La semaine dernière, entre 50 et 70 navires de pêche français ont manifesté pour dénoncer les nouvelles conditions d’accès aux eaux de l’île anglo-britannique depuis le Brexit. La tension autour de Jersey était telle que la Royal Navy a déployé deux navires et la France a dépêché deux patrouilleurs. Le comité régional des pêches de Normandie a toutefois assuré qu’il n’était « pas question de passer à l’assaut » ni même de bloquer Saint-Hélier, mais seulement de « marquer le coup ». Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, a calmé les esprits en affirmant : « La démonstration de force est faite. C’est le politique qui doit prendre le relais ». Plus de quatre mois après la conclusion de l’accord sur le Brexit, le dossier de la pêche demeure sensible. 

Quelle était la situation avant le Brexit ?

Avant la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, les zones de pêche dans la baie de Granville sur la côte ouest du Cotentin étaient régies par le traité de Granville passé entre la France, le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord. Ce traité avait été signé en 2000 après 10 ans de négociations et avait été vu comme un véritable tournant historique à l’époque. L’objet principal du traité était de « renforcer les relations d’amitié et de bon voisinage » des deux pays et « à protéger les ressources halieutiques ». Il s’agissait ainsi de partager la mer entre voisins et de la fermer aux autres. 

Selon un recensement de l’Ifremer, environ 250 bateaux français étaient actifs dans les eaux jersiaises. Cela montre l’importance de ces eaux pour l’économie bleue française. 

Que prévoit le Brexit ?

L’accord sur le Brexit met un terme aux dispositions du traité de Granville alors que l’accès aux eaux britanniques est vital pour les pêcheurs français. C’est de ces eaux très poissonneuses que provient un quart de leurs prises en volume (20% en valeur). Le Brexit entré en vigueur au 1er janvier prévoit une période de transition jusqu’à l’été 2026, date à partir de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25% des captures dans les eaux britanniques, l’équivalent de 650 millions d’euros par an. L’accord prévoit ensuite une renégociation annuelle. 

Mais pour continuer à bénéficier de cet accès aux eaux poissonneuses, l’accord sur le Brexit prévoit que les pêcheurs européens soient éligibles à de nouvelles licencesOr, les pêcheurs français et le gouvernement reprochent au Royaume-Uni de fermer les yeux sur l’accord initial en inventant de « nouvelles exigences » non prévues par le texte pour retarder la délivrance de ces permis. Selon Paris, le Royaume-Uni a publié vendredi une liste de 41 navires français, sur 344 demandes, autorisés à pêcher dans les eaux de Jersey, mais cette liste va de pair avec de nouvelles exigences « qui n’ont pas été concertées, discutées ni notifiées avant » dans le cadre de l’accord. 

Du côté des pêcheurs britanniques, la colère monte aussi. Sur la chaîne de télévision ITV, Don Thompson, président de l’Association des pêcheurs de Jersey, a reproché aux pêcheurs français de vouloir « pêcher sans contrainte dans nos eaux, tandis que nos bateaux sont soumis à toutes sortes de conditions sur la quantité (de poisson) qu’ils peuvent pêcher, là où ils le peuvent. » Pour lui, il serait « extrêmement injuste » que le gouvernement « capitule devant cela ». 

Où en est-on aujourd’hui ?

Les bateaux français amassés au port de Saint-Hélier sont repartis dans l’après-midi du 6 mai 2020. Le Royaume-Uni a donc rappelé ses deux patrouilleurs qu’il avait dépêché sur place.  

Eugénie Chatelais
Rédactrice en chef Tribune 2021-2022 | Plus de publications

Passionnée de géopolitique avec une appétence particulière pour les thématiques russes et asiatiques.

Lucas Baude
Rédacteur en chef Tribune 2021-2022 | Plus de publications

Passionné de relations internationales et de politique, je m’intéresse particulièrement aux zones Asie du Sud et Pacifique ainsi qu’aux questions européennes.