Les Purple States ou Swing States : un enjeu décisif dans la campagne présidentielle américaine

Auteurs :  Ivan Le Grand De Mercey et Adrien Argento 

Traducteurs : Ivan Le Grand De Mercey, Adrien Argento et Ilyas Alami

English version below 

Alors que les citoyens américains s’apprêtent à aller voter mardi prochain, la réélection du président des Etats-Unis Donald Trump paraît compromise par l’avance confortable de Joe Biden, son adversaire du parti Démocrate. Pourtant, quatre ans auparavant, la victoire surprenante du président Républicain a défrayé toutes les analyses des média et des spécialistes qui prévoyaient Hillary Clinton première femme présidente des Etats-Unis. Comment ne pas envisager dès lors un scénario similaire la semaine prochaine ?  

 

Les swing states ou purple states
circonscriptions décisives pour les résultats 

Le phénomène des swing states est directement lié au système électoral américain. Celui-ci repose sur le suffrage universel indirect : les citoyens américains qui disposent du droit de vote élisent des grands électeurs qui éliront à leur tour le président des Etats-Unis. Ainsi, dans la majorité des Etats, c’est le système du winner-takes-all qui est en vigueur : le candidat qui a obtenu le plus de voix dans un Etat remporte tous les grands électeurs de cet Etat. Il peut donc y avoir un écart entre le vote populaire basé sur l’ensemble des voix américaines et sa représentation par les grands électeurs : ce fut le cas en 2016, où la candidate démocrate Hillary Clinton obtint un plus grand nombre de voix sur l’ensemble des Etats-Unis, mais eut moins de grands électeurs que Donald Trump.  

            Si trente-huit Etats ont voté pour le même parti de 2000 à 2016, les douze restants ont changé de bord politique au cours des élections successives. Ce sont ces derniers que l’on nomme swing states, ou purple states (« Etats pivot » ou « Etats violets », en référence au mélange des couleurs symboliques des partis démocrate et républicain). Ils sont donc décisifs pour l’élection et c’est pour cela qu’ils sont fortement disputés par les candidats.  

 

Différents types de swing states 

L’élection de 2016 a changé le paysage politique américain. Certains Etats, comme l’Iowa, le Maine, le Michigan ou l’Ohio ont réalisé un bond d’au moins 7 points vers la droite par rapport à 2012, ce qui a permis à Trump sa victoire surprise. 

D’autres, comme le Minnesota, le Nevada, la Pennsylvanie, le New Hampshire ou le Winsconsin, ont légèrement évolué vers la droite en 2016 (même si le Nevada a voté majoritairement pour le camp démocrate) et peuvent basculer à nouveau vers les démocrates cette année ou poursuivre une évolution vers le camp du président sortant, comme c’est le cas au Minnesota selon les sondages. 

Certains bastions historiques du parti républicain ont vu le vote démocrate augmenter en 2016, comme en Arizona, en Géorgie, ou au Texas, même s’ils conservent un certain avantage pour Trump.  

Ces différents schémas montrent à quel point les élections du 3 novembre sont incertaines, et qu’une grande part d’indécision est à prendre en compte dans la prévision des résultats. C’est pour cela que les candidats misent tout sur leurs propres stratégies électorales afin de gagner. 

swing-states

Quels sont les différents facteurs qui font d’un Etat américain un swing-states ? 

Plusieurs dynamiques, qui souvent se surimposent les unes aux autres, expliquent l’existence de ces swing states

Les changements démographiques entraînent tout d’abord une recomposition de l’électorat. A l’échelle des Etats-Unis, les zones urbaines votent majoritairement pour les démocrates tandis que les zones rurales choisissent le camp républicain. Cette tendance a été confirmée lors des élections de 2016 : Donald Trump a en effet réalisé de très bonnes performances dans les milieux ruraux où il obtient 62% des voix en moyenne selon un sondage publié par le New York Times en novembre 2016. De ce fait, les mouvements de populations entre les villes et campagnes entraînent une modification de l’électorat : lorsque les citoyens quittent les côtes à tendance libérale ou les grandes villes pour s’installer dans des villes plus petites ou des zones plus rurales, ils peuvent modifier l’équilibre entre les partis. Les migrations de populations étrangères contribuent également à reconfigurer les tendances partisanes des Etats. La Caroline du Nord, archétype du swing state, pourrait devenir un bastion démocrate à mesure que sa démographie évolue : l’arrivée de migrants latinos depuis les années 1980 change en partie les enjeux et les équilibres électoraux de cet Etat du Sud, et ce possiblement en faveur des démocrates. 

Les swing-states se caractérisent également par un électorat modéré. Dans un État où les électeurs sont plus modérés, le fossé entre républicains et démocrates se rétrécit, ce qui rend plus difficile la détermination des résultats politiques. Selon le chercheur du think-tank Brookings Institution John Hudak, les États, y compris le Maine et le New Hampshire, « ont beaucoup d’électeurs modérés et indépendants d’esprit […] qui favorisent la compétitivité des deux partis ».

Enfin, le vote des jeunes générations contribue à redéfinir les majorités partisanes dans les différents Etats. Le 3 novembre prochain, ce seront quelques 24 millions d’Américains nés à partir de 1997 (ceux qu’on appelle la « génération Z ») qui vont se rendre aux urnes pour la première fois. Comme le montre un sondage réalisé par l’institut Pew Research Center en janvier 2020, la génération Z est la plus diverse et progressiste de l’histoire américaine. Elle est également plus engagée et militante : engagement sur les questions raciales dans le cadre du mouvement Black Live Matters, participation active aux débats sur les armes aux Etats-Unis, conscience écologique… C’est donc logiquement que les personnes nées après 1997 votent majoritairement pour le parti démocrate : selon un sondage Morning Consult réalisé en septembre 2020, près des deux tiers des membres de la génération Z ayant l’intention de voter comptent choisir Joe Biden, contre 27 % pour Donald Trump. Les électeurs qui voteront pour la première fois peuvent ainsi contribuer à remodeler les équilibres partisans dans chaque Etat en équilibrant la proportion entre pro-républicains et pro-démocrates. 

Le jeu politique américain est, depuis les dernières élections, très imprévisible. Aux dernières élections législatives de mi-mandat, les républicains ont gardé leur majorité au sénat malgré leur défaite à la chambre des représentants. Les tensions ethniques du printemps 2020 et la crise du Covid semblent donner l’avantage au candidat démocrate, mais aucune certitude ne peut être avancée. Les 12 swing-states constituent donc un véritable enjeu pour les élections de mardi prochain. 

 

The Purple States or Swing States: a decisive issue in the US presidential campaign  

As US citizens prepare to vote next Tuesday, the re-election of US President Donald Trump seems to be compromised by the comfortable lead of Joe Biden, his opponent from the Democratic Party. However, four years earlier, the surprising victory of the Republican President went against all the media’s and specialists’ analyses, that predicted Hillary Clinton to be the first female President of the United States. From then on, how can we not consider a similar storyline next week?   

The swing states or purple states, decisive constituencies for the results  

The phenomenon of swing states is directly linked to the American electoral system. It is based upon indirect universal suffrage: American citizens who have the right to vote elect electors who in turn elect the President of the United States. Thus, in the majority of states, it is the winner-takes-all system that is in force: the candidate who obtained the most votes in a state wins all the electors of that state. There can therefore be a gap between the popular vote based on all the American citizens’ votes and its representation by the electors: this was the case in 2016, when the democratic candidate Hillary Clinton obtained a greater number of votes across the United States but had fewer electors than Donald Trump.   

           Though thirty-eight states voted for the same party from 2000 to 2016, the remaining twelve changed their political side of the fence troughout the successive elections. These latter are called swing states, or purple states («pivot states» or «violet states», in reference to the mixture of the symbolic colors of the Democratic and Republican parties). They are therefore decisive for the election and that is why they are strongly contested by the candidates. 

Different types of swing states  

The 2016 election changed the American political landscape. Some states, such as Iowa, Maine, Michigan or Ohio have leaped at least 7 points to the right compared to 2012, which allowed Trump to have his surprise victory.  

Others, such as Minnesota, Nevada, Pennsylvania, New Hampshire or Winsconsin, moved slightly to the right in 2016 (although Nevada voted predominately for the Democratic camp) and could switch back to the Democrats this year or continue a shift directed to the outgoing president’s camp, as is the case in Minnesota according to the polls.  

Some historical bastions of the Republican Party saw the Democratic vote increase in 2016, as in Arizona, Georgia, or Texas, even though they retained a certain advantage for Trump.   

These different patterns show how uncertain the November 3rd elections are, and that a significant amount of indecision must be considered in the results’ forecast. That is why candidates rely on their own electoral strategies in order to win.  

  swing-states

What are the different factors that make an American state a swing-states?  

Several dynamics, which are often superimposed on each other, explain the existence of these swing states.  

Firts, the demographic changes lead first of all to a reshaping of the electorate. Across the United States, urban areas mostly vote for Democrats while rural areas choose the Republican camp. This trend was confirmed in the 2016 elections: Donald Trump has indeed performed very well in rural areas where he gets 62% of the vote on average, according to a poll published by the New York Times in November 2016. As a result, population movements between cities and rural areas lead to a change in the electorate: when citizens leave the coasts with liberal tendencies or the big cities to settle in smaller towns or more rural areas, they can change the balance between the parties. The migration of foreign populations also helps to reconfigure the partisan tendencies of States. North Carolina, archetype of the swing state, could become a democratic bastion as its demography evolves: the arrival of Latin migrants since the 1980s partly changes the electoral stakes and balances of this Southern state, and that would possibly be in favour of the Democrats.  

Swing-states are also characterized by a moderate electorate. In a state where voters are more moderate, the gap between Republicans and Democrats is narrowing, making it more difficult to determine political results. According to the think-tank researcher from the Brookings Institution John Hudak, States, including Maine and New Hampshire, “have many moderate, independent-minded voters…who promote the competitiveness of both parties.”  

Finally, the vote of the younger generations helps to redefine the partisan majorities in the different states. On November 3, some 24 million Americans born after 1997 (the so-called “Gen Z”) will go to the polls for the first time. As a survey conducted by the Pew Research Center in January 2020 shows, Generation Z is the most diverse and progressive generation in American history. It is also more engaged and activist: commitment to racial issues in the context of the Black Live Matters movement, active participation in the debates on weapons in the United States, ecological awareness… It is therefore logical that people born after 1997 vote in the majority for the Democratic Party: according to a Morning Consult poll conducted in September 2020, nearly two thirds of Generation Z members are intending to choose Joe Biden, against 27% for Donald Trump. Voters who vote for the first time can thus help to reshape the partisan balance in each state by balancing the proportion between pro-republicans and pro-democrats.  

Since the last election, the American political game has been very unpredictable since the last election. In the last mid-term parliamentary elections, the Republicans retained their majority in the Senate despite their defeat in the House of Representatives. The 2020 spring ethnic tensions and the Covid crisis seem to give the Democratic candidate the edge, but no certainty can be advanced. Therefore, the 12 swing-states are a veritable issue for next Tuesday’s elections 

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