Rapprochement entre Israël et les pays du Golfe : une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ?

Auteurs et Traducteurs : Enola Boyer et Charles Motais

English version below

            Le 13 août dernier, Israël et les Émirats Arabes Unis se mettaient d’accord pour normaliser leurs relations diplomatiques. Il s’agit d’un grand pas en avant dans la pacification des relations entre Israël et les pays du Proche et Moyen Orient. Il est important de noter que la réconciliation de ces deux pays a été rendue possible grâce aux efforts de la Maison Blanche. Le président Donald Trump tweetait le 13 août 2020 : « Immense avancée aujourd’hui ! Accord de paix historique entre nos deux grands amis, Israël et les Émirats Arabes Unis ! ». Ces derniers deviennent en effet la troisième nation arabe après l’Égypte et la Jordanie à rétablir des liens diplomatiques avec Israël et Donald Trump s’attend à ce que d’autres pays de la région tels que le Bahrein ou Oman, suivent le même chemin. 

            Mais quels changements cet accord va-t-il apporter ? Il existait déjà des relations entre Israël et les Émirats Arabes Unis mais nous parlons ici d’une paix profonde visant à renforcer les liens économiques des deux pays, notamment dans le domaine touristique. Les premiers vols entre Israel et les Émirats Arabes Unis se mettent en place et il est désormais rendu possible aux émiratis et aux israéliens de visiter le pays de l’un et de l’autre sans visa. L’ouverture d’ambassades est également prévue par l’accord. 

            En parallèle de celui-ci, les Émirats Arabes Unis et les autres États membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tentent de contenir l’annexion de la Cisjordanie par Israël. Pour rappel, la Cisjordanie est divisée en trois zones distinctes. La première est contrôlée par les palestiniens. C’est ici que se trouvent les principales villes palestiniennes comme Jericho, Ramallah, Naplouse ou Bethléem. La deuxième zone suit le même modèle mais c’est Israel qui est en charge de la sécurité. Enfin, la troisième zone, qui est aussi la plus étendue, est entièrement contrôlée par les israéliens. L’objectif était de parvenir à un mélange entre les deux premières zones pour aboutir à la création d’un Etat palestinien mais Israël ne cesse d’étendre son emprise dans le pays. 

            C’est ainsi qu’en 2017, la Ligue Arabe remettait sur la table un projet lancé en 2002 qui visait à offrir une large reconnaissance d’Israël en échange de son départ de Cisjordanie, du rétablissement des frontières de 1967 et de la mise en place d’actions concrètes visant à répondre à la problématique des réfugiés palestiniens. Cependant, l’accord de paix a provoqué un tollé auprès de ces derniers et ils refusent désormais tout ralliement aux Émirats Arabes Unis. Les autorités palestiniennes dénoncent cet accord dans un communiqué officiel, insistant sur le fait que cette réconciliation serait « une trahison de Jérusalem, d’Al-Aqsa et de la cause palestinienne.» Selon eux, cet accord vise avant tout à renforcer des liens économiques et militaires dans le but d’abattre l’axe chiite, piloté par l’Iran. Rappelons que Nétanyahou, le premier ministre israélien, n’a en réalité pas renoncé à l’annexion de la Cisjordanie, l’accord signé n’évoque qu’une suspension des opérations israéliennes. Il s’agit donc d’un vrai changement de perspective dans le règlement du conflit israélo-palestinien. 

            Il n’est alors pas étonnant que l’Iran s’aligne du côté des palestiniens. Rappelons que le pays a connu une escalade des tensions ces dernières années avec les Etats-Unis. Que ce soit pour des histoires de drones abattus, de pétroliers sabotés ou d’assassinats dans les deux camps, les relations entre les deux pays sont aujourd’hui au point mort. Le gouvernement iranien désigne ainsi l’accord comme une “stupidité stratégique” visant simplement à resserrer l’étau maintenu depuis des années dans la région par les Etats-Unis. Ces derniers parlent de cet accord comme d’un accord “de paix” alors que les Émirats Arabes Unis et Israel ne sont jamais entrés en guerre. Il s’agit plus vraisemblablement d’une alliance entre les deux pays et les Etats-Unis de manière indirecte. C’est la raison pour laquelle l’accord a été si mal reçu par plusieurs pays du Moyen-Orient.

            Cette recomposition des liens inter-étatiques dans la région permet en revanche à Donal Trump de s’ériger comme “faiseur de paix” grâce à cet accord devenu le symbole de l’une de ses rares victoires diplomatiques. Il faut dire qu’elle arrive au bon moment puisque l’image du président américain a beaucoup souffert suite à la manière dont il a géré (et dont il gère encore aujourd’hui) la crise du COVID. Peut-être s’agit-il d’un investissement de la part de Mohamed Bin Zayed (le prince héritier d’Abu Dabi) et de Nétanyahou (le premier ministre israélien) au cas où Trump serait réélu en novembre prochain. D’un autre côté, si les Émirats Arabes Unis et Israël franchissent le pas de la normalisation, c’est aussi qu’ils jugent nécessaires de se préparer aux futures étapes du désengagement américain de la région et, en cas de victoire des Démocrates, au retour possible d’une détente entre Washington et Téhéran. En tout état de cause, la stratégie géopolitique de Trump s’inscrit dans une volonté d’isolation de l’Iran, puissance hostile aux États-Unis et aux pays sunnites du Golfe. C’est la raison pour laquelle nous pouvons nous attendre à un renforcement des divisions dans la région. 

Rapprochement between Israel and the Gulf countries: a geopolitical recomposition in the Middle East? 

            On August 13th of this year, Israel and the United Arab Emirates (UAE)  agreed to normalise their diplomatic relations. This is a major step forward in the pacification of relations between Israel and the countries of the Near and Middle East. It is important to note that the reconciliation of these two countries was made possible thanks to the efforts of the White House. President Donald Trump tweeted on August 13, 2020: « Huge step forward today! Historic peace agreement between our two great friends, Israel and the United Arab Emirates! ». The UAE becomes the third Arab nation after Egypt and Jordan to re-establish diplomatic ties with Israel, and Trump expects other countries in the region, such as Bahrain and Oman, to follow suit.

            But what changes will this agreement bring? There were already relations between Israel and the United Arab Emirates, but here we are talking about a deep peace aimed at strengthening the economic ties between the two countries, especially in the field of tourism. The first flights between Israel and the United Arab Emirates are taking place and it is now possible for Emiratis and Israelis to visit each other’s country without a visa. The agreement also provides for the opening of embassies.

            In parallel to this, the United Arab Emirates and the other member states of the Gulf Cooperation Council (GCC) are trying to contain the annexation of the West Bank by Israel. As a reminder, the West Bank is divided into three separate areas. The first one is controlled by the Palestinians. This is where the main Palestinian cities such as Jericho, Ramallah, Nablus or Bethlehem are located.  The second zone follows the same pattern but Israel is in charge of security. Finally, the third zone, which is also the largest, is entirely controlled by the Israelis. The aim was to achieve a mix between the first two zones in order to create a Palestinian state but Israel is constantly extending its hold in the country.

            Thus, in 2017, the Arab League put back on the table a project launched in 2002 which aimed to offer a broad recognition of Israel in exchange for its departure from the West Bank, the re-establishment of the 1967 borders and the implementation of concrete actions to address the Palestinian refugee problem. However, the peace agreement provoked an outcry among the latter and they now refuse to join the United Arab Emirates. The Palestinian authorities denounce this agreement in an official communiqué, insisting that this reconciliation would be « a betrayal of Jerusalem, Al-Aqsa and the Palestinian cause ». According to them, this agreement aims above all to strengthen economic and military ties in order to bring down the Shiite axis, led by Iran. It should be recalled that Netanyahu, the Israeli Prime Minister, has not in fact renounced the annexation of the West Bank, the signed agreement only mentions a suspension of Israeli operations. It is therefore a real change of perspective in the settlement of the Israeli-Palestinian conflict. 

palestine-planus-2020

 

            It is therefore not surprising that Iran aligns itself on the side of the Palestinians. Let us recall that the country has experienced an escalation of tensions in recent years with the United States. Whether it is because of stories of drones shot down, sabotaged oil tankers or assassinations on both sides, relations between the two countries are today at a standstill. The Iranian government calls the agreement « strategic stupidity » aimed simply at tightening the stranglehold that the United States has maintained for years in the region. The US refers to the agreement as a « peace » agreement, even though the UAE and Israel have never gone to war. It is more likely to be an alliance between the two countries and the United States indirectly. This is why the agreement has been so badly received by several Middle Eastern countries.

            On the other hand, this recomposition of inter-state ties in the region, allows Donal Trump to establish itself as a « peacemaker » thanks to this agreement which has become the symbol of one of its rare diplomatic victories. It must be said that it comes at the right time since the image of the American President has suffered greatly as a result of the way he managed (and still manages today) the COVID crisis. Perhaps it is an investment on the part of Mohamed Bin Zayed (the Crown Prince of Abu Dabi) and Netanyahu (the Israeli Prime Minister) in case Trump is re-elected next November. On the other hand, if the United Arab Emirates and Israel take the step of normalization, it is also because they consider it necessary to prepare for the future stages of American disengagement from the region and, if the Democrats win, the possible return of détente between Washington and Tehran. In any case, Trump’s geopolitical strategy is part of a desire to isolate Iran, a power hostile to the United States and the Sunni countries of the Gulf. This is why we can expect a strengthening of divisions in the region.

 

 

 

 

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