Les nouvelles routes de la soie : redéfinition des rapports géopolitiques mondiaux ? 

Auteur et Traducteur : Paul Werlé

English version below 

 Dévoilé à l’automne 2013 par le président Xi Jinping, le projet chinois de reconstruction des anciennes routes de la soie depuis la Chine vers l’Europe, l’Afrique, mais aussi l’Amérique latine, s’annonce titanesque. En jeu, la diplomatie d’un Empire du Milieu appelé à devenir une puissance mondiale de premier plan.

Nouvelles routes de la soie 1
En 2017, la Chine avait organisé le premier forum international des “nouvelles routes de la soie”.

 

Affirmation de la puissance chinoise

 

L’ancien diplomate et homme d’Etat français Alain Peyrefitte l’annonçait déjà en son temps, « Quand la chine s’éveillera, le monde tremblera ». De fait, après avoir été cantonnée au rôle d’usine du monde des décennies durant, la Chine impulse avec son programme « Une ceinture, Une route », une nouvelle dynamique. Cette initiative intervient de manière tout à fait pragmatique, la Chine étant confrontée notamment au ralentissement de sa croissance et une hausse forcée des dépenses publiques du fait du vieillissement de sa population. De plus, les contestations envers ce régime autoritaire augmentent et le maintien d’une croissance forte parait être un des seuls moyens de garantir la prospérité du Parti Communiste Chinois.

Lorsqu’elle arrivera à son terme en 2049, cette initiative, aussi ambitieuse que controversée, englobera plus d’une soixantaine de pays tels que le Kazakhstan, Djibouti, en passant par le Venezuela ou encore la Grèce, regroupant ainsi 70% de la population mondiale et 60% de son PIB. Ce projet s’articule en deux parties. Premièrement, la création de lignes ferroviaires pour relier la Chine à la Russie, l’Asie centrale et le Moyen Orient. Ensuite, la mise en place d’un couloir maritime acheminant les produits chinois jusqu’en Europe, Afrique et Amérique latine.

Pour ce faire, la Chine prévoit des investissements atteignant plus de 1200 milliards de dollars d’ici 2027 selon la banque Morgan Stanley. La puissance chinoise acquière ainsi, selon son Président, une position « gagnant-gagnant » avec les pays dans lesquels elle investit. En effet, les investissements permettront non seulement à la République Populaire de prospérer, mais amélioreront par la même occasion la qualité de vie des habitants des pays receveurs. Le soft power chinois s’en verra d’autant plus renforcé. Ainsi se multiplient actuellement les prêts ainsi que les chantiers de construction d’infrastructures portuaires, ferroviaires et terrestres.

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Studio Graphique France Media Monde

Un projet sujet à controverse

 

Si les constructions vont bon train, il n’en reste pas moins que de nombreuses voix s’élèvent pour mettre en garde contre les potentiels dangers de ce projet. Ainsi, dans son livre Les nouvelles routes de la soie, Peter Frankopan estime que plus de la moitié des investissements faits par la Chine seront perdus en pot de vin et autres corruptions, ces derniers ne profitant donc qu’aux hauts responsables politiques. Le système de prêts mis en place par le Parti Communiste est quant à lui accusé de faire dérailler les finances des pays en voie de développement, ces derniers se révélant incapables de les rembourser, accroissant encore leur dépendance vis à vis de la Chine. C’est le cas des Maldives, de la Mongolie ou du Pakistan qui sont d’ores et déjà confrontés à des difficultés de remboursement ou encore du Sri Lanka, incapable de rembourser son prêt, qui a dû céder à Pekin le contrôle d’un de ses ports en eaux profondes pour 99 ans. Par ailleurs, bien que les projets de construction soient en dehors du territoire chinois, le Trésor Français révèle que plus de 90% des projets de construction se voient attribués à des entreprises chinoises, au détriment des entreprises locales. Ainsi se déploient les tentacules de la pieuvre chinoise.

De plus, pour certains, Etats Unis en tête, ces nouvelles routes représenteraient pour Xi Jinping le symbole d’une nouvelle hégémonie chinoise sur le monde. Les pays traversés par ces routes deviendraient de simples vassaux tel que le soulignait en janvier 2018 le Président Français, Emmanuel Macron. C’est aussi ce que fustigent les Etats Unis de Donald Trump, lequel s’est engagé dans une guerre commerciale afin d’affaiblir le marché chinois et de protéger celui américain en perte de vitesse. La position de l’Union Européenne apparait ambiguë, la question portant sur la participation ou non au projet OBOR (One Belt, One Road). Désormais, l’heure du choix semble arriver pour les pays autour du globe et cela n’est pas sans accrocs, à l’instar de la vive réaction de Donald Trump après l’annonce par l’Italie de se rallier à l’initiative.

Il semble que la Chine soit bel et bien en train de se réveiller et le monde n’en est probablement qu’à ses premiers tremblements.

 

China’s New Silk Road : redefining of the geopolitical equilibrium worldwide ?

 

Initiated in autumn 2013 by President Xi Jinping, the Chinese project of reconstructing the ancient Silk Roads form China to Europe, Africa but also Latin America is forecasted to be gigantic. At stake, the diplomacy of a Middle Empire expected to become a first stage power worldwide.

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In 2017, China organized the first international forum on the “New Silk Road”

Affirmation of the Chinese superpower

The former French diplomat and statesman Alain Peyrefitte already predicted it in his time, quoting French emperor Napoleon the first, « Let China sleep; when she wakes she will shake the world ». In fact, after having been limited to be the factory of the world for decades, China’s One Belt One Road (OBOR) initiative marks the beginning of a new era. This initiative is launched in a very pragmatic way, the country currently facing a slowdown of its growth and a forced increase in its public spending due to aging population. Furthermore, the protests against this authoritarian system are rising and the maintaining of a high growth rate seems to be the only chance of ensuring the prosperity of the Communist Party of China (CPC).

When it will come to an end in 2049, for the 100th anniversary of the People’s Republic of China, this initiative, as ambitious as controversial, will include more than 60 countries such as Kazakhstan, Djibouti, Venezuela or Greece, gathering therefore 70% of the world’s population and 60% of its GDP. The project is designed in two parts. First, the building of railway lines connecting China to Russia, Central Asia and the Middle East. Then, the setting of a shipping lane conveying Chinese products to Europe, Africa and Latin America.

In order to do that, China forecasts investments reaching USD 1200 billion until 2027, according to Morgan Stanley Bank. The Chinese power would hence acquire, based on its President’s words, a « win-win » position with the countries in which it invests. Indeed, not only will the investments allow the People’s Republic to thrive, but they will also at the same time enhance the quality of life of citizens in the receiving countries. The Chinese soft power will be further strengthened. Thus, loans and yards are multiplying to build naval, railway and terrestrial infrastructures.

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Studio Graphique France Media Monde

A highly controversial initiative

If the yards are thriving, there still are many voices that are standing up to warn against the potential downsides and risks of the project. In his book The New Silk Roads, Peter Frankopan considers that more than half of the investments made by China will be lost in bribery, the latest being beneficial only for the senior officials of the countries. The loan system set by the Communist Party is meanwhile blamed for derailing the finances of developing countries, these countries failing to reimburse the loans, which further strengthen their dependency towards China. It is for instance the case of the Maldive Islands, of Mongolia or of Pakistan that are already experiencing difficulties to reimburse their loan or also of the Sri Lanka, that failed to reimburse its loan and was obliged to hand over the monitoring of one of its deepwater harbor. Moreover, even if the yards are outside China, the French Treasury revealed that more than 90% of the building projects are given to Chinese companies, at the expense of local companies. That way, the Chinese octopus spread its tentacles. In addition to that, for some, the USA in the lead, these new roads represent for Xi Jinping the symbol of a new Chinese hegemony worldwide. The countries that will be crossed by these roads would become some vassals of the Chinese superpower, as underlined by French President Emmanuel Macron in January 2018. It is also what Donald Trump harshly criticizes and having made him bringing the USA into a trade war against China in order to weaken the Chinese market and to protect the declining American one. The stance of the European Union appears to be ambiguous, the main question being whether or not to take part into the OBOR project. Henceforth, the time to choose has come for the countries around the world and this does not go without some hitches, as seen with the strong reaction of Donald Trump after the announcement from Italie to join the initiative.

It seems that China is waking up; and the world is probably only at its first shakings.

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