COP26 : les États-Unis et la Chine créent la surprise en laissant leur rivalité de côté pour s’exprimer ensemble en faveur de l’action climatique. Retour sur les ambivalences d’une déclaration inattendue.

Les premiers jours de la COP26 ressemblaient plus à un règlement de compte qu’à une conférence sur le climat. Joe Biden n’hésite pas à qualifier l’absence de Xi Jinping de grande erreur, un sermon mal reçu par Pékin. Rien d’étonnant pour les deux États, qui se disputent le leadership de la question climatique depuis des années. Plus inattendu : le coup de théâtre du dixième jour de la COP26. Alors que les négociations étaient au ralenti, les deux rivaux ont publié une déclaration conjointe sur le renforcement de l’action climatique. Surprenante mais bienvenue, cette déclaration met en lumière une relation sino-américaine au cœur des enjeux climatiques. 

 Une déclaration commune pour renforcer l’action climatique 

Les deux plus gros pollueurs de la planète publient une déclaration commune, dans laquelle ils reconnaissent l’écart entre les efforts actuels et les objectifs de l’Accord de Paris. Rien, au début de la COP26, ne laissait présager une telle publication. Xi Jinping n’avait même pas fait le déplacement jusqu’à Glasgow. Joe Biden accusait la Chine d’avoir tourné le dos à la question climatique. Et pourtant, quelques jours plus tard, les deux puissances s’engagent à œuvrer pour une issue ambitieuse, équilibrée et inclusive lors de la COP26. Dans cette déclaration officielle, les deux parties s’engagent, entre autres, à renforcer les réglementations et les normes environnementales liées à la réduction des gaz à effet de serre dans les années 2020, à maximiser les bénéfices sociétaux de la transition énergétique, mais aussi à développer les domaines clés liés à l’économie circulaire. Ils reconnaissent tous deux qu’éliminer durablement la déforestation illégale permettrait d’atteindre plus facilement les objectifs de Paris. Ils énoncent aussi leur volonté de créer un groupe de travail sur le renforcement de l’action climatique dans les années 2020, qui devrait se réunir régulièrement pour faire face à la crise climatique.

Pourquoi cette déclaration commune ? Ce n’est pas la première fois que la Chine et les États-Unis le font. Déjà en 2015, un terrain d’entente avait été trouvé pour promouvoir la conclusion d’un pacte mondial sur le climat lors de la COP21. Même schéma pour la COP26, les États-Unis et la Chine ont relancé des négociations qui bloquaient. Ils se sont aussi assurés la meilleure image possible, car s’il y a bien des pays qui ont compris que la question climatique était un outil du soft power, ce sont les États-Unis et la Chine. 

Des réactions largement positives 

À la suite de cette déclaration commune, les émissaires pour le climat de ces deux pays se sont exprimés. L’émissaire pour le climat américain s’est réjoui de cette « feuille de route » qui définit la façon dont les deux pays vont limiter le réchauffement climatique et travailler ensemble à relever les ambitions climatiques. L’émissaire chinois a rappelé  la responsabilité et le devoir des États-Unis et de la Chine, en tant que deux principales puissances mondiales, sur la question climatique. Il précise aussi que l’accord « montre que la coopération est la seule voie pour la Chine et les États-Unis ».  De nombreux autres acteurs ont réagi, comme Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unis, qui a salué sur Twitter cet accord qu’il considère comme un pas important dans la bonne direction. Il met tout de même en garde le lendemain contre des promesses qui sonnent creux. En effet, si le texte annonce plusieurs engagements, il ne donne que très peu de détails. La vice-présidente de la Commission européenne, Frans Timmermans, a elle aussi accueilli avec plaisir cet accord. Elle salue le message qu’envoient les deux pays : « Si les États-Unis et la Chine, avec toutes les difficultés qu’ils ont sur d’autres questions, envoient un message selon lequel cette question transcende les autres qu’elle concerne la survie de l’humanité, cela aide énormément la communauté internationale à accepter le fait que nous devons agir maintenant ». La Chine et les États-Unis se posent comme des modèles, des leaders à suivre. Et dans les faits, ils sont ceux qui définissent la règle du jeu.  

Un nœud sino-américain au cœur de la question climatique 

Cette déclaration est d’autant plus importante que la Chine est le premier pollueur mondial, très rapidement suivie des États-Unis. La lutte contre le dérèglement climatique est dépendante de la relation entre les deux rivaux. Le rythme de la transition énergétique, souvent au cœur du mécontentement, dépend encore et toujours des deux pays. Le dossier climatique n’est pas, en plus, traité seulement pour lui-même. Les deux pays instrumentalisent la question dans leur compétition pour asseoir leur légitimité. Joe Biden s’est empressé de réintégrer les États-Unis dans l’accord de Paris et la Chine affiche fièrement son rang de premier producteur d’énergie renouvelable. Washington et Pékin veulent s’inscrire comme des puissances en pointe en matière d’engagement climatique. Tout semblerait aller pour le mieux, mais il est important de rappeler que cette déclaration n’engage pas vraiment les deux grands pollueurs. L’impulsion était bienvenue, mais elle ne résoudra pas tous les problèmes. D’autant plus que, même si les États respectaient leur plan d’action climatique pour 2030, le réchauffement prévu serait toujours catastrophique, +2,7°celsius d’ici la fin du siècle. 

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