Hong-Kong face à l’offensive chinoise

Auteure et Traductrice : Jeanne Guillaume

English version below

 

Depuis plusieurs années maintenant, la Chine tente d’étendre son influence sur le monde et la ville d’Hong-Kong en est la preuve. La loi sur la sécurité nationale initiée le 1er juillet est un exemple de l’ingérence chinoise sur le territoire. Depuis la crise du Coronavirus, la Chine semblerait décidée à mettre en place une politique encore plus offensive. L’épidémie de Covid a en effet, envenimé ses relations avec l’Occident et dorénavant la Chine se montre bien plus agressive, une tendance qui pourrait marquer la géopolitique de ces prochaines années…

 

Hong-Kong, une ville particulière…

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Hong Kong, 3ème place financière et 8ème entité commerciale

Hong Kong est situé dans le Sud-Est de la Chine dont elle est une région administrative spéciale. Véritable ville mondiale, elle compte plus de sept millions d’habitants et s’est affirmée au fil des années comme la 8ème entité commerciale et la 3ème place financière du monde. Hong-Kong est forte d’histoire : colonie britannique suite aux Guerres de l’Opium et au Traité de Nankin, elle ne sera rétrocédée à la Chine que le 1er juillet 1977. Depuis lors, Hong Kong garde une certaine autonomie vis-à-vis de la Chine puisque leurs relations se fondent sur la loi du « un pays, un système ». Ceci lui permet de conserver une certaine indépendance et autonomie puisqu’elle dispose de sa propre monnaie, de son système légal ou encore de son propre système politique. Cependant Hong Kong reste tout de même sous souveraineté chinoise sur les questions de défense et de diplomatie. De plus, si lors de la rétrocession de 1977 les chinois avaient promis aux britanniques qu’ils accorderaient à Hong-Kong une relative autonomie jusqu’à 2047 au moins, force est de constater que ce n’est malheureusement pas le cas.

 

Une autonomie en péril face à une Chine offensive…  

Les tensions entre la Chine et Hong Kong ont réellement commencées en 2014 avec la révolte des parapluies. En effet, face à l’ingérence chinoise dans la politique hongkongaise, des militants pro-démocratie lancèrent ce mouvement de protestation qui mena à de nombreuses manifestations dans le pays. Farouchement opposés au gouvernement chinois et à son projet de limiter la portée du suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif de Hong Kong en 2017, les Hongkongais avaient décidé de descendre dans les rues de la ville pour exprimer leur colère. La sourde oreille pékinoise face aux aspirations démocratiques des Hongkongais, et la tendance croissante des autorités chinoises à s’ingérer dans la vie politique de la région autonome ont suscité l’indignation d’une part croissante de la société civile, surtout les jeunes, et cela n’a pas cessé depuis. De plus, en 2019 la Chine tente une nouvelle fois d’ingérer dans les affaires hongkongaises à travers la loi d’extradition. Cette loi aurait permis à la Chine de juger dans son territoire des ressortissant hongkongais qu’elle considérait comme criminels. Cependant, face aux nombreuses manifestations ayant rassemblées plus de deux millions de hongkongais, la Chine fit finalement marche arrière. Suite à cette ingérence la voix des hongkongais s’est de plus en plus faite entendre et le désir d’indépendance du pays ne fit que grandir.

 

2020, fin de la loi « un pays, un système » ?

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Loi de la sécurité nationale adoptée l’Assemblée nationale populaire chinoise

Cependant, c’est le 1er juillet 2020 – vingt-trois ans après la rétrocession de Hong-Kong à la Chine – que celle-ci a décidé de frapper fort. En effet, le mardi 30 juin 2020, le comité permanent de l’Assemblée nationale populaire chinoise (ANP) adopte à l’unanimité de ses 162 membres, la loi dite « sur la sécurité nationale ». Cette loi vise à criminaliser la subversion et les autres atteintes au pouvoir chinois sur le sol hongkongais. Selon Xi-Jing Ping, l’État de droit établit à Hong-Kong entravait le pouvoir du PCC et l’ascension du pays. Cette loi est une nouvelle manière pour le PCC d’assujettir Hong-Kong et d’en avoir la mainmise. À travers cette loi, ce sont surtout les manifestants pro-démocratie – luttant pour l’autonomie du pays depuis 2014 – qui sont visés. En effet, la loi prévoit l’arrestation voire la prison à vie pour quiconque organise ou participe à des actes considérés comme relevant du séparatisme ou de la subversion et ce, qu’il ait recouru à la force ou non.  La loi sur la sécurité nationale promet aussi la mise en place dans le territoire autonome d’un Bureau de défense de la sécurité nationale, relevant directement du gouvernement central et où les agents ne seront pas soumis au droit local. Ce paramètre permet petit à petit à Pékin d’abolir la loi « un pays, un système », instituée vingt-trois ans plus tôt.

Cette loi a aussi un impact culturel fort puisque suite à la promulgation de cette loi, le gouvernement a ordonné aux écoles le retrait des livres qui pourraient violer la loi de sécurité internationale. Dès lors, la quasi-totalité des livres rédigés par les pro-démocratie ont été retirés des écoles et bibliothèques. Cette loi semblerait donc enfreindre l’État de Droit institué à Hong-Kong. Serait-ce alors la fin de la liberté d’expression dans ce territoire qui jusque-là était parvenu à échapper à l’influence chinoise ?

 

Quelles réactions face à cette loi ?

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Manifestation à Hong Kong contre la loi sur la sécurité nationale

Les réactions de la population ont été vives. Indignés, effrayés, les leaders des mouvements pro-démocraties ont réagis à cette annonce qui pour eux, vise à réduire la population hongkongaise au silence. Malgré les menaces, les pro démocraties continuent à faire entendre leur voix puisque seulement 24h après la promulgation de la loi, plus de 300 personnes ont été arrêtées alors qu’elles participaient à une manifestation interdite. Cependant, d’autres ont choisi le chemin de l’exil pour fuir la répression. Le problème est que, si la population s’est montrée défavorable à cette loi, le gouvernement hongkongais et notamment la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam a montré son intention de la respecter à la lettre. Selon elle, « ce texte n’est certainement pas aussi sombre qu’il y paraît pour Hong-kong ». En effet, Carrie Lam nie les allégations selon lesquelles cette loi viserait à réduire et à menacer les libertés dont jouissent les hongkongais. Pourtant, il est certain que la loi sur la sécurité nationale, imposée par le régime chinois, constitue le tournant le plus radical pour Hong-kong depuis sa rétrocession par le Royaume-Uni à la Chine en 1997.

Suite à l’annonce de la loi par la Chine, la communauté internationale a réagi rapidement. Tout d’abord, cette loi inquiète car elle montre l’agressivité de la Chine et sa volonté d’étendre son influence dans le monde. L’ONU a déclaré quelques jours après la promulgation qu’elle était très alarmée par cette loi dont la définition des crimes est encore floue : « Nous sommes alarmés par le fait que des arrestations sont déjà effectuées en vertu de la loi, alors qu’il n’y a pas d’information complète sur la portée et la définition des crimes » déclara Rupert Colville, Porte-parole du HCDR

De nombreuses puissances occidentales telles que les États-Unis, l’Union Européenne, l’Australie, le Canada ou encore le Royaume Uni ont elles aussi dénoncé cette loi. Le premier ministre Boris Johnson a même annoncé que les hongkongais disposant d’un passeport britannique pourrait venir vivre et travailler en Grande-Bretagne pour une durée de cinq ans au lieu de 6 mois. Justin Trudeau, le chef du gouvernement du Canada, a lui annoncé la suspension du traité d’extradition qui existe avec Hong Kong et les exportations de matériels militaires. Cependant, ce sont les États-Unis qui ont eu la réaction la plus vive puisque Donald Trump annonça la fin du statut commercial préférentiel de Hong Kong, des exportations d’armement et de la mise en place de sanctions contre les banques chinoises. Cependant malgré ces vives réactions, les paroles des acteurs internationaux restent modérées. En effet, la Chine demeure un partenaire commercial très important (notamment pour la technologie 5G par exemple) et il est crucial pour les puissances occidentales de garder de bonnes relations diplomatiques avec le pays. Pourtant les réactions ont déjà été trop vives pour Pékin qui a rappelé que « la loi de sécurité nationale était une loi interne et qu’aucun pays n’avait à s’en mêler »…

 

 

Hong Kong facing Chinese offensive

 

For several years now, China has been trying to expand its influence on the world and the city of Hong Kong is proof of this. The national security law initiated on July 1st is the very example of Chinese interference in the territory. Since the Coronavirus crisis, China is determined to implement an even more aggressive policy. The Covid epidemic has indeed worsen its relations with the West and henceforth China is proving to be much more aggressive, a trend which could well mark the geopolitics of the coming years…

 

Hong Kong a singular city…

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Hong Kong, 3rd financial center and 8th commercial entity

Hong Kong is located in the southeast of China and is a special administrative region of it. With more than seven million inhabitants Hong Kong is a real global city and has asserted itself over the years as the 8th commercial entity and the 3rd financial place in the world. Hong-Kong is suffused with history: right after the Opium Wars and the Treaty of Nanjing, it became a British colony and it was sold back to China on July 1st, 1977. Since then, Hong Kong has kept a certain autonomy regarding China since their relations are based on the law of “one country, one system”. This allows Hong Kong to maintain a certain independence and autonomy since it has its own currency, its legal system or even its own political system. However, Hong Kong still remains under Chinese sovereignty concerning defense and diplomacy issues. In addition, if during the 1977 retrocession the Chinese had promised the British that they would grant Hong Kong relative autonomy until at least 2047, it is clear that this is unfortunately not the case.

An autonomy compromised with the Chinese offensive…

Tensions between China and Hong Kong really started in 2014 with the umbrella revolt. Indeed, in the face of Chinese interference in Hong Kong politics, pro-democracy activists launched this protest movement which led to numerous demonstrations in the country. Fiercely opposed to the Chinese government and its plan to limit the scope of universal suffrage for the election of the chief executive of Hong Kong in 2017, the Hong Kong people had decided to take to the streets to express their anger. Beijing’s deaf ear to the democratic aspirations of the Hong Kong people, and the growing tendency of the Chinese authorities to interfere in the political life of the autonomous region have aroused the indignation of a growing part of the civil society, especially the young, and it hasn’t stopped since then. In addition, in 2019 China has once again tried to interfere in Hong Kong affairs through the extradition law. This law would have allowed China to judge Hongkongers considered as criminals in its territory. However, in the face of the numerous demonstrations that brought together more than two million Hong Kongers, China finally backed down. As a result of this interference, the voices of the Hong Kong people were increasingly heard and the country’s desire for independence only grew.

 

2020, end of the “one country, one system” law ?

 

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The national security law passed by the Chinese National People’s Congress

However, it was on July 1st, 2020, twenty-three years after Hong Kong’s handover to China that China decided to strike hard. Indeed, on 30th June 2020, the Standing Committee of the Chinese National People’s Congress (PNA) unanimously adopted the so-called “national security” law. This law aims to criminalize subversion and other attacks on Chinese power on Hong Kong soil. According to Xi-Jing Ping, the rule of law established in Hong Kong is a threat to the CCP’s power and to the country’s rise. This law is a new way for the CCP to subjugate and dominate Hong Kong. Through this law, it is mainly the pro-democracy demonstrators, fighting for the autonomy of the country since 2014, who are targeted. Indeed, the law will enable arrests or even life imprisonments for anyone who organizes or participates in acts considered to be separatism or subversion, whether he has used force or not. The National Security Law also promises the establishment of a National Security Defense Office in the Autonomous Territory, which will report directly to the central government and where officers will not be subject to the local law. This setting is gradually allowing Beijing to abolish the “one country, one system” law, which had been instituted twenty-three years earlier.

This law has also a strong cultural impact since, following the promulgation of this law, the government ordered schools to remove books that could violate the national security law. Since then, almost all of the books written by pro-democracies have been removed from schools and libraries. This law would therefore appear to violate the rule of law established in Hong Kong. Could this then be the end of freedom of expression in this territory which had hitherto managed to escape Chinese influence?

What reactions to this law ?

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Protest in Hong Kong against national security law

There were huge backlashes following the announcement of the law. Outraged, frightened, the leaders of the pro-democracy movements reacted to this announcement which for them, has been made to reduce the Hong Kong population to silence. Despite the threats, the pro-democracies keep making their voices heard since only 24 hours after the promulgation of the law, more than 300 people have been arrested while participating in a prohibited demonstration. Others, however, have chosen the path of exile to flee the repression. But the bottom issue is that, if the population has shown itself to be opposed to this law, the Hong Kong government and in particular the head of the executive, Carrie Lam has shown its intention to respect it to the letter. According to her, “this text is certainly not as dark as it seems for Hong Kong”. In fact, Carrie Lam denies allegations that the aim of this law is to reduce and threaten the freedoms enjoyed by Hong Kongers. However, it is certain that the national security law, imposed by the Chinese regime, constitutes the most radical turning point for Hong Kong since its retrocession by the United Kingdom to China in 1997.

Following China’s announcement of the law, the international community reacted quickly. First, this law worries because it shows China’s aggressiveness and willingness to expand its influence in the world. The UN declared a few days after the promulgation that it was very alarmed by this law whose definition of crimes is still unclear. : “We are alarmed by the fact that arrests are already being made under the law, when there is no complete information on the scope and definition of the crimes,” said Rupert Colville, Spokesman for the HCDR

Many Western powers such as the United States, the European Union, Australia, Canada and the United Kingdom have also denounced this law. Prime Minister Boris Johnson even announced that Hong Kong residents with a British passport could come, live and work in Britain for five years instead of six months. Justin Trudeau, the Prime Minister of Canada, announced the suspension of the extradition treaty with Hong Kong and the export of military equipment. However, it was the United States that had the strongest reaction since Donald Trump announced the end of Hong Kong’s preferential trade status, arms exports and the imposition of sanctions against Chinese banks. However, despite these strong reactions, the words of international actors remain moderate. Indeed, China remains a very important trading partner (especially for 5G technology for example) and it is important for the Western powers to maintain good diplomatic relations with the country. However, the reactions have already been too strong for Beijing, which recalled that “the national security law was an internal law and that no country should have anything to do with it”…

 

 

Bibliographie.

 

« La Chine dévoile son projet de création d’un « organe de sécurité nationale » visant à assujettir Hongkong » Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/20/la-chine-devoile-son-projet-de-creation-d-un-organe-de-securite-nationale-visant-a-assujettir-hongkong_6043583_3210.html.

 

« Hongkong : comprendre les enjeux du vote sur la « sécurité nationale » du Parlement chinois ». Le Monde, https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/28/hongkong-comprendre-les-enjeux-du-vote-sur-la-securite-nationale-du-parlement-chinois_6041095_3210.html.

 

« Pourquoi Hong-Kong est encore dans la rue » YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=c6xR5AMqkns&feature=youtu.be

 

« Menaces sur Hong Kong ». France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/affaires-etrangeres-emission-du-samedi-15-juin-2019

 

« Hong Kong : “La Chine rompt ses promesses”, selon François Lenglet ». RTL.fr, https://www.rtl.fr/actu/international/hong-kong-la-chine-rompt-ses-promesses-selon-francois-lenglet-7800559875

 

« L’ONU « alarmée » par les arrestations survenues mercredi à Hong Kong ». Ouest-France.fr, https://www.ouest-france.fr/monde/hong-kong/l-onu-alarmee-par-les-arrestations-survenues-mercredi-a-hong-kong-6892963.

 

« POINT DE VUE. Le Royaume-Uni tend la main à Hong Kong ». Ouest-France.fr https://www.ouest-france.fr/monde/hong-kong/point-de-vue-le-royaume-uni-tend-la-main-a-hong-kong-6895453.

 

« Nouvelle loi sécuritaire, manifestations, arrestations : que se passe-t-il à Hong Kong ? » Ouest-France.fr https://www.ouest-france.fr/monde/hong-kong/nouvelle-loi-securitaire-manifestations-arrestations-que-se-passe-t-il-a-hong-kong-6890202

 

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