into zero-emission transport and intelligent mobility. We can thus note the will to develop public transport such as the metro or the tramway in cities that can afford it. The increasing use of electric city buses is also part of this logic of reducing urban pollution. Public transport thus appears to be a means of significantly reducing energy expenditure in cities: however, it is necessary for public transport to serve the whole of the periphery so as not to break territorial continuity, thus obliging some people to return to their private vehicles. This problem, which we have highlighted, is already being considered at the European level and will be one of the challenges of the future European urban policy.

In the framework of a better consumption, cities are acting with innovations and research in the framework of clean energies such as hydrogen. These decarbonized energies could be used to reduce the environmental impact of public transport and industry. Agriculture is also targeted in the Green Plan for Europe with a desire to drastically reduce the use of pesticides on the European continent. Cities thus have a key role to play in achieving European environmental objectives, but this cannot be done without the agreement of citizens.

3. Citizens, the actor to convince?

Public opinion is also important in the framework of this Plan: the objective is not to make this transition without the support of citizens but by involving them, as in the May 2021 campaign. During this month, the tramways of 15 French cities, including Lyon, Grenoble and Marseille, were dressed in the colors of the Green Pact. The latter displayed a QR code that allowed users to find out about the Green Pact for Europe through an informative quiz. Behind this act of information, a militant act: the Representation of the European Commission in France committed to replant a tree for each participant in the quiz. The building renovation policy is also a source of additional purchasing power for the European population because it allows savings on energy bills in a global context where the price of energy is exponential. We can thus note the will of the institutions to inform the population in a playful way, but also the benefits that the reduction of energy bills could have for the Europeans, thus confirming the importance of the adhesion of the citizens in a reform project of such a scale.

Conclusion

Thus, the resolution of the climate challenge will require the collaboration of all actors, regardless of their scale. Indeed, in order to achieve the objectives that Europeans have set for themselves in terms of ecology, the European Union initially sets the course for the reforms to be carried out through its directives. These directives are then transcribed by the Member States and European cities in their urban policies. Finally, public support is key in such reform projects which, if they succeed, could drastically change the way of life of the Union’s citizens.

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Amaury Bouas
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