La politique étrangère de Trump : Quel bilan ?

Auteur et traducteur : Pierre Khelladi

English version below 

Alors que l’élection présidentielle de 2020 approche à grands pas, le limogeage de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, après celui du Secrétaire d’état Rex Tillerson quelques mois auparavant, apparaît comme le témoignage d’un bilan d’une politique étrangère aux résultats mitigés.  

 

En effet, malgré la volonté de Trump de recentrer les États-Unis sur ses prérogatives nationales en défendant farouchement un isolationnisme politique fort, les États-Unis conservent une vision autocentrée du monde.

Les tensions politiques avec l’Iran, Israël et la Corée du Nord, sans parler des menaces protectionnistes envers la Chine, poussent à croire que l’ingérence états-unienne est encore forte malgré l’annonce d’une politique contraire par l’Administration Trump. 

 

En premier lieu, le Moyen-Orient semble être de nouveau à feu et à sang du fait de la politique à contre sens de la communauté internationale menée par la Maison Blanche. Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale officielle d’Israël en décembre 2017 ou encore avec l’opposition de Bolton aux retraits des troupes d’Afghanistan, le gouvernement Trump cherche à conserver son influence dans la région quitte à rouvrir les blessures du passé. 

 

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Trump appuie son soutien à Israël  

Plus particulièrement, le dossier sur le nucléaire iranien reste en suspens. En effet, l’accord de non-prolifération de l’arme nucléaire en 2015 entre les Etats-Unis et l’Iran a soulevé bon nombre d’interrogations. Avec l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien [aussi appelé plan d’action global commun (PAGC)], l’Iran s’était engagé à ne plus utiliser d’uranium ou quelconque ressource pour développer des ogives. Ce fut un espoir pour apaiser les tensions au sein de la région.  

L’administration Trump juge cet accord  comme le pire accord qui puisse exister, en prétextant qu’il est trop favorable aux Iraniens, en dépit de la position plus nuancée des alliés européens. 

L’embargo économique et politique de 2018 imposé par Trump en réponse de plus à la violation du PPAGC n’a pas porté ses fruits. La politique prétendument « ferme » de Trump face à l’Iran s’avère peu efficace. 

L’Iran n’hésite plus à continuer à extraire de l’uranium, aidé de son allié Chinois, alimentant la prolifération du terrorisme via cette extraction dans cette région.  

 

 

En second lieu, les tensions avec la Corée du Nord semblent se cristalliser de plus en plus, jusqu’à laisser entrevoir les prémisses d’une nouvelle Guerre Froide aujourd’hui. En effet, la question de la dénucléarisation du pays après une escalade des tensions en 2016 et 2017 n’est toujours pas réglée avec l’homologue Américain. Les États-Unis voulant conserver leur influence sur le continent asiatique contre la Chine appliquent une diplomatie ferme avec Kim Jong Un. Les tensions belliqueuses de Bolton ont marqué les esprits, craignant le retour de la guerre. Les différents sommets organisés entre les deux pays semblaient constituer un espoir pour sortir de cette crise. Malheureusement aucun accord à ce jour n’a été trouvé entre les États-Unis et la Corée du Nord, pouvant signifier le retour de tensions entre ces deux pays et témoignant surtout de l’échec de la politique de la Maison Blanche. 

 

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Première rencontre de Kim Jong-un et Trump le 12 juin 2018 à Singapour

Ensuite, la volonté unilatérale de Trump à faire du protectionnisme face à la Chine pousse à affirmer la suprématie commerciale des États-Unis sur son frère ennemi  : la Chine. Trump n’a pas hésité à imposer une taxe de 25% sur l’aluminium et de 10% sur l’acier chinois, ainsi que d’autres taxes sur les importations de produits venant de Chine. 

Les États-Unis, avec une vision égoïste du monde, cherchent à conserver leur influence, via une réaffirmation de leur hard power exécuté par la politique assumée et ferme de Trump. Pourtant, cela se fait au prix d’une sous-optimalité économique vis-à-vis des autres pays du monde, notamment l’Europe prise entre deux feux : conserver ses liens avec les États-Unis  ou bien se tourner vers l’Asie et ses nouvelles routes de la soie. 

Les menaces protectionnistes propres aux États-Unis témoignent donc bien de décisions purement autocentrées.

 

Aujourd’hui, la ligne de conduite isolationniste de Trump s’est mutée en une réaffirmation des prérogatives unilatérales états-uniennes sur le monde avec les résultats en demi-teinte de sa politique. Trump use du hard power pour assurer cette main mise. Le retour du hard power tranche avec l’ancien « smart » power d’Obama, cherchant quant à lui à approfondir une cohésion diplomatique forte avec les autres puissances. Il voulait tendre vers un multilatéralisme, sans jamais imposer une vision purement américaine du monde lors de ses deux mandats. Le politique de Trump semble ainsi se rapprocher de celle de G.Bush au début des années 2000 : une politique ferme pour promouvoir coûte que coûte la puissance américaine, à l’image de l’intervention en Irak en 2003 tant décriée par d’autres pays, en particulier la France.  

 

Ainsi, l’« America First » a un prix : la stabilité de l’ordre mondial semble de plus en plus incertaine, sans compter que les élections approchent à grands pas. La crédibilité de la politique isolationniste de Trump est mise à mal vis-à-vis de ses résultats en décalage avec ses principes politiques.  

 

La moquerie de J. Connally, ancien secrétaire du Trésor sous le Président Nixon : « le dollar c’est notre monnaie, c’est votre problème » n’aura jamais autant bien défini la politique étrangère de Trump… Et à quel prix pour la communauté internationale ?  

 

Enfin, les récentes fluctuations du prix du pétrole montrent ainsi les limites de cette politique isolationniste . Les Etats-Unis restent encore très dépendant de la « guerre des prix » sur le baril de pétrole notamment vis-à-vis de la Russie. La crise du Coronavirus va sans doute marquer un tournant quant à la capacité des Etats à coopérer face à un problème commun et peut-être, espérons-le, légitimer le « Make Our Planet Great Again ». 

 

 

 

Trump’s foreign policy. What is the outcome ?

 

While the presidential elections are coming, John Bolton’s fire as national security adviser, a few months after the fire of the Secretary of State, Rex Tillerson, seems to be the consequence of a mixed foreign policy.

Indeed, despite Trump’s will to make America Great and to focus on national stakes, the United States keeps a self-centered vision about the world and defends strength political isolationism.

The political tensions with Iran, Israel and North Korea and the obvious protectionist threats towards China led to believe that the USA keeps an iron fist, in spite of a totally different announced policy by Trump’s Administration.

First, the Middle-East seems to be on fire again due to the White House policy.  Trump’s government is looking to keep its influence on the area. Different historical event’s demonstrate this ambition like the recognition of Jerusalem as the new capital of Israel in December 2015 or with Bolton’s opposition to the troops withdrawals in Afghanistan.

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Trump shows it support to Israel

To be more specific, the report on nuclear weapons in Iran is still unresolved. Indeed, the Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) of 2015 raises awareness. With the JCPoA, Iran has committed itself not to use uranium or any resource to develop nuclear weapons. It was a new hope to pacify the area. Trump’s administration considers that such an agreement is an aberration, arguing that it is too advantageous for Iran.  European allies adopt  a more  balanced position concerning this agreement.

The economic and political boycott of 2018 imposed by Trump due to the violation of the JCPoA has not been successful. The so-called “hard” foreign policy of the United States against Iran is not efficient. Therefore, Iran keeps to extract uranium with the help of China, contributing to terrorism in the area.

Trump’s decision calling for a very high pressure against Iran is finally insufficient leading to the development of anti-Americanism in an area, still affected by the American military operations since Gulf wars.

Then, tensions between North Korea and the USA seem to crystallize increasingly into a new Cold War. Indeed, the issue of denuclearization is not resolved after the escalation of tensions in 2016 and in 2017. The United States wants to keep its influence on Asia, leading to diplomatic pressures against Kim Jong Un. Bolton’s speeches claiming for a war were remembered.  The different commits organized between both countries are a new hope to find a solution. Unfortunately, no agreement has been found between them. This situation could be a threat of war but it reveals the failure of the White House policy.

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First meeting of Kim Jong-un and Trump on 12 June 2018 in Singapore

Trump’s unilateral will then to engage in indirect protectionism towards China has led to affirm the commercial supremacy of the United States over its rival: China. Trump didn’t hesitate to impose a 25% on steel and 10% on aluminum imports in addition to other tariffs on imported products from China.

The United States seeks to keep its influence through the reaffirmation of its hard power executed through the firm policy adopted by Trump. However, this is done at the cost of an economic sub-optimality towards other countries and in particular Europe being caught in between. European decision-makers have to choose either to preserve their relationships with the  United States, or to trade with Asia and its new Silk Roads.

The protectionist threats from the U.S are subsequently self-directed decisions.

Nowadays, Trump’s isolationist guideline changes into a reaffirmation of unilateral American prerogatives over the world, the results of which are mixed. Trump is using the hard power in order to guarantee its control. The return to hard power contrasts with the “smart” power of Obama, who wanted to develop more cohesion with other world powers. He wanted to reach multilateralism without imposing a purely American understanding of the world. Trump’s policy seems consequently to be closer to G. Bush’s policy at the beginning of the 2000’s. It consisted in a firm policy promoting the American primacy at all costs. We can remember, for instance, the intervention in Iraq in 2003, roundly decried by other governments, the French government in particular.

Thus,” America First” has a cost: the stability of the global order appears increasingly uncertain and the elections are fast-approaching.  The credibility of Trump’s isolationist policy suffers from its results out of step with its political guidelines.

Connally ‘s mockery, former U.S. Treasury Secretary under President Nixon, by saying  “ the dollar is our currency, but your problem” , will never have so well-defined Trump’s foreign policy … At what price for the international community?

Finally, the recent price fluctuation shows the limits of this isolationist policy. The United States still is highly dependent on the oil price war, notably with regard to Russia. The coronavirus crisis will perhaps be a turning point concerning the ability of states to cooperate on a common problem, and maybe legitimate the slogan “Make Our Planet Great Again”.

 

 

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