Auteurs : Eugénie Chatelais et Lucas Baude
Traducteurs : Eugénie Chatelais, Lucas Baude et Ilyas Alami
English version below

Première guerre de l’après-guerre froide, la guerre du Golfe est le premier conflit faisant intervenir les États-Unis dans leur rôle de gendarmes du monde. Elle confirme la domination américaine, amplifiée par l’absence totale d’implication de l’ex URSS dans le conflit.

Rappel historique : que s’est-il passé ?

Dans la nuit du 1er au 2 août 1990, seulement 2 ans après une guerre coûteuse contre l’Iran, Saddam Hussein, le dirigeant irakien, décide d’envahir le Koweït. En effet, ce petit pays riche en pétrole jouit d’une position stratégique dans le golfe Persique et attire les convoitises d’une Irak désireuse d’en faire sa 19ème province. Dans les jours suivants, cette annexion est condamnée par l’ONU qui, sous l’égide des Etats-Unis, organise l’envoi de troupes en Arabie Saoudite et dans le Golfe. 53 pays décident alors de former une coalition parmi lesquels la France, la Grande-Bretagne, l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou encore la Turquie et 21 d’entre eux  se rendent sur le terrain. L’opération aérienne “Bouclier du désert” est lancée dès le 17 janvier 1991 ; celle-ci sera suivie par une intervention terrestre appelée “Tempête du désert” qui poussera Saddam Hussein à accepter le cessez-feu le 28 janvier. Ainsi, le Koweït recouvre son indépendance mais le fragile équilibre de la région a été totalement bouleversé. Malgré sa défaite et la mise en place d’un embargo économique, Saddam Hussein a su se maintenir au pouvoir et a poursuivi sa répression sur les minorités, en dépit des virulentes réactions de l’opinion publique internationale.  

Pourquoi ce conflit ? Quelles en sont les conséquences ?

Pour comprendre ce conflit, il faut faire un bond dans le passé et évoquer la guerre Iran-Irak menée de 1980 à 1988. L’Irak a pâti financièrement de ce conflit et s’est fortement endettée auprès de l’Arabie Saoudite et du Koweït. Afin de rembourser cette dette et envisager de reconstruire son pays, Saddam Hussein appelle à une hausse du prix du baril de pétrole. Toutefois, les négociations ont échoué : l’émir du Koweït refuse d’annuler la dette irakienne et le pays augmente même sa production jusqu’à provoquer une chute des cours et ainsi une baisse significative des revenus pétroliers pour l’Irak. 

Malgré le caractère éclair de ce conflit, les conséquences immédiates sont nombreuses. Le plus lourd tribut payé de part et d’autre sont les pertes humaines. On compte plus de 150.000 morts du côté irakien et une centaine du côté de la coalition. Les conséquences économiques sont également majeures puisque le pays se voit imposer 12 années d’embargo et des réparations de guerre à verser au Koweït. Nonobstant cela, Saddam Hussein ne faiblit pas et renforce sa dictature, menace les minorités religieuses et poursuit sa répression sur les Kurdes et les chiites irakiens. Les conséquences sont aussi environnementales puisque Saddam Hussein a volontairement déclenché des marées noires. 

Quel rôle pour la communication et l’opinion publique ?

L’opinion publique internationale revêt une importance particulière au cours de cette guerre. En effet, celle-ci a lieu peu de temps après la guerre du Vietnam (1960-1975) au cours de laquelle les images de civils brûlés au napalm ont profondément choquées l’opinion publique et sont encore présentes dans toutes les mémoires. George Bush sénior, qui a dirigé la coalition, a précisé à de multiples reprises, dans la phase de préparation des opérations, qu’il ne voulait “plus jamais de Vietnam”.

Il y a ainsi eu une importante propagande de la part principalement du gouvernent américain. Les médias occidentaux ont été instrumentalisés pour manipuler les foules et les faire adhérer à cette guerre. La télévision joue un rôle extrêmement important dans cette guerre qui est une des premières à faire l’objet d’une couverture en quasi-direct. Les yeux du monde sont rivés sur la péninsule arabique et l’état-major américain doit user de manigances pour cacher ses bavures. De surcroit, la famille régnante du Koweït a également dépensé sans compter afin d’améliorer son image en occident et que l’opinion publique soutienne l’intervention de la coalition. 

Quelles répercussions sur le monde contemporain ?

La guerre du Golfe a réorganisé les rapports de force dans la région. Les États de la péninsule, qui voyaient par le passé le royaume d’Arabie saoudite comme une menace ont tendance à se rapprocher de ce dernier, espérant pouvoir profiter de son alliance avec les États-Unis en cas de nécessité. Par ailleurs, les États de la rive Sud du Golfe persique (le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis) tentent également, au cours des années 1990 puis au tournant du XXIème siècle, de développer leur propre réseau avec les puissances occidentales qui viennent de libérer le Koweït.

C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre les grands investissements des principautés du Golfe dans les domaines de la culture, du sport ou encore de l’éducation. En effet, ces chantiers conséquents, en plus de réduire la dépendance vis-à-vis de leur rente pétrolière, permettent de renvoyer une image positive de ces États dans le but de séduire l’opinion publique des pays afin qu’elle soit favorable à une intervention militaire pour les soutenir si besoin est. On peut par exemple citer l’achat par les Émirats arabes unis de la marque du Louvres pour un milliard d’euros en 2007 ou encore l’organisation de la Coupe du Monde de football 2022 par le Qatar.

Gulf War: 30 years later  

 The first post-Cold War conflict, the Gulf War was the first war involving the United States in its role as the world’s policeman. It confirmed American domination, which was further amplified by the total absence of involvement of the former USSR in the conflict. 

Historical reminder: what happened?   

In the night of August 1-2, 1990, only two years after a costly war against Iran, Saddam Hussein, the Iraqi leader, decided to invade Kuwait. Indeed, this small oil-rich country enjoys a strategic position in the Persian Gulf and attracts the covetousness of an Iraq eager to make it its 19th province. In the following days, this annexation was condemned by the UN which, under the aegis of the United States, organized the sending of troops to Saudi Arabia and the Gulf. 53 countries then decided to form a coalition including France, Great Britain, Saudi Arabia, Egypt and Turkey and 21 went to the field. The air operation « Desert Shield » was launched on January 17, 1991; this was followed by a ground intervention called « Desert Storm » which pushed Saddam Hussein to accept the ceasefire on January 28. Thus, Kuwait regained its independence, but the fragile balance of the region was totally upset. In spite of his defeat and the implementation of an economic embargo, Saddam Hussein was able to remain in power and continued his repression of minorities despite the virulent reactions of international public opinion.    

Why did he do so? And what are the consequences of this conflict?   

To understand this conflict, one must take a leap into the past and evoke the Iran-Iraq war conducted from 1980 to 1988. Iraq suffered financially from this conflict and was heavily indebted to Saudi Arabia and Kuwait. In order to repay this debt and consider rebuilding his country, Saddam Hussein calls for an increase in the price of a barrel of oil. However, the negotiations failed: the Emir of Kuwait refused to cancel Iraqi debt and the country even increased its production to the point of causing a fall in prices and thus a significant drop in oil revenues for Iraq.   

Despite the lightning nature of this conflict, the immediate consequences are numerous. The heaviest toll paid by both sides is the loss of human life. There are more than 150,000 dead on the Iraqi side and about a hundred on the coalition side. The economic consequences are also major since the country has had 12 years of embargo and war reparations to pay to Kuwait. Notwithstanding this, Saddam Hussein does not weaken and reinforces his dictatorship, threatens religious minorities and continues his repression of the Kurds and Iraqi Shiites. The consequences are also environmental since Saddam Hussein has voluntarily triggered oil spills.  

What role for communication and public opinion?   

International public opinion is of particular importance during this war. Indeed, it took place shortly after the Vietnam War (1960-1975), during which images of civilians being burned with napalm deeply shocked public opinion and are still present in all memories. George Bush Senior, who led the coalition, repeatedly made it clear during the preparation phase of the operations that he « never wanted Vietnam again”.  

There was thus a great deal of propaganda, mainly from the American government. The Western media were used to manipulate the crowds and get them to agree with the war. Television plays an extremely important role in this war which is one of the first to be covered almost live. The eyes of the world are riveted on the Arabian Peninsula and the American staff must use shenanigans to hide its blunders. In addition, Kuwait’s ruling family has also spent heavily to improve its image in the West and to gain public support for the coalition’s intervention.   

What repercussions on today’s world?   

The Gulf War reorganized the balance of power in the region. Peninsula states, which in the past saw the Kingdom of Saudi Arabia as a threat, tend to draw closer to the latter, hoping to benefit from its alliance with the United States if necessary. On the other hand, the states on the southern shore of the Persian Gulf (Kuwait, Bahrain, Qatar and the United Arab Emirates) were also trying, during the 1990s and at the turn of the 21st century, to develop their own network with the Western powers that have just liberated Kuwait.   

It is in this context that one can understand the major investments of the Gulf Principalities in the fields of culture, sport and education. Indeed, these major projects, in addition to reducing dependence on their oil revenues, help to reflect a positive image of these states with the aim of seducing public opinion in these countries so that it is favorable to military intervention to support them if necessary. One example is the United Arab Emirates’ purchase of the Louvres brand for one billion euros in 2007, or Qatar’s organization of the 2022 Football World Cup.   



Eugénie Chatelais
Rédactrice en chef Tribune 2021-2022 | Plus de publications

Passionnée de géopolitique avec une appétence particulière pour les thématiques russes et asiatiques.

Ali Jamaleddine
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Lucas Baude
Rédacteur en chef Tribune 2021-2022 | Plus de publications

Passionné de relations internationales et de politique, je m’intéresse particulièrement aux zones Asie du Sud et Pacifique ainsi qu’aux questions européennes.