Coup d’Etat en Birmanie : l’action de la junte contre le gouvernement civil

Auteurs : Steven Pauchet, Adrien Argento, Ivan de Mercey

Fin 2020, le Général Min Aung Hlaing, chef de la Tadmadaw (l’Armée birmane), avait annoncé qu’il respecterait le résultat des urnes survenu un peu plus tôt. Pourtant, le 1er février 2021, celui-ci a mis en œuvre un coup d’Etat militaire.

Alors que le gouvernement civil dirigé par Aung San Suu Kyi se partageait le pouvoir avec les militaires birmans, encore très puissants depuis la fin de la junte militaire en 2007, les événements de ces derniers mois ont permis à l’armée de reprendre le pouvoir. En effet, la très controversée Prix Nobel de la paix et le président Win Myint ont été arrêté par les militaires. Ces derniers, qui accusent l’ex-cheffe de gouvernement d’avoir truqué les précédentes élections, ont proclamé l’état d’urgence pour une année minimum. A la place de ce gouvernement révolu, des personnalités venant de la haute sphère militaire se sont vu offrir les postes les plus prestigieux. C’est notamment le cas de Myint Swe, général et vice-président depuis 2016, qui assure désormais la présidence par intérim tout en ayant transféré le pouvoir au général Min Aung Hlaing. Cette action s’est déroulée en deux temps, sans effusion de sang. L’armée a dans un premier temps organisé un blocus autour du parlement à Naypyidaw, la capitale birmane. Puis, l’hôtel de ville de Rangoun, l’une des principales villes du pays, a été pris d’assaut. Pour justifier leur action, les militaires ont contesté la légitimité des élections législatives du 8 novembre dernier, qui ont assuré un nouveau mandat à Aung San Suu Kyi, en l’accusant de fraudes massives. 

Pourquoi la Birmanie demeure instable ? On peut souligner d’abord l’absence de véritable culture démocratique liée à une instauration récente de ce type de régime politique en Birmanie. La persécution des Rohingyas depuis les années 1980 par les gouvernements birmans successifs est aussi l’un des facteurs de tensions sociales et ethniques au sein du pays. La Birmanie a également connu des régimes militaires à la tête du pays : en 1962, un coup d’Etat mené par le militaire Ne Win renverse U Nu, premier dirigeant birman après l’indépendance du pays. Ne Win établit une dictature militaire marxiste avant que ce régime ne soit dirigé par une junte en 1988. L’une des principales figures d’opposition à cette dictature est la présidente du parti Ligue nationale pour la démocratie, Aaung San Suu Kyi. Son engagement en faveur de la liberté de la presse et du respect des droits de l’homme lui vaut de nombreuses arrestations avant qu’elle soit finalement placée en résidence surveillée de 1989 jusqu’en 2011. Elle se voit attribuer le prix Nobel de la paix en 1991, au cours de sa détention. Ayant été autorisée à se présenter aux élections législatives partielles de 2012, elle remporte très largement le scrutin et obtient ainsi son premier mandat officiel de députée. Après de nouveaux succès aux élections de 2015, elle cumule de plus en plus de responsabilités gouvernementales. Bien qu’elle ne soit pas autorisée à se présenter en tant que présidente, elle s’appuie sur le soutien populaire pour tenter de diffuser la démocratie dans un régime encore sous tutelle de la Tadmadaw. Aung San Suu Kyi occupe alors la place de ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l’Etat et porte-parole de la présidence et de facto cheffe du gouvernement.

La popularité de Aung San Suu Kyi va être cependant écornée par l’affaire des Rohingyas qui prend une ampleur sans précédent à partir de 2016 lorsqu’en juillet 2016, l’ONU publie un rapport évoquant de possibles crimes contre l’humanité commis sous la mandature précédente de 2012-2016. La relative passivité de Aung San Suu Kyi face aux exactions de l’armée contre cette minorité ethnique et religieuse discrédite encore davantage la prix Nobel de la paix.

C’est dans ce contexte politique que le 1er février 2021, à la surprise générale, Aung San Suu Kyi est arrêtée par l’armée dans le cadre d’un coup d’État. Son arrestation est justifiée par la violation d’une obscure règle commerciale. Dans la foulée, les militaires instaurent l’état d’urgence pour un an et promettent des élections ultérieures. Quatre jours plus tard, le 5 février 2021, la cheffe du gouvernement est de nouveau placée sous détention provisoire.

Les évènements du début du mois de février ont suscité une condamnation unanime de l’action des militaires birmans par la communauté internationale. Dès le 1er février 2021, l’ONU, l’Union européenne et les Etats-Unis ont fermement condamné l’arrestation par l’armée d’Aung San Suu Kyi, des dirigeants de l’ex-gouvernement ainsi que des cadres du parti de Aung San Suu Kyi. La Chine, qui comme la Russie semble réticente à condamner l’action des militaires birmans, souhaite que les affaires internes birmanes se règlent dans le respect de la Constitution afin d’éviter une instabilité politique et sociale. C’est un risque à considérer de manière imminente, car les appels à la désobéissance civile se multiplient en Birmanie. De nombreuses manifestations ont émergé récemment, entraînant de vives répressions de la part des forces armées du nouveau régime. C’est notamment le cas dans les plus grandes villes du pays comme Yangon et Mandalay. 

Alors que les regards internationaux sont tournés vers la situation birmane, les inquiétudes autour du maintien de la démocratie grandissent. En effet, le chef de l’armée Min Aung Hlain détient les pleins pouvoirs législatifs et administratifs, mais également le contrôle judiciaire, le rendant tout-puissant sur sa population. Les prochains jours et notamment les discussions avec les puissances mondiales vont s’avérer déterminants pour la suite des événements. 

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