Auteurs : Eugénie Chatelais et Lucas Baude

(English Version below)

Le 6 mai dernier, des tensions ont éclaté entre la police israélienne et des manifestants suite à une décision de la Cours suprême du pays visant à expulser des familles palestiniennes d’un quartier de la ville sainte. Trois jours plus tard, la police israélienne intervient sur l’esplanade des mosquées en plein mois de ramadan. Malgré les appels au calme de la communauté internationale, il est trop tard, le conflit est lancé, l’autorité palestinienne riposte. 

Les combats entre le Hamas et Tsahal (l’armée israélienne) font depuis rage, les deux parties envoyant sur leurs rivaux des roquettes, ce qui nous donne à voir des images d’une rare violence, à l’instar du bombardement d’un immeuble abritant des relais locaux de l’agence de presse américaine Associated Press et la chaine d’information qatarienne Al-Jazeera

L'immeuble abritant les locaux des médias Al-Jazeera et Associated Press à Gaza est détruit par une frappe israélienne, le 15 mai 2021. (ALI JADALLAH / ANADOLU AGENCY / AFP)

Les populations locales sont ainsi otages des conflits, impuissantes face à ces deux puissances s’affrontant et au poids de l’Histoire. 

Ces affrontements témoignent d’un réveil du conflit israélo-palestinien que l’on avait tendance à oublier ces dernières années mais qui pourtant continue de faire rage.  

Retour aux origines du conflit

Ce conflit de longue date remonte aux environs de la Première Guerre Mondiale avec une promesse britannique ambigüe.  Ils promettent aux Arabes l’établissement d’un grand royaume au Proche et Moyen Orient mais parlent aussi aux Juifs d’un possible “foyer” national juif en Palestine. La Grande-Bretagne, alors puissance mandataire de la Palestine, promet ainsi un même territoire à deux groupes très distincts dont les relations sont compliquées. Avant que les Britanniques ne quittent les terres palestiniennes en 1947, l’ONU est dépêchée afin de proposer un plan de partage et garantir la paix dans cette région. Les Juifs approuvent l’idée d’un état leur étant réservé, d’un état arabe et d’un statut international pour la ville de Jérusalem mais cela ne convient pas aux Arabes. Ainsi, l’indépendance de l’Etat d’Israël déclarée par Ben Gourion le 14 mai 1948 signe aussi le début de la première guerre israélo-arabe. Celle-ci dure presque une année et voit une victoire de l’état juif établi malgré la mise en place d’une coalition arabe. Israël agrandit son territoire de 30% et rend caduque le plan de partage onusien. Cela ne permet pas de résoudre la problématique première, certes les Juifs “peuple sans terre” en ont trouvé une mais cela se fait au détriment des Palestiniens qui perdent les leurs. Les flots de réfugiés palestiniens sont souvent victimes de discriminations et souffrent de cette situation, on pensera au massacre des camps de Sabra et Chatila au Liban en 1982 dont on peut apprendre l’histoire au travers l’œuvre “Valse avec Bachir” de Ari Folman.  

L’embrasement des dernières années  

Dans cette région du monde déjà au bord de l’implosion depuis des années, l’ancien président des États-Unis, Donald Trump, a réussi à encore ajouter de l’huile sur le feu. En effet, dès sa première année de mandat, il s’est empressé de réaliser une de ses promesses de campagne : reconnaître officiellement Jérusalem comme la capitale de l’État hébreux et ainsi déplacer l’ambassade américaine dans la ville sainte (voir à ce propos le bilan du mandat Trump proposé sur notre chaîne YouTube : Trump à la Maison Blanche : Quel bilan géopolitique ?)  

Cette reconnaissance de la souveraineté israélienne sur la ville supposée être partagée entre les deux pays, met en péril la solution des deux États supportée par les Nations Unies et l’Union Européenne. 

Des conflits à répétition 

Les conflits n’ont cessé de se multiplier dans la région depuis l’échec du plan de partage onusien, à commencer par la guerre de Six Jours (5-10 juin 1967). Ce conflit voit Israël lancer une guerre préventive éclaire contre les Arabes qui veulent lui bloquer l’accès à la Mer Rouge via la Golfe d’Aqaba. Israël sort vainqueur et multiplie son territoire par quatre : la notion de “territoires occupés” commence alors à prendre sens malgré les condamnations de l’ONU. On notera aussi la guerre du Kippour de 1973 comme un conflit majeur aux vues de l’internationalisation qu’elle a connue. Les Arabes profitent alors de la fête juive de Yom Kippour pour lancer une offensive et tenter de déstabiliser le régime israélien. Ce conflit direct s’inscrit rapidement dans la guerre froide car pour la première fois les Etats-Unis montrent un soutien à Israël et les communistes aux Arabes. De plus, les retombées économiques liées à l’utilisation des ressources pétrolières comme arme de guerre sont indéniables. La médiatisation de cet épisode verra un élan de solidarité mondiale envers les Palestiniens qui sortent géographiquement perdants de ce conflit. Les épisodes violents sont nombreux depuis la première moitié du 20e siècle et cela ne semble pas s’arranger. Les années 2000 sont notamment marquées par une radicalisation des deux camps avec une deuxième intifada, une impasse diplomatique, l’occupation du Sud du Liban ou encore la guerre de cinquante jours. Les tentatives de paix se soldent généralement par des échecs comme lors des accords de Camps David en 1978 qui avait mené à la première intifada.  

Quand sortirons-nous de cette impasse ? Des solutions sont-elles envisageables ? Les deux camps arriveront-ils à trouver un terrain d’entente ?  

English Version :

Israel-Palestine: the powder keg has been set on fire

On May 6, tensions erupted between Israeli police and demonstrators following a decision by the country’s Supreme Court to expel Palestinian families from a neighborhood in the holy city. Three days later, Israeli police intervened on the Esplanade of the Mosques in the middle of the month of Ramadan. Despite appeals for calm from the international community, it is too late, the conflict is launched, the Palestinian Authority retaliates.

The fighting between Hamas and Tsahal (the Israeli army) has been raging ever since, with both parties sending rockets at their rivals, leading to images of a rare violence, such as the bombing of a building housing local offices of the American news agency Associated Press and the Qatari news channel Al-Jazeera.

The local populations are thus hostages of the conflicts, powerless in front of these two confronting powers and the weight of history.

These clashes are evidence of a reawakening of the Israeli-Palestinian conflict that we have been forgetting in recent years, but which continues to rage. 

Back to the origins of the conflict

This long-standing conflict dates back to around World War I with an ambiguous British promise. They promised the Arabs the establishment of a large kingdom in the Near and Middle East but also talked to the Jews about a possible Jewish national « home » in Palestine. Britain, then the Mandatory Power of Palestine, thus promised the same territory to two very distinct groups whose relations were complicated. Before the British left the Palestinian lands in 1947, the United Nations was asked to propose a partition plan to ensure peace in the region. The Jews approved the idea of a state dedicated to them, an Arab state and an international status for the city of Jerusalem, but the Arabs did not agree. Thus, the independence of the State of Israel declared by Ben Gurion on May 14, 1948 also marked the beginning of the first Arab-Israeli war. This war lasted almost a year and resulted in a victory for the Jewish state despite the establishment of an Arab coalition. Israel enlarged its territory by 30% and invalidated the UN partition plan. This did not solve the first problem, certainly the Jews « people without land » found one, but this was at the expense of the Palestinians who lost theirs. The flows of Palestinian refugees are often victims of discrimination and suffer from this situation, one may think of the massacre of the Sabra and Chatila camps in Lebanon in 1982, whose history can be learned through the work « Waltz with Bashir » by Ari Folman.  

The conflagration of the past few years 

In this region of the world, which has already been on the verge of implosion for years, the former president of the United States, Donald Trump, has managed to add fuel to the fire. Indeed, in his first year in office, he quickly fulfilled one of his campaign promises: to officially recognize Jerusalem as the capital of the Hebrew state and thus move the American embassy to the holy city (see the report on the Trump mandate proposed on our YouTube channel : Trump à la Maison Blanche : Quel bilan géopolitique ? – YouTube)

This recognition of Israeli sovereignty over the city, which is theoretically shared between the two countries, jeopardizes the two-state solution advocated by the United Nations and the European Union.

Recurrent conflicts

Conflicts have continued to multiply in the region since the failure of the UN partition plan, starting with the Six-Day War (5-10 June 1967). This conflict was marked by Israel’s preventive war against the Arabs who wanted to block its access to the Red Sea through the Gulf of Aqaba. Israel emerged victorious and multiplied its territory by four: the notion of « occupied territories » then began to take on meaning despite the condemnations of the UN. The 1973 Yom Kippur War was also a major conflict in view of the internationalization of the conflict. The Arabs took advantage of the Jewish holiday of Yom Kippur to launch an offensive and attempt to destabilize the Israeli regime. This direct conflict quickly became part of the Cold War because for the first time the United States showed support for Israel and the Communists for the Arabs. Moreover, the economic benefits of using oil resources as a weapon of war were undeniable. The media coverage of this episode brought about a worldwide wave of solidarity towards the Palestinians, who were geographically the losers in this conflict. Violent episodes have been numerous since the first half of the 20th century and this does not seem to be getting any better. The 2000s were marked by a radicalization of both sides with a second intifada, a diplomatic blockade, the occupation of southern Lebanon and the Fifty Day War. Attempts at peace generally end in failure, as it was the case with the Camps David agreement in 1978, which led to the first intifada. 

When will we break this deadlock? Are there any solutions in sight? Will the two sides be able to find common ground?

Eugénie Chatelais
Co-responsable Tribune | Plus de publications

Passionnée de géopolitique avec une appétence particulière pour les thématiques russes et asiatiques.

Lucas Baude
Plus de publications