Auteur : Ivan de Mercey et Adrien Argento

Traducteur : Ilyas Alami, Ivan de Mercey et Adrien Argento

English version below

Le diplomate italien Luca Attanasio a été assassiné le 22 février dernier en République Démocratique du Congo (RDC). Alors qu’il accompagnait un convoi du Programme Alimentaire mondial (PAM), il est tombé dans une embuscade au nord-est du pays, dans la région du Nord-Kivu. Son chauffeur et son garde du corps ont été également tués.

Suscitant l’émoi en Italie, cet attentat rappelle la violence qui déchire le pays depuis des décennies. Malgré la présence de l’ONU qui a déployé plus de 15 000 casques bleus dans la région, les conflits persistent, voire s’intensifient.

Un pays meurtri par les conflits

En 1997, le Zaïre est en proie à un conflit civil violent depuis l’arrivée de 1,2 million de Hutus rwandais fuyant le génocide. Ils se mêlent aux Tutsis congolais, ethnie avec laquelle ils étaient en guerre dans leur pays d’origine. Laurent-Désiré Kabila, qui dirige l’opposition armée depuis plus de trente ans contre le président Mobutu Sese Seko, s’empare de la capitale zaïroise, Kinshasa, et renomme son pays « République Démocratique du Congo ». Kabila est soutenu par les armées ougandaises, rwandaises et angolaises, mais il peine à se débarrasser de cette tutelle par la suite.

En 1998, le président Laurent-Désiré Kabila a fait appel à l’ONU pour régler la Deuxième guerre du Congo (la Première faisant suite au génocide rwandais, dure de 1996 à 1997). Le 30 novembre 1999, la Mission de l’Organisation des Nations Unies en république démocratique du Congo (MONUC) est créée et exige un cessez-le-feu général. Au cours de ces cinq années de guerre (de 1998 à 2003), la population congolaise paie un lourd tribut : 183 000 morts, sans compter ceux qui sont morts de famine ou de maladie (qui atteignent alors 4 à 4,5 millions de personnes).

Renommée MONUSCO en 2010, la mission de paix onusienne n’a toujours pas atteint ses objectifs. Si le pays est plus ou moins pacifié, les principes démocratiques demeurent régulièrement bafoués et de nombreux groupes armés sévissent toujours. La présence des casques bleus a souvent été remise en cause, notamment en 2015 quand le président Kabila a exigé leur départ, en affirmant sa propre capacité à stabiliser son pays. Selon un rapport du baromètre sécuritaire du Kivu, « Dans le secteur de la sécurité, son impact est largement limité à son effet dissuasif, en particulier dans et autour des grands centres urbains. Malgré le mandat agressif sous lequel sa Brigade d’intervention de la force opère, la MONUSCO n’a pas voulu ou pu mener des opérations anti-insurrectionnelles à grande échelle. »

Une patrouille de la Monusco pour traquer les rebelles ougandais des Forces Démocratiques Alliés (ADF), le 13 novembre 2018.

De nombreux groupes armés qui menacent la stabilité du pays

Si l’instabilité politique et la permanence des conflits caractérisent l’ensemble du territoire de la RDC depuis plusieurs décennies, ce sont les régions de l’est avec les provinces du Kivu qui sont le plus marquées par un déchaînement de violence. Dans ce territoire situé à plus de 5000 kms de la capitale politique Kinshasa, au cœur d’une dense forêt tropicale, plusieurs factions armées s’affrontent pour le contrôle du territoire et l’exploitation des ressources. Parmi ces différents groupes, trois principaux peuvent être mentionnés au vu de leur importance géopolitique mais aussi médiatique du fait des sordides exactions qu’ils perpétuent :

L’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) tout d’abord : créée en 1988 par Joseph Kony dans le cadre de la guerre civile ougandaise, ces rebelles hostiles au gouvernement de l’Ouganda ont été repoussés hors des frontières de leur pays natal au milieu des années 2000. Désormais largement implantés en RDC, ils brutalisent les populations villageoises.

On peut ensuite mentionner les Forces démocratiques de libération du Rwanda. Formé en RDC en 2000, ce groupe armé est composé de Hutus ayant fui le Rwanda dans les années 1990 pour fuir les représailles du génocide qu’ils ont perpétré contre l’ethnie Tutsi. Leur objectif final est de regagner le Rwanda afin de renverser le régime de Paul Kagamé et d’instaurer un nouveau régime politique. Ils se réfugient dans les forêts du Kivu où ils sèment la terreur parmi les habitants.

Un troisième groupe peut être notifié. Il s’agit des Forces démocratiques alliées (ADF). Ce groupe s’est originellement constitué en Ouganda en 1995 contre le président Yoweri Musevini. Groupe armé particulièrement meurtrier, l’ADF a prêté allégeance à l’Etat Islamique en octobre 2017. Il inscrit dès lors son action dans la même logique que les groupes islamiques terroristes du Sahel et du Moyen-Orient, à savoir, étendre le califat et convertir par l’usage des armes les territoires en terres sacrées. Profitant de cette zone de non-droit que constituent les forêts tropicales congolaises, ils se sont installés en RDC et ont proclamé la naissance de la « province de l’Etat islamique en Afrique centrale ». La présence de l’ADF en RDC est attestée pour la première fois en avril 2019 lorsque ses forces armées ont attaqué un village proche de la frontière avec l’Ouganda, attaque qui fut immédiatement revendiquée par l’Etat Islamique.

L’instabilité géopolitique caractéristique de l’est de la RDC ne se résume pas exclusivement aux actions et à l’influence des ces trois acteurs. On estime le nombre de groupes armés à 122 dans cette partie du pays. Par ailleurs, une myriade de petits seigneurs de guerre et de rebelles de tribus défiant l’autorité gouvernementale alimente les tensions et perpétue des violences dans la région.
Ces trois groupes armés sont en revanche les plus dangereux et les plus puissants. Ils sont à l’origine d’attentats parmi les plus meurtriers et entretiennent une situation chaotique en RDC. On peut également relever le massacre d’une quinzaine de civils par les Forces démocratiques alliées le 15 mars 2021. Au moins 1 219 civils ont été tués dans des attaques attribuées aux ADF depuis 2017 sur le territoire de la ville de Beni, faisant de ce groupe, pourtant récemment implanté en RDC, le plus meurtrier parmi toutes les factions actives à l’est du pays.

Democratic Republic of the Congo: The Eastern Regions in the Grip of Constant Violence

Italian diplomat Luca Attanasio was assassinated on 22 February in the Democratic Republic of the Congo (DRC). While accompanying a World Food Programme (WFP) convoy, he fell into an ambush in the northeast of the country, in the North Kivu region. His driver and bodyguard were also killed.

         The attack is a wake-up call in Italy, a reminder of the violence that has been tearing the country apart for decades. Despite the presence of the UN, which has deployed more than 15,000 peacekeepers in the region, conflicts persist and even intensify.

A country wounded by conflicts

In 1997, Zaire has been in the grip of a violent civil conflict since the arrival of 1.2 million Rwandan Hutus fleeing the genocide. They mingle with the Congolese Tutsis, an ethnic group with which they were at war in their country of origin. Laurent-Désiré Kabila, who has been leading the armed opposition against President Mobutu Sese Seko for more than thirty years, seizes the capital of Zaire, Kinshasa, and renames his country «Democratic Republic of the Congo». Kabila was supported by the Ugandan, Rwandan and Angolan armies, but he struggled to get rid of this guardianship afterwards. 

In 1998, President Laurent-Désiré Kabila appealed to the UN to settle the Second Congo War (the first following the Rwandan genocide, lasting from 1996 to 1997). On 30 November 1999, the United Nations Mission in the Democratic Republic of the Congo (MONUC) was established and called for a general ceasefire. During these five years of war (from 1998 to 2003), the Congolese population paid a heavy price: 183,000 deaths, not to mention those who died of famine or disease (which then reached 4 to 4.5 million people). 

Renamed MONUSCO in 2010, the UN peace mission has still not achieved its objectives. Although the country is more or less pacified, democratic principles are regularly flouted and many armed groups are still rampant. The presence of peacekeepers has often been called into question, especially in 2015 when President Kabila demanded their departure, affirming his own ability to stabilize his country. According to a report of the Kivu security barometer, In the security sector, its impact is largely limited to its deterrent effect, especially in and around major urban centres. Despite the aggressive mandate under which its Force Response Brigade operates, MONUSCO has been unwilling or unable to conduct large-scale counter-insurgency operations.”

Many armed groups threaten the stability of the country

Although political instability and the permanence of conflicts have characterized the entire territory of the DRC for several decades, it is the eastern regions with the provinces of Kivu that are most marked by extreme violence. In this territory located more than 5000 km away from the political capital Kinshasa, in the heart of a dense rainforest, several armed factions clash for the control of the territory and the exploitation of resources. Among these different groups, three main ones can be mentioned in view of their geopolitical but also media importance because of the sordid abuses they perpetuate:

The Lord’s Resistance Army (LRA) first of all: created in 1988 by Joseph Kony in the context of the Ugandan civil war, these hostile to the Ugandan government rebels were pushed out of the borders of their native country in the mid-2000s. Now largely established in the DRC, they brutalize the village populations.

Then there is the Democratic Forces for the Liberation of Rwanda. Formed in the DRC in 2000, this armed group is made up of Hutus who fled Rwanda in the 1990s to flee retaliation for the genocide they perpetrated against the Tutsi ethnic group. Their ultimate goal is to return to Rwanda in order to overthrow Paul Kagame’s regime and establish a new political regime. They took refuge in the forests of Kivu where they sowed terror among the inhabitants.

A third group may be notified. These are the Allied Democratic Forces (ADF). This group was originally formed in Uganda in 1995 against President Yoweri Musevini. A particularly deadly armed group, the ADF pledged allegiance to ISIS in October 2017. It therefore follows the same logic as the Islamic terrorist groups in the Sahel and the Middle East, namely to extend the caliphate and convert the territories into sacred lands through the use of weapons. Taking advantage of this zone of lawlessness that constitutes the Congolese tropical forests, they settled in the DRC and proclaimed the birth of the «province of ISIS in Central Africa». The presence of the ADF in the DRC is attested for the first time in April 2019 when its armed forces attacked a village near the border with Uganda, an attack that was subsequently claimed by ISIS.

The geopolitical instability characteristic of the eastern DRC is not limited to the actions and influence of these three actors. The number of armed groups is estimated at 122 in this part of the country. Moreover, a myriad of small warlords and tribal rebels defying government authority are fueling tensions and perpetuating violence in the region.

These three armed groups are the most dangerous and powerful. They are responsible for some of the deadliest attacks and maintain a chaotic situation in the DRC. We can also note the massacre of fifteen civilians by the Allied Democratic Forces on March 15, 2021. At least 1,219 civilians have been killed in attacks attributed to the ADF since 2017 on the territory of the city of Beni, making this group, although recently established in the DRC, the deadliest among all active factions in the east of the country.

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