Auteur : Charles Motais
Traducteurs : Charles Motais et Ali Jamaleddine
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Alors que le bilan des victimes de la pandémie s’alourdit, la mafia italienne voit en cette crise la possibilité de reprendre la main sur une économie locale en déclin. En effet, la direction judiciaire anti-mafia a affirmé lors du dernier confinement que les entreprises en difficulté constituent des cibles parfaites pour la mafia italienne.  

En plus de la COVID, l’Italie affronte depuis presque plus d’un an un autre ennemi invisible, la mafia, qui prolifère dans les moments de faiblesse économique. Lors de la dernière grande crise économique en 2008, les grandes familles criminelles sont parvenues à étendre leur pré carré à une large partie du sud de la péninsule italienne. Aujourd’hui, on estime l’économie souterraine à plus de 12% du PIB de l’Italie, ce qui représente plus de 240 millions d’euros. Ces sommes sont investies dans le recyclage des déchets, les énergies renouvelables et la santé sur l’ensemble du territoire.  

Toutefois, en temps de crise sanitaire, les perspectives de la Comorra napolitaine, de la Casa Nostra sicilienne ou encore de la Ndrangheta calabraise ont pris une toute autre tournure. À l’image de la crise de 2008, les banques accordant moins de crédits, les mafieux se sont arrogé le contrôle de petits commerces étranglés par les dettes. Les « cols blancs » de la Ndrangheta furent les premiers à proposer des prêts allant jusqu’à 300 000 euros. L’approche est amicale, un climat de confiance s’installe et les victimes de ces extorsions se voient contraints d’accepter des prêts aux intérêts annuels pouvant grimper jusqu’à 1000%.  

D’après le ministère de l’intérieur italien, l’usure est la seule activité à avoir connu une hausse durant la pandémie, avec une augmentation de 9,6%, relevée fin mars dernier. Pour la première fois, de nombreuses entreprises des secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et du BTP, se sont rapprochées de groupes mafieux, compte tenu du contexte économique. En parallèle de ces activités, des clans auraient également infiltré en Lombardie le marché de produits sanitaires (importations de masques et gestion des produits hospitaliers).  

En cette période de récession mondiale, la mafia italienne jouit de ses réserves de cash inépuisables afin de multiplier les financements illicites. L’enjeu pour le gouvernement italien est donc d’éviter que l’argent de la mafia arrive aux entreprises avant les aides étatiques. L’État considère devoir à tout prix défendre les entreprises saines afin de les préserver du fléau mafieux. L’enjeu n’est pas uniquement d’ordre économique mais relève également du domaine social. Selon les services de renseignement italiens, la criminalité organisée pourrait accroitre le risque d’implosion sociale notamment dans les zones défavorisées de la péninsule italienne. En réponse à l’explosion de la pauvreté durant la crise sanitaire, le gouvernement a annoncé en mai dernier la distribution de 400 millions d’euros de bons d’achat. Le syndicat agricole Coldiretti a indiqué que les demandes d’aide alimentaire auprès des organisations caritatives auraient augmenté de 30%. Dans le même temps, des groupes mafieux ont commencé à distribuer leurs propres paniers de nourriture à des famille en détresse économique. 

Enfin, en guerre avec les factions mafieuses, le gouvernement ne compte pas baisser les bras en laissant la mafia étendre son influence à tout le territoire italien. Son système de défense anti-mafia est le plus sophistiqué au monde. Contrairement à la France ou l’Allemagne, l’Italie dispose de trois grands organes institutionnels dédiés à la lutte contre les organisations criminelles. Cependant, pour le moment, la mafia italienne semble être dans une bonne position pour compenser le sous interventionnisme étatique dans le soutien des entreprises locales. L’argent arrive au compte-goutte dans les caisses des entreprises et ces dirigeants, insatisfait des politiques entreprises à leur égard, préfèrent s’en remettre aux grandes familles mafieuses, quitte à faire croître une économie souterraine en pleine expansion.   

The rise of the Italian mafia in the midst of Covid crisis 

As the death toll from the pandemic rises, the Italian mafia sees the crisis as an opportunity to regain control over a declining local economy. Indeed, the Anti-Mafia Judicial board warned during the last lockdown that failing businesses are perfect targets for the Italian mafia. 

For almost a year now, Italy has been facing another invisible enemy, the Italian mafia, thriving in times of economic weakness. During the last major economic crisis in 2008, the big criminal families managed to extend their scope to a large part of the south of the Italian peninsula. Today, the underground economy accounts for more than 12% of Italy’s GDP, representing more than 240 million euros. These sums are invested in waste recycling, renewable energy and health throughout the country.  

Nevertheless, in times of sanitary crisis, the prospects of the Neapolitan Comorra, the Sicilian mafia and the Ndrangheta have taken a completely different turn. As the 2008 crisis unfolded, banks granted less credit and the mafia took control of small businesses strangled by debt. The ‘white-collar’ members of the Ndrangheta were the first to offer loans mounting to 300,000 euros. The approach is friendly, a climate of trust is established, and the victims of these extortions are forced to accept loans with annual interest rates going up to 1000%.  

According to the Italian Ministry of the Interior, usury is the only activity to have soared during the pandemic, with an increase of 9.6% recorded at the end of March. For the first time, many companies in the hotel, tourism and construction sectors have approached mafia groups, given the economic context. In parallel to these activities, clans are also said to have infiltrated the market for health products in Lombardy (import of masks and hospital product trade).  

In this period of global recession, the Italian mafia is taking advantage of its inexhaustible cash reserves to increase its illicit financing. The challenge for the Italian government is therefore to prevent the mafia’s money from reaching companies before state aid. The State considers that it must defend prudent companies at all costs in order to protect them from the mafia scourge. The issue is not only economic but also social. According to the Italian intelligence services, organized crime could increase the risk of social implosion, especially in the underprivileged areas of the Italian peninsula. In response to the explosion of poverty during the health crisis, the government announced last May the distribution of 400 million euros in vouchers. The Coldiretti farmers’ union reported a 30% increase in requests for food aid from charities. At the same time, mafia groups have started to distribute their own food baskets to families in economic distress. 

Last but not least, at war with the Mafia factions, the government does not intend to give up and let the Mafia extend its influence throughout Italy. Its anti-mafia defence system is the most sophisticated in the world. Unlike France or Germany, Italy has three major institutional bodies dedicated to the fight against criminal organizations. However, for the moment, the Italian mafia seems to be in a good position to compensate for the under-interventionism of the state in supporting local businesses. The money is trickling into the companies’ coffers and these managers, dissatisfied with the policies undertaken towards them, prefer to rely on the big mafia families, even if it means making more profitable a booming underground economy.   

Ali Jamaleddine
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