Risques de marées noires, manque d’eau douce, espèces en voie de disparition, baisse du niveau de la mer, qu’est-ce qui explique cette situation désastreuse d’un point de vue environnemental ?

Pourquoi la mer Caspienne est-elle convoitisée ?

La mer Caspienne, plus vaste étendue d’eau enclavée au monde, se situe en Asie occidentale. Ses pays riverains sont la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Iran ainsi que l’Azerbaïdjan. Elle est principalement alimentée par la Volga, plus grand fleuve d’Europe. Une des particularités de la mer Caspienne était la contestation de son statut juridique, puisqu’elle était considérée comme un lac salé et non pas une mer. Ainsi, la Caspienne ne relevait pas de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982, qui permettait notamment de définir les droits de navigation, les limites de mer territoriales ou encore la gestion des ressources marines. Si la mer Caspienne fait l’objet de nombreuses convoitises, cela est principalement dû au fait qu’elle regorge de réserves d’hydrocarbures ainsi que de gaz naturel. « Les réserves en pétrole seraient estimées à 50 milliards de barils et [celles en gaz naturel à] 300.000 milliards de m3 », d’après Les Échos. Une des principales richesses de cette mer est aussi la grande présence d’esturgeons. 90% de la production mondiale de caviar est réalisée en mer Caspienne. 

Malgré le vide juridique entourant le statut de la mer Caspienne, les cinq pays riverains avaient convenu qu’ils détenaient les droits exclusifs des ressources. Ils s’étaient également accordés sur le fait que si une convention concernant le statut juridique de la mer Caspienne devait être signée, cela devrait se faire seulement avec l’approbation des cinq États. Les négociations entre les pays étaient complexes. Et c’est seulement en août 2018 que les cinq sont parvenus à signer la Convention sur le statut de la mer Caspienne. Cette convention a principalement permis de repartir les réserves d’hydrocarbures entre les pays, de mettre en place des quotas de pêche sur l’esturgeon ainsi qu’un statut juridique pour des constructions de pipelines.

Des observations alarmantes

Du fait des nombreuses ressources en Caspienne, une importante économie et donc exploitation en découlent malgré leurs fortes atteintes à l’écologie et à l’importante biodiversité de cette région. 400 espèces uniques au monde vivent dans l’écosystème de la Caspienne comme le phoque de la Caspienne, qui y est endémique, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une espèce vivant exclusivement dans la mer Caspienne. Considérée comme espèce « en danger » par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), il resterait moins de 10% de cette espèce alors qu’au début du XXème siècle, on en comptait encore un million. La disparition de cette espèce était liée à une chasse intensive, désormais les phoques sont beaucoup plus menacés par la pollution de la mer liée aux industries, les rendant notamment stériles. Il ne faut pas oublier les événements de décembre 2020 et mai 2021, où, respectivement, près de 300 et 170 phoques ont été retrouvés morts échoués sur les bords de la Caspienne, sans que nous n’en connaissions réellement la raison. Les principales hypothèses liées à ces morts sont la pollution et la baisse du niveau de la mer causée par le changement climatique. La mer Caspienne connaît donc une situation désastreuse compte tenu de sa forte pollution. D’après Azer Garaïev, président de l’association de protection des animaux ASPA, « le phoque est un indicateur de tous les problèmes environnementaux majeurs [de la Caspienne] ». 

De minces mesures

L’UNEP déclarait que la Caspienne « souffre d’une énorme charge de pollution provenant de l’extraction et du raffinage du pétrole, des champs de pétrole offshore, des déchets radioactifs provenant de centrales nucléaires, et d’énormes volumes d’eaux usées non traitées et de déchets industriels introduits principalement par le fleuve Volga ». Les causes de la pollution en mer Caspienne sont donc multiples et alarmantes. Il y a besoin d’une prise de mesures des pays riverains afin de limiter les conséquences de toutes ces pollutions sur l’écosystème local et de protéger leurs populations qui sont toutes aussi menacées. Or, la mise en place de politiques protectrices de l’environnement n’a jamais été une priorité pour ces pays, en témoignent « [leurs] institutions environnementales de peu de poids ». Une des rares mesures prises par ces pays a été la signature de la Convention de Téhéran, troisième réunion de la COP 3, sous l’égide de l’UNEP en août 2011. Il s’agit d’un accord juridique contraignant. Les pays s’engagent à adopter un premier protocole quant « à la préparation régionale, à la lutte et à la coopération contre les incidents dus à la pollution pétrolière [qui] prévoit l’introduction d’un système d’intervention d’urgence pour faire face aux incidents de pollution pétrolière ». Le second protocole « vise à introduire des règles communes pour les pays concernés afin d’évaluer l’impact des activités liées à l’exploitation pétrolière ». Ces protocoles montrent donc un début d’intérêt des pays quant aux conséquences de leurs activités, mais ne prévoient pas, malheureusement, de solutions pour limiter la pollution ou protéger l’écosystème caspien.

La baisse du niveau de la mer : un scénario inquiétant

Ces non-actions des pays riverains quant aux problématiques environnementales sont d’autant plus préoccupantes avec le constat de la baisse du niveau de la mer Caspienne. Le niveau de la mer baisserait de plus de six centimètres par an selon les calculs réalisés par l’Académie des Sciences d’Azerbaïdjan avec des chercheurs internationaux. Elnour Safarov, océanologue à l’Académie, explique que cette baisse du niveau de la mer est due à une évaporation très rapide de l’eau causée par le changement climatique ainsi que par la baisse de la quantité de glace en hiver. Une récente étude de chercheurs allemands et néerlandais est parue en décembre 2020. Ils ont estimé que le niveau de la mer pourrait baisser de neuf à dix-huit mètres d’ici la fin du siècle, soit la disparition de 23 à 24% de la superficie de la mer. Une estimation rappelant la quasi-totale disparition de la mer d’Aral, située entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, il s’agit, d’après l’AFP, d’« une des plus grandes catastrophes environnementales [qui ait été] causées par l’homme ». 

Sources :

Les Échos, ONU Info, 24 Heures, AFP

Prange, Wilke, & Wesselingh, “The other side of sea level change”, Commununications Earth & Environment, December 2020

Jean-Robert RAVIOT, « Environnement contre géopolitique : les enjeux écologiques dans la région

caspienne », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 1997

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