L’essor du secteur privé dans la course à l’espace : enjeux et perspectives d’avenir

Auteur et traducteur: Najib Harkaoui

English version below 

 

Le 30 mai dernier, deux astronautes de la NASA décollaient à bord de la fusée Falcon-9 de SpaceX, pour ce qui devint le premier voyage habité d’une société privée. Cela marqua par la même occasion le retour symbolique des États-Unis, qui dépendaient depuis 2011 de la Russie et de ses lanceurs Soyouz pour aller en orbite. Véritable front pionnier, l’espace attire les convoitises du secteur public mais aussi désormais du secteur privé, si bien que les dernières années ont complètement redistribué les cartes de la course à l’espace.

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« De vrais génies, personne ne fait cela comme nous », s’enorgueillissait Donald Trump quelques instants après le décollage de la fusée Falcon-9, le 30 mai dernier. Les États-Unis ont toujours joué les premiers rôles dans la course à l’espace, et la nouvelle ère qui s’annonce, marquée par l’essor du privé, n’échappe pas à cette règle. SpaceX, l’entreprise du secteur la plus connue du grand public grâce à une communication travaillée – il était par exemple possible de suivre l’ascension de Falcon-9 en direct depuis l’intérieur de la capsule – fait figure de proue de ce virage. Mais la firme fondée en 2002 par Elon Musk n’est pas la seule à jouer un rôle croissant dans la conquête de l’espace. Des entreprises traditionnelles du secteur comme Lockheed Martin et Boeing mais aussi des nouveaux venus à l’instar de Virgin Galactic ou de Blue Origin, fondée par le PDG d’Amazon Jeff Bezos, sont également dans la course, si bien que le spatial se mue en un véritable marché concurrentiel. Toutes n’ont cependant pas les mêmes ambitions.

Du côté de SpaceX, l’objectif final n’est autre que de permettre la vie sur d’autres planètes. La firme s’est pour cela spécialisée dans la conception, la fabrication et le lancement de fusées, et est devenue un partenaire de choix pour la NASA. Et pour cause, SpaceX casse les prix : grâce à ses technologies permettant de récupérer la quasi-totalité des pièces de ses lanceurs, l’entreprise – que certains s’amusent à surnommer « l’Easy-Jet de l’espace » – facture ses lancements de fusées deux à quatre fois moins cher que la concurrence. Il en va de même pour les satellites, qu’elle lance pour une somme allant de 40 à 45 millions d’euros, quand son concurrent européen Arianespace offre le même service deux fois plus cher. Une aubaine pour la NASA, dont le budget, qui représentait 4.5% du PIB états-unien dans les années 1960, ne représente plus que 0.5% de celui-ci. De plus, confier l’orbite basse où se trouve l’ISS aux entreprises privées permet à la NASA de se concentrer sur des objectifs nettement plus complexes et ambitieux, et plus particulièrement, sur les voyages vers la Lune et vers Mars. Les vols commerciaux à des fins touristiques constituent l’un des autres axes majeurs de l’irruption du privé dans le domaine spatial. C’est notamment ce vers quoi se spécialisent Virgin Galactic et Blue Origin.

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La capsule Crew Dragon de SpaceX (source : SpaceX)

S’il est ici question d’entreprises majoritairement états-uniennes, c’est parce qu’ailleurs dans le monde, le domaine spatial reste très lié au secteur public. Les programmes spatiaux européens dépendent beaucoup de fonds étatiques, tandis qu’en Chine et qu’en Inde, l’État garde également une certaine mainmise sur la question. Même constat en Russie, où la société publique Roscosmos s’accapare l’essentiel du marché. Rappelons néanmoins que Space X reste également fortement subventionné par Washington.

L’appétit de ces « New Space » – appellation désignant ces nouvelles sociétés en passe de révolutionner le secteur spatial – suscite des réactions de la part des acteurs du domaine. Le PDG d’Arianespace, Stéphane Israel n’hésite pas à dénoncer l’attitude d’Elon Musk qui voit selon lui l’espace comme un « Far West ». Une manière de rappeler que l’espace ne doit pas être affranchi de réglementations. Jusqu’ici, c’est le Traité de l’Espace, entré en vigueur en 1967 et jamais violé depuis, qui pose les fondements de la gouvernance de l’espace et de ses activités. Mais il concerne essentiellement les États, et les juristes estiment qu’il pourrait ne pas s’appliquer aux entreprises privées. Il y a donc fort à parier que de nouvelles négociations visant à encadrer les activités spatiales voient le jour dans les années à venir.

Longtemps restée une affaire d’États, la question spatiale entre donc bel et bien dans une nouvelle ère où le privé jouera semble-t-il un rôle prépondérant. Si nous n’en sommes qu’aux prémices, il faut en tout cas reconnaître à ces entrepreneurs, Elon Musk en tête, d’avoir redynamisé l’industrie spatiale, et d’avoir remis la conquête de l’espace sur le devant de la scène.

 

The rise of the private sector in the space race: issues and opportunities

 

Last May the 30th, two astronauts from the NASA took of aboard the SpaceX Falcon-9 rocket, for the first manned flight of a private company. That marked moreover the symbolic comeback of the US, which depended since 2011 in Russia and its Soyuz launchers to get into orbit. Genuine frontier, space is becoming more and more coveted by the public sector but also now by the private one, so much so that he cards in this the space race are being reshuffled.

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Real genius, nobody else does that like us” declared Donald Trump after the take-off of the Falcon-9 rocket, on last May the 30th. The US has always played a big role in the space race, and the new era which is beginning, symbolized by the rise of the private sector, is not exception to the rule. SpaceX, the most famous firm of the sector, thanks to a careful communication – it was possible for instance to watch live the ascension of Falcon-9 from the capsule – is the canonical example of this shift. But the firm created by Elon Musk in 2002 is not the only which is playing an increasing role in the space race. Companies like Lockheed Martin, Boeing, Virgin Galactic or Blue Origin, founded by the CEO of Amazon, Jeff Bezos, are also present, so much so that the space sector is becoming a real competitive market. However, they have not all the same ambitions.

For SpaceX, the final objective is none other than allowing life in other planets. For that, the company specialized in the conception, the fabrication and the launch of rockets, and has become thanks to that a serious partner of the NASA. Indeed, SpaceX has the best prices: thanks to its technologies which allow to reuse its launchers, the firm which is nicknamed “the Easy Jet of the space sector” by some people charges its rocket launch two to four times cheaper than the other groups. It is the same for the satellites, which are launched for 40 to 45 million euros when it is twice as much for Arianespace. That is advantageous for the NASA, whose budget went from 4.5% of the US GDP in the 1960’s to 0,5% now. Then, assigning the low orbit to the private sector allows to focus on more complicated and more ambitious projects, in particular, on the trips to the Moon and to Mars. Space tourism is another main section of the rise of the private sector in the space race. That is the main goal of Virgin Galactic and Blue Origin.

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The Crew Dragon capsule of SpaceX (source: SpaceX)

These firms are mainly American. Elsewhere in the world, the space sector is already closely linked to the public sector. The European space programs need a lot of state funds, and in China or in India, the government also has the control of the space industry. It is the same in Russia, where the public firm Roscosmos monopolizes the market. However, SpaceX is also subsidized by Washington.

The appetite of the compagnies, also called “New Space”, provokes reactions from several actor of the space sector. Arianespace CEO, Stéphane Israel denounces the attitude of Elon Musk who, according to him, sees the space as a “Far West”. Thus, he reminds that space has to be regulated. So far, the Outer Space Treaty, which has never been violated, is the basis of the space governance. However, it was created for States, and several lawyers explain that it could be not adapted for private companies. Negotiations about space regulations should emerge in the following years.

If the space race has been a state issue for decades, it is entering a new era where privates companies should play a big role. That it just the beginning, but we can notice that these entrepreneurs, Elon Musk first, revitalized the space industry and are bringing up to date the space race.

 

 

Sources:

https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/les-etats-unis-relancent-les-vols-habites-vers-lespace-1206025

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/05/30/spacex-a-lance-deux-astronautes-de-la-nasa-dans-l-espace-une-premiere-historique-pour-une-societe-privee_6041305_1650684.html

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_collaboration-entre-nasa-et-entreprises-privees-y-a-t-il-danger?id=10161638

https://www.franceculture.fr/geopolitique/lespace-un-milieu-toujours-plus-conflictuel-et-encombre

https://www.rtl.fr/actu/futur/spacex-nouveau-modele-de-reussite-sur-le-marche-du-new-space-7794918688

https://fr.rbth.com/tech/84825-spacex-elon-musk-roscosmos-russie-espace-crew-dragon

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-d-ali-baddou/l-invite-d-ali-baddou-22-novembre-2019

https://www.franceinter.fr/economie/arianespace-veut-ameliorer-la-connexion-a-internet-600-lancements-de-satellites-a-venir

https://www.rtl.fr/actu/futur/spacex-un-pas-de-geant-pour-le-monde-des-affaires-estime-martial-you-7800565178

https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2019-08-18/le-prive-se-lance-dans-une-course-vers-l-espace

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