Dès l’antiquité, Aristote, dans La politique, écrivait sur l’impact qu’aurait du climat sur les peuples et sur l’importance de l’environnement pour les besoins économiques et militaires des États. Le réchauffement climatique accentuera encore cette réalité. Ces conséquences diverses seront à l’origine d’un désordre mondial qui transformera les relations internationales. 

  • Les conséquences du réchauffement climatiques sur la planète et sur les hommes

Si tous les États du monde respectaient l’ensemble de leurs engagements climatiques, le réchauffement prévu serait de +2,7°C d’ici la fin du siècle. Et cela ne signifie pas seulement qu’il fera plus chaud. Les effets de cette hausse des températures seraient catastrophiques. Le réchauffement climatique sera la cause directe d’une hausse des températures, du niveau de la mer et de la température des océans, de l’intensification des précipitations et de la fonte des glaciers. Toutes ces modifications auraient alors elles-mêmes des conséquences. L’accès à l’eau potable et à la nourriture deviendra beaucoup plus complexe. Nous connaîtrons une augmentation des risques sanitaires en raison de la hausse des températures et des vagues de canicules ainsi qu’une et une prolifération de certaines maladies, particulièrement celles véhiculées par les insectes. Les conditions de vie des hommes vont ainsi être bouleversées. D’ici 2100, on estime que plus de 100 millions de personnes devront changer de lieu d’habitation. En effet, la hausse du niveau de la mer aura comme conséquence l’immersion de certains territoires, notamment les zones côtières aujourd’hui très habitées. De tels bouleversements auront nécessairement des conséquences géopolitiques. 

  • Le réchauffement climatique et la géopolitique 

Il ne faudra pas attendre 2100 pour savoir comment le réchauffement climatique va affecter la géopolitique. Nous l’avons déjà vécu. De 2006 à 2011, le nord de la Syrie a connu une période de sécheresse qui entraîna une augmentation des prix. Si les printemps arabes ne peuvent seulement s’expliquer par cet épisode, la sécheresse a joué un rôle non négligeable dans le soulèvement populaire. Plus généralement, la sécheresse dû au réchauffement climatique diminuera grandement le nombre de terres arables disponibles sur la planète et ainsi rendra plus complexe l’accès à la nourriture, particulièrement dans certaines régions comme au Sahel ou au Moyen-Orient. Un risque alimentaire ou hydrique en augmentation, c’est aussi une instabilité croissante et donc un risque de conflit pour les ressources. De plus en plus, les relations internationales se structureront autours de la question de l’accès aux ressources.  

      Par ailleurs, des millions de personnes contraintes à changer d’habitation, ce sont des millions de personnes qui deviennent des réfugiés climatiques. D’après la Banque mondiale, il y aura 140 millions de migrants climatiques en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Amérique latine d’ici 30 ans. Les pays vont donc faire face à une crise migratoire de très grande ampleur à laquelle ils sont peu préparés. Il est facile d’imaginer comment de telles vagues de migrations vont accentuer les tensions entre les pays en se rappelant des effets politiques de la crise migratoire en Europe. 

Ainsi, la sécheresse et les migrations, conséquences du réchauffement climatique, modifieront les relations entre les États et les régions du monde. Le réchauffement climatique est alors synonyme d’augmentation des risques de conflits violents :  pour un demi-degré en plus, l’augmentation du risque de conflits meurtriers est entre 10% et 20%. Dans lefutur, une catastrophe environnementale n’est plus la conséquence d’un conflit armé mais bien une des explications du conflit. 

Le changement climatique modifie aussi certains rapports de force. En effet, les mesures prises pour lutter contre ce dernier ont un effet sur l’équilibre géopolitique mondiale. La transition vers un monde post-carbone sera très rentable pour certains pays, comme le Chili avec le lithium ou la Chine et ses terres rares, alors qu’il sera assez désavantageux pour les pays actuellement producteurs d’énergie fossile et qui n’auront pas réussi à diversifier leur économie. 

  • Une lente prise de conscience 

Le caractère géopolitique du réchauffement climatique a bien été compris par certains pays. La lutte contre ce dernier constitue un levier de soft power pour la Chine, par exemple. Par ailleurs, les acteurs mondiaux s’intéressent de plus en plus aux liens entre environnement et sécurité. L’OTAN déclarait : « L’OTAN s’intéresse aux rapports entre l’environnement et la sécurité, des phénomènes comme les conditions météorologiques extrêmes, l’épuisement des ressources naturelles et la pollution pouvant à terme mener à des catastrophes, à des tensions régionales ou à des actes de violence ». La Chine, de son côté, développe une politique de sécurité environnementale. Toutefois, si on reconnaît aisément qu’il est possible de connaître une crise militaire du fait d’une crise environnementale, le risque n’est pas jugé comme immédiat et donc pas centrale par de nombreux pays. Le réchauffement climatique doit, cependant, nous pousser à aborder le monde d’une autre manière.  C’est un problème mondial et qui ainsi ne peut être réglé que par la coopération, le multilatéralisme et la justice. 

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