Il aurait été difficile d’imaginer, il y a quelques mois, que l’écologie prendrait une place aussi secondaire dans la campagne présidentielle. Mais le Covid-19, la guerre en Ukraine ou encore d’autres thèmes ont poussé dans les coulisses un sujet pourtant considéré comme important par les électeurs. Si l’écologie est un thème secondaire de cette campagne, les candidats ont bien tous des idées à proposer sur le sujet. 

L’écologie : grande absente de la présidentielle 

Les sujets les plus discutés dans ces débats présidentiels sont, sans grande surprise, la sécurité et l’immigration. Mais où est passé l’écologie ? Ce sujet qui faisait marcher les jeunes tous les vendredis, qui avait offert un beau résultat aux européennes à Europe Écologie les Verts. Ce même enjeu qu’Emanuel Macron avait tenté de défendre sur la scène internationale depuis 2017. Les Français s’en sont désintéressés ? Pas nécessairement. Plus de 94% des Français estiment que le dérèglement climatique est un enjeu capital. Il y a d’autres hypothèses à cette absence marquante. D’abord, le sujet reste délicat pour les candidats qui vivent, pour certains, dans la peur d’un épisode comparable aux « gilets jaunes ». Avec ce thème, ils ont aussi l’impression qu’ils n’ont pas grande chose à promettre. La promesse de la transition écologique reste, pour eux, un « récit punitif ». Ils peinent à proposer un véritable projet de société qui puisse convaincre une majorité de l’opinion et préfère ne pas trop en discuter. Ne pas donner de détails, c’est ne pas parler des efforts qui seront nécessaires. Ensuite, ce sont surtout les candidats de droite qui ont dominé la campagne. Et l’écologie, en France, a toujours été un sujet dont la gauche préfère s’emparer. Toutefois, cette même gauche peine à véritablement l’imposer. Les médias ont aussi un rôle à jouer. Néanmoins, eux aussi, ne sont pas très amateur du sujet. Par exemple, toutes les chaînes ont refusé de diffuser le « débat du siècle », une émission autour des enjeux climatiques et environnementaux avec comme invitées les candidats à la présidentielle, organisée par les quatre ONG à l’origine de l’Affaire du siècle. Les journalises politiques jugent le sujet trop technique et anxiogène. L’émission a quand même été diffusé sur Twitch le 13 mars et représente un des moments clés pour le débat autour de la crise écologique pendant cette campagne. 

Tout le monde n’est pas d’accord avec cet état des lieux. Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique à France Télévision, n’a pas l’impression que les sujets environnementaux soient mis de côtés : « On essaie d’intervenir sur deux axes, l’énergie avec la part du nucléaire et des éoliennes et le bien-être animal ». Et en effet, il y a des débats sur la production électrique et la chasse. Mais ces sujets sont-ils à la hauteur de l’enjeux ? Les thèmes devraient être plus variés : aménagement du territoire, espèces en danger, débat sur la croissance, financement de la transition. Plus généralement, tous les sujets de la campagne, comme l’immigration, le pouvoir d’achat ou la retraite, pourraient être aborder à travers le prisme de l’écologie. 

Les candidats et leur programme environnemental

            Bon gré mal gré, les candidats ont tous donné les grands objectifs de leurs politiques environnementales, les voici en quelques mots. Ces présentations sont non-exhaustives et mériteraient toutes un approfondissement. 

  • Valérie Pécresse (Les Républicains) : 

Le projet de Valérie Pécresse s’organise autour de quatre priorités : remettre la France sur la trajectoire zéro carbone 2050, mettre en place une véritable économie circulaire avec des taux de recyclage proches de 100% en 2030, mettre fin à la sixième extinction des espèces et stopper la diffusion de produits chimiques dangereux. Par ailleurs, elle veut prolonger le fonctionnement des centrales nucléaires existantes et lancer six nouveaux EPR (réacteur à eau pressurisée jugé plus sûr, plus compétitif et plus respectueux de l’environnement). Elle prévoit aussi de fusionner le Livret A et le Livret développement durable pour crée un Livret vert afin de financer la transition écologique. 

  • Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste) :

Phillipe Poutou défend une « écologie radicale » qui soit « sous contrôle de la société et de la population ». Dans les mesures proposées, il est possible de retenir la sortie du nucléaire en dix ans avec comme objectif 100% d’énergie renouvelable en 2050, le démantèlement des groupes pétroliers et des banques qui participent aux extractions de pétrole et de gaz ou encore la fin de l’élevage industriel en France. 

  • Nicolas Dupont-Aignant (Debout la France) : 

Dans ses quatorze mesures pour l’environnement, Nicolas Dupont-Aigant tient à conforter une énergie électrique décarbonée. Il veut refaire du nucléaire français une filière indépendante et d’excellence. Il souhaite aussi multiplier par six les moyens consacrés à l’isolation thermique par rapport à 2020. Il tient aussi à lancer un programme zéro déchet sur dix ans pour les océans et lutter contre la pollution atmosphérique en instaurant une politique de bonus-malus. 

  • Anne Hidalgo (Partie Socialiste) 

Anne Hidalgo veut en finir avec le nucléaire d’ici 2050 « sans sortie précipitée » et compte aussi atteindre 100% d’énergies renouvelables. Elle veut porter l’écologie sur le volet judiciaire et reconnaître le « crime d’écocide » et instituer la fonction de défenseur de l’environnement. Elle souhaite faire voter le Parlement chaque année un budget climat et biodiversité pour fixer les réductions d’émissions de carbone. Elle veut faire baisser la TVA sur les déplacements en train et instaurer une taxe empreinte carbone sur le billet d’avion si une alternative ferroviaire comparable existe. Elle prévoit le développement des transports électriques grâce à des aides à l’acquisition et à la location et veut permettre la rénovation de centaines de milliers de bâtiment. 

  • Éric Zemmour (Reconquête)

Éric Zemmour souhaite développer le nucléaire en construisant quatorze nouveaux réacteurs d’ici 2050 pour assurer le renouvellement de notre parc nucléaire et mettre fin à tous les projets d’éoliennes actuels et futurs. Il veut lancer des chantiers de dépollution des sols et aggraver les sanctions contre la pratique des décharges sauvages. Il voudrait aussi faire émerger une filière industrielle dans le recyclage des plastiques et mettre en place une taxe carbone aux frontières européennes pour « éviter la concurrence déloyale de certains pays »

  • Yannick Jadot (Europe Ecologie les Verts) 

Sans grande surprise, l’environnement est au cœur du programme de Yannick Jadot. Il veut sortir du nucléaire d’ici 2035 et assurer une électricité 100% renouvelable, avec entre autres la création de 3 000 éoliennes terrestres supplémentaires avant 2027. Il souhaite mettre en place un plan massif de rénovation des logements et bâtiments de 10 milliards d’euros par an pour réduire de moitié la facture énergétique des logements. Il prévoit d’interdire la vente de véhicules neufs avec un carburant fossile à partie de 2030 et interdire les vols intérieurs quand il existe une alternative ferroviaire. Par ailleurs, il compte sortir de l’élevage industriel d’ici 2025. 

  • Marine Le Pen (Rassemblement National)

Le programme environnemental de Marine Le Pen se construit autour de 11 objectifs comme assurer la transition vers une économie décarbonée autonome en énergie, restaurer la biodiversité ou encore garantir la qualité sanitaire de l’air et de l’eau. Elle souhaite aussi la construction de 5 réacteurs EPR2 et le démantèlement progressif des parcs éoliens existants. Elle voudrait mettre un place un produit d’épargne « Logement vert » pour financer la rénovation d’un bien. Elle prévoit un « plan abattoirs » pour assurer des conditions dignes. 

  • Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) 

Jean-Luc Mélenchon a 9 objectifs pour l’écologie. Il veut fixer un objectif de baisse de 65% des émissions de gaz à effet de serre en 2030. Cette baisse serait rendue possible par un plan massif de 200 milliards d’euros financé par le rétablissement de l’ISF et la taxation des entreprises polluantes. Il prévoit de refaire l’isolation de plus de 700 000 logements par an. Il compte sortir du nucléaire et planifie le passage à 100% d’énergies renouvelables. Il veut lui aussi reconnaître le crime d’écocide. 

  • Fabien Roussel (Partie Communiste) 

Dans les vingt propositions du candidats communistes, il est possible de parler de la création d’un fonds écologique et social de plus de 140 milliards d’euro. Il vise la neutralité carbone d’ici 2050. Par ailleurs, il prévoit un mix énergétique (nucléaire et renouvelable) et souhaite construire 8 EPR. Il veut exclure des marchés publics les entreprises les plus polluantes. Il milite pour la gratuité des transports en commun urbains. Il prévoit aussi la rénovation de 500 000 passoires thermiques. 

  • Nathalie Artaud (Lutte ouvrière)

La candidate ne veut plus laisser les entreprises de l’industrie et des transports décider de leur propres stratégies et développement. Elle compte organiser l’économie pour moins produire et moins polluer. Elle souhaite mettre fin au « gaspillage » d’énergie avec le transport de marchandises inutiles, par exemple. Elle est contre l’élevage intensif et veut interdire la chasse à courre.

  • Jean Lassalle (Résistons !)

L’écologie n’est pas au cœur du programme de Jean Lassalle mais la « préservation des campagnes » permet de trouver quelques propositions. Il veut soutenir les circuits courts, par exemple en mettant en place le « ticket paysan ». Il compte développer l’énergie solaire et celle de la mer. 

  • Emmanuel Macron (La République en marche)

Emmanuel Macron veut planifier la transition écologique. Il compte poursuivre la construction des six premières centrales nucléaires nouvelle génération, multiplier par dix la puissance solaire de la France et implanter cinquante parcs éoliens en mer d’ici 2050. Il tient, aussi, à faire dépendre la rémunération des dirigeants des grandes entreprises au respect des objectifs environnementaux et sociaux de l’entreprise. Il encourage à la mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour éviter la concurrence déloyale et souhaite la rénovation de 700 000 logements par an. Il défend une offre abordable de voitures électriques pour tous grâce à une filière 100% française. 

Sources :

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