Auteur : Najib Harkaoui
Traducteur : Ali Jamaleddine
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Si le Forum Économique Mondial, plus connu sous le nom de Forum de Davos, devrait déménager provisoirement à Singapour en août prochain pour sa réunion annuelle, un sommet virtuel s’est tenu du 25 au 29 janvier dernier, à l’occasion de la semaine de Davos. 

Le président Macron pendant son intervention, virtuelle, lors de la semaine de Davos (source : elysee.fr)

C’est par écrans interposés que se sont entretenus, du 25 au 29 janvier, les différents grands acteurs économiques et politiques du globe, à l’occasion de la traditionnelle semaine de Davos. L’évènement, baptisé pour l’occasion The Davos Agenda, se tenait avec pour fil conducteur la volonté de « rétablir la confiance et façonner les principes, les politiques et les partenariats nécessaires à 2021 »

C’est dans ce contexte bien particulier que le président chinois Xi Jinping s’est posé, comme il l’avait fait il y a 4 ans au moment de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, comme le défenseur du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale. Sans nommer une seule fois les États-Unis ou son homologue fraichement élu Joe Biden, absent pour l’occasion, le dirigeant chinois a déclaré : « Bâtir des clans ou déclencher une nouvelle guerre froide, rejeter, menacer ou intimider les autres (…), le bouleversement des chaînes d’approvisionnement ou des sanctions afin de provoquer l’isolement ne fera que pousser le monde dans la division et même la confrontation ». Une déclaration forte, alors que l’administration Biden est très attendue sur la manière dont elle appréhendera la rivalité avec Pékin. 

De son côté, le président français Emmanuel Macron a appelé à d’ores et déjà retenir les leçons de la crise sanitaire actuelle, et à repenser l’économie de demain, au centre de laquelle devra se trouver l’humain et la lutte contre les inégalités. Le président a également tenu un plaidoyer en faveur de la biodiversité et du climat, et s’est félicité que l’accord de Paris « a tenu » malgré la décision de Donald Trump d’en sortir lors de son mandat. Emmanuel Macron a donné rendez-vous pour la COP 15 qui se tiendra en Chine, en mai prochain, afin de « bâtir des règles communes » pour la biodiversité. 

Comme chaque année, la semaine de Davos a permis aux dirigeants politiques du monde entier de se faire entendre et d’avancer leurs pions sur certains sujets brulants. Si ce rendez-vous est devenu habituel dans la vie diplomatique mondiale, il n’en demeure pas moins très décrié. 

Une image peu reluisante…

C’est en 1971 que le professeur universitaire allemand Klaus M. Schwab fonde le Forum Européen de Management, qui deviendra en 1987 le Forum Économique Mondial (World Economic Forum, WEF) tel que nous le connaissons aujourd’hui. Si l’objectif premier était de familiariser les chefs d’entreprises européens avec les pratiques de management américaines, les dirigeants politiques ont très vite rejoint l’organisation, avec une première participation en 1974, trois ans après le lancement de la première édition. 

La fondation œuvre, d’après ses statuts, pour « améliorer l’état du monde » ou encore « identifier des problèmes (…) et, quand c’est possible, créer des partenariats pour agir ». En somme, une vocation a priori humaniste. Pourtant, le Forum de Davos souffre d’une image peu reluisante, essentiellement aux yeux de la société civile, qui n’y voit rien de plus qu’une réunion des puissants et des élites de ce monde. 

Et pour cause, le WEF a un indéniable côté « bling-bling » : station de ski huppée, hélicoptères, jets privés et limousines, sans parler des frais d’adhésion annuels allant de 60 000 à 600 000€ selon la formule choisie, qui, de facto, exclut une immense partie des entreprises. Pour se détacher de cette image élitiste, le Forum invite désormais des représentants de la société civile, qu’ils soient membres d’ONG, représentants religieux, universitaires, ou autres. Mais cela ne suffira probablement pas à combler le déficit d’image du WEF, ni même ses incohérences ou ses contradictions : pour se rendre à l’édition 2020, la barre des 1500 vols en jets privés a été franchie, pour discuter, une fois sur place… de la question climatique. 

La ville de Davos, en Suisse, qui accueille traditionnellement la réunion annuelle du WEF (AFP)

… à nuancer ? 

Il serait néanmoins réducteur de restreindre le Forum Économique Mondial au bling-bling de Davos. Tout d’abord, car le Forum de Davos n’est pas le seul évènement pour les adhérents de la Fondation. D’autres réunions ont lieu chaque année, certaines avec une dimension plus régionale, d’autres pour mettre à l’honneur les pays émergents, d’autres encore pour mettre en avant les jeunes entrepreneurs, lors de la « Réunion Annuelle des Nouveaux Champions », qui se tient tous les ans en Chine depuis 2007. 

Ces réunions sont avant tout l’occasion d’échanger dans un cadre nettement moins formel que lors des réunions des Institutions Internationales telles que l’ONU ou la Banque Mondiale. 

Elles permettent de mettre en relation des acteurs qui ne l’auraient pas nécessairement été sans elles, et engendrent la création, d’après les participants, d’une « énergie positive ». Ces réunions peuvent même devenir de réels leviers diplomatiques : la France s’est, par exemple, assurée en amont du soutien de l’industrie et de la finance à Davos pour préparer l’accord de Paris de 2015. 

En somme, oui il existe un côté bling-bling et élitiste inhérent au Forum Économique Mondial, d’autant plus lors de la semaine de Davos. Oui, des efforts pourraient être faits pour rendre ce rendez-vous moins « déconnecté de la réalité ». Mais on ne peut nier en parallèle que le cadre, très informel en comparaison à un sommet onusien par exemple, favorise probablement les échanges et l’émulation entre les différents participants de ces réunions. C’est peut-être en cela qu’il est devenu un rendez-vous incontournable dans la vie économique et diplomatique mondiale.  

The Davos Forum: only an « elitist club »?

While the World Economic Forum, better known as the Davos Forum, is expected to move provisionally to Singapore next August for its annual meeting, a virtual summit was held from January 25th to 29th, during the Davos Week.

The French president Emmanuel Macron during his virtual speech in the Davos Agenda (elysee.fr)

From January 25 to 29, the various major economic and political actors from around the world met via screen meeting during the traditional Davos week. The event, which was named The Davos Agenda for the occasion, was held with the guiding theme of « rebuilding trust and shaping the principles, policies and partnerships needed for 2021 ». 

It is in this very particular context that Chinese President Xi Jinping has positioned himself, as he did four years ago when Donald Trump came to power, as the defender of multilateralism and global governance. Without once naming the United States or his newly elected counterpart Joe Biden, absent for the occasion, the Chinese leader declared: « Building clans or starting a new Cold War, rejecting, threatening or intimidating others (…), disrupting supply chains or imposing sanctions to provoke isolation will only push the world into division and even confrontation ». A strong statement as the Biden administration is eagerly awaited on how it will deal with the rivalry with Beijing. 

As for the French President Emmanuel Macron, he has called for the troubles of the current health crisis to be remembered. And called for a rethinking of tomorrow’s economy, at the center of which must be the human factor and the fight against inequality. The President also made a plea in favor of biodiversity and the climate,and welcomed the fact that the Paris Agreement was « held » despite Donald Trump’s decision to leave it during his term of office. Emmanuel Macron gave an appointment for the COP 15 to be held in China next May to « build common rules » for biodiversity. 

like every year, Davos week allowed political leaders from around the world to make their voices heard and advance their pawns on some burning issues. If this meeting has become something regular in the world diplomatic life, it is nevertheless highly decried. 

A poor image…

It was in 1971 that German university professor Klaus M. Schwab founded the European Management Forum, which in 1987 became the World Economic Forum (WEF) as we know it today. While the primary objective was to familiarize European business leaders with American management practices, political leaders very quickly joined the organization, with a first participation in 1974, three years after the launch of the first edition. 

According to its statutes, the foundation works to « improve the state of the world » or « identify problems (…) and, when possible, create partnerships to act ». In short, it has a humanist vocation. However, the Davos Forum suffers from a poor image, essentially in the eyes of civil society, which sees it as nothing more than a meeting of the powerful and the elites of this world. 

And for a good reason, the WEF has an undeniable « bling-bling » side: posh ski resorts, helicopters, private jets and limousines, not to mention annual membership fees ranging from €60,000 to €600,000 depending on the formula chosen, which automatically excludes a huge part of the companies. To break away from this elitist image, the Forum now invites representatives of civil society, whether they are members of NGOs, religious representatives, academics, or others. But this will probably not be enough to make up for the WEF’s image deficit, nor even its inconsistencies or contradictions: to get to the 2020 edition, the bar of 1500 flights in private jets has been passed, to discuss, once there, the climate issue. 

Davos, the city which hosts each year the annual meeting of the World Economic Forum (AFP)

…nuance?

It would be however simplistic to restrict the World Economic Forum to the bling-bling of Davos. First of all, because the Davos Forum is not the only event for the Foundation’s members. Other meetings take place every year, some with a more regional dimension, others to honor emerging countries, and still others to showcase young entrepreneurs at the « Annual Meeting of New Champions », which has been held every year in China since 2007.

These meetings are above all an opportunity to exchange in a much less formal framework than during the meetings of International Institutions such as the UN or the World Bank.

They allow to put in touch actors who would not necessarily have been without them, and generate, according to the participants, a « positive energy ». These meetings can even become real diplomatic levers: France, for example, secured the support of industry and finance in Davos to prepare the 2015 Paris agreement.

In short, yes, there is a bling-bling and elitist side to the World Economic Forum, especially during the week of Davos. Yes, efforts could be made to make this event less « disconnected from reality ». At the same time, however, it cannot be denied that the setting, which is very informal compared to a UN summit, for example, probably favors exchanges and emulation between the various participants in these meetings. Perhaps this is why it has become an essential event in the world’s economic and diplomatic life.  

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