Comprendre le système de santé américain

Auteur et Traducteur : Enola Boyer

English version below

Les Etats-Unis comptent près de 330 millions d’habitants, il s’agit de la première puissance mondiale et pourtant un américain meurt toutes les 30 minutes parce qu’il ne possède pas d’assurance maladie. Comment comprendre ce paradoxe ?  

La première forme d’Etat Providence aux Etats-Unis remonte à 1935 quand le Congrès américain approuve ce que l’on appelle le Social Security Act (la Loi de Sécurité Sociale) visant à réduire le niveau de pauvreté des personnes âgées et des chômeurs.  

Plus tard, en 1964, le président Lyndon Johnson réforme à son tour le domaine médical grâce à la création de deux systèmes qui existent encore aujourd’hui. Il y a tout d’abord le Medicaid, une assurance maladie subventionnée par l’Etat et réservée aux personnes les plus défavorisées et le Medicare qui fonctionne sur le même principe mais qui est destiné aux citoyens de plus de 65 ans.  Tout cela compose ce que l’on appelle “l’assurance maladie publique.”  

Face à elle, nous retrouvons de multiples assurances maladies privées, très lucratives puisqu’elles sont soumises aux fluctuations du marché et qu’on estime qu’en moyenne, un foyer composé de quatre personnes devra débourser $1200 par mois s’il veut être assuré. Même si la plupart des employeurs incluent le coût de cette assurance dans le salaire versé, les américains aux emplois les plus précaires n’en bénéficient pas. Il est également important de souligner qu’une assurance, même si vous avez les moyens de la payer, peut refuser de vous assurer. En effet, chaque contrat possède des clauses exclusives qui permettent aux assurances de trier ses clients selon leur état de santé initial. Une personne diabétique ou atteinte d’un cancer coûterait trop cher à son assurance, la signature du contrat peut donc tout à fait être compromise.  

L’association Remote Area Medical (RAM) apporte des soins gratuitement à ceux qui n’ont pas les moyens de se soigner
Source : The Times

L’absence d’assurance universelle donne lieu à des situations qui paraissent à peine croyable. L’association Remote Area Medical (RAM) fondée par Stan Brook en 1985, met en place une fois par mois un week-end de soins gratuits pour la population. Des centaines de personnes se déplacent pour en profiter, quitte à devoir attendre une nuit entière.  

Il est également possible de trouver des cliniques qui fonctionnent grâce aux dons et à des médecins bénévoles mais là encore, les places sont limitées et les malades tirés au sort. Leur santé se joue comme à la loterie.  

L’une des promesses de campagne les plus prometteuses face à ce problème était celle de Barack Obama qui a imaginé une réforme totale du système de santé américain. Ce changement prend forme en mars 2010 avec pour objectif la réduction des inégalités sociales. Ce que l’on appelle le Patient Protection and Affordable Care Act (ou ObamaCare) a contribué à la diminution du coût de médicaments ainsi qu’à la gratuité de nombreux tests et dépistages. Le programme permet aussi d’appliquer des sanctions aux assurances dont les clauses restrictives seraient abusives. 

Même si la réforme a permis à plusieurs millions d’américains d’être assurés (on passe de 16% de non-assurés à 8,9% entre 2010 et 2016), elle reste imparfaite parce que le coût des consultations reste inchangés (on estime que la facturation d’une visite chez un médecin généraliste s’élève à $80).  

 

De plus, malgré tous les efforts qu’il a fallu pour opérer ce changement, l’idée d’une couverture sociale universelle se heurte à de multiples opposants parmi lesquels les républicains ou encore les lobbies qui veulent être certains que les changements à venir leurs seront profitables. Parce qu’à l’origine elle obligeait les citoyens américains à souscrire une assurance et les employeurs à en fournir une, la loi d’Obama, une fois approuvée, a tout de suite été attaquée en justice pour inconstitutionnalité sous prétexte qu’en limitant la vente d’assurances, elle ne respectait pas le principe de libre commerce. Début 2017, le premier décret (très symbolique) de Donald Trump a été d’abroger la loi. Même si celui-ci n’a pas abouti, il essayera à nouveau quelques mois plus tard avant de changer de tactique. Aujourd’hui, en pleine pandémie, jouant sur le côté profondément libéral du pays et sur le fait que chaque américain devrait pouvoir choisir s’il veut s’assurer et auprès de quel organisme, Donald Trump demande l’abrogation du Care Act, mettant en danger la couverture médicale de près de 23 millions de personnes.  

Participants au rassemblement “Medicare For All” à Los Angeles en 2017,
Crédit photo : Ronen Tivony

Que pouvons-nous retenir de tout cela ? La pandémie actuelle a permis de nourrir (une fois encore) les critiques faites au système de santé américain qui ne semble pas prêt d’évoluer.  

Alors que le modèle français semble constituer une marque de progrès social, beaucoup d’américains refusent de devoir payer pour les minorités.  

Les anecdotes aberrantes voire tragiques ne manquent pas dans les médias mais pour le moment elles ne suscitent que l’indignation et les choses restent en l’état. Les tensions se multiplient comme si un point de rupture était à venir, notamment en réponse aux inégalités sociales qui se creusent et qui rappelons-le, touchent principalement les minorités et les personnes racisées. Pas besoin d’aller aux Etats-Unis pour le constater, regardez comment les habitants d’Outre-Mer tentent de contenir la crise. On ne saurait trop rappeler qu’être en bonne santé est un privilège.  

 

How to understand the U.S. health care system  

 

The United States has a population of nearly 330 million people, it is the world’s largest power, yet an American dies every 30 minutes because he does not have health insurance. How can we understand this paradox?  

The first form of welfare state in the United States dates back to 1935 when the US Congress approved the so-called Social Security Act to reduce the level of poverty among the elderly and the unemployed.  

Later, in 1964, President Lyndon Johnson reformed the medical field with the creation of two systems that still exist today. First, there is Medicaid, a state-subsidized health insurance system reserved for the most disadvantaged people, and Medicare, which operates on the same principle but which is intended for citizens over 65 years of age.  All of these is part of what is called “public health insurance.”  

And in front of it, we have a lot of private health insurance, which is very lucrative because it is subject to market fluctuations and it is estimated that on average, a household of four people will have to pay $1200 a month if they want to be insured. Although most employers include the cost of this insurance in the salary paid, Americans in the most precarious jobs do not benefit from it. It is also important to note that insurance, even if you can afford it, may not cover you. In fact, each contract has exclusive clauses that allow insurance companies to sort their clients according to their initial state of health. A person with diabetes or cancer would cost too much for their insurance, so signing the contract can be quite compromised.  

The Association Remote Area Medical providing treatment to those in need,
Source : The Times

The lack of universal insurance gives rise to situations that hardly seem believable. The association Remote Area Medical (RAM), founded by Stan Brook in 1985, sets up a free weekend of care for the population once a month. Hundreds of people travel to take advantage of it, even if they have to wait a whole night.  

It is also possible to find clinics that operate thanks to donations and volunteer doctors, but here again, places are limited and patients are drawn by lot. Their health is played like a lottery.  

One of the most promising campaign engagement in the face of this problem was that of Barack Obama, who envisioned a total reform of the American health care system. This change is taking shape in March 2010 with the aim of reducing social inequalities. The so-called Patient Protection and Affordable Care Act (or ObamaCare) has contributed to a reduction in the cost of drugs and free testing and screening. The program also makes it possible to apply sanctions to insurance companies whose restrictive clauses would be abusive. 

Even if the reform has allowed several million Americans to be insured (the number of uninsured people has fallen from 16% to 8.9% between 2010 and 2016), it remains imperfect because the cost of consultations remains unchanged (it is estimated that the cost of a visit to a general practitioner amounts to $80).  

Participants in the Medicare For All Rally, Los Angeles, 2017,
Photo credits : Ronen Tivony

Moreover, despite all the efforts that have been made to bring about this change, the idea of universal social security coverage has come up against many opponents, including republicans and lobbies that want to be sure that the upcoming changes will benefit them. Because it originally required American citizens to take out insurance and employers to provide it, Obama’s law, once approved, was immediately challenged in court for unconstitutionality on the grounds that by restricting the sale of insurance, it did not respect the principle of free trade. In early 2017, Donald Trump’s first (very symbolic) executive order was to repeal the law. Although this was unsuccessful, he tried again a few months later before changing his tactics. Today, in the midst of a pandemic, playing on the deeply liberal side of the country and on the fact that every American should be able to choose if and with which organization he wants to insure himself, Donald Trump is calling for the Care Act to be repealed, putting the medical coverage of nearly 23 million people at risk.  

What can we learn from all this? The current pandemic has fed (once again) criticism of the US health care system, which does not seem to be about to change. While the French model seems to be a mark of social progress, many Americans refuse to have to pay for minorities.  

There is no shortage of aberrant or even tragic anecdotes in the media, but for the moment they only arouse indignation and things remain as they are. Tensions are rising as if a breaking point were coming, particularly in response to the growing social inequalities which, it should be remembered, mainly affect minorities and racialized people. You don’t have to go to the United States to see this, just look at how people overseas are trying to contain the crisis. It cannot be overemphasized that being healthy is a privilege. 

 

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