La FAO : organe onusien au cœur des enjeux contemporains

Auteur et traducteur : Najib Harkaoui

English version below

Née en 1945, lors de la première session de la toute récente Organisation des Nations Unies, la FAO – Organisation pour l’alimentation et l’agriculture – œuvre aujourd’hui dans plus de 130 pays afin de lutter contre les problématiques liées à l’insécurité alimentaire. Retour sur l’action et les succès de cet organe onusien à travers les dernières décennies.

Un peu d’histoire… 

C’est au Canada, le 16 octobre 1945 que la FAO voit le jour, devenant ainsi le premier organe spécialisé de la jeune ONU, créée tout juste quelques mois plus tôt. Elle s’inséra dans la continuité de l’Institut International d’Agriculture (IIA), fondé en 1905 par le roi d’Italie Victor-Emmanuel III, dont elle récupéra les activités.

Un an après sa création, la FAO publie les résultats d’une première étude à l’échelle mondiale visant à faire un état des lieux général de la situation alimentaire dans le monde. Ils confirment que la faim et la malnutrition sont très largement répandues à l’échelle de la planète. Une seconde enquête est publiée en 1952, tandis qu’en parallèle, l’agence se développe et met en place divers programmes, campagnes et autres directives visant à apporter aux gouvernements une expertise et un soutien en matière d’agriculture. Mais c’est en 1961 que l’Organisation prend un tournant majeur dans son histoire. Alors qu’elle n’était jusque-là qu’une agence technique, la Campagne mondiale contre la faim lui fait prendre une toute autre dimension, et la place au cœur des nouveaux enjeux liés aux nouvelles problématiques du développement. Deux ans plus tard, en 1963, est engendrée la création du Programme alimentaire mondial, afin d’apporter une aide d’urgence aux zones les plus touchées par la faim. Pour faire face à ces défis, les actions de la FAO ont pris diverses formes : elles ont consisté par exemple à sensibiliser à l’importance des engrais et de la bonne gestion des sols pour accroître la production, mais également à cartographier les sols, ou encore à organiser des Congrès mondiaux pour mettre en lumière les problèmes inhérents à l’alimentation et encourager la communauté internationale à les éradiquer. La FAO a par ailleurs soutenu et accompagné les réformes agraires, et s’est montrée essentielle à la résolution des graves crises alimentaires, comme au Sahel en 1972.

 

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Le premier recensement agricole mondial, en 1950 (FAO)

La FAO aujourd’hui

En 2020, la FAO compte 197 membres et agit dans plus de 130 pays grâce notamment à ses quelques 2,6 milliards de dollars de budget assurés par ses États membres. Elle est par ailleurs un acteur clé des Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en septembre 2015 par les 193 États membres de l’ONU. L’organisation a en effet la charge de 21 des 230 indicateurs des ODD, et contribue à 6 autres – soit plus de 10% du total, ce qui en fait l’agence la plus sollicitée – dans six programmes différents liés à la faim, à l’eau ou encore à la vie terrestre et maritime. Elle favorise également l’accès des femmes à la propriété de terres agricoles, et milite pour l’instauration de normes visant à préserver les terres, les forêts ou le monde aquatique. En définitive, le champ d’action de la FAO dépasse désormais très largement de ses fonctions initiales. Elle conserve néanmoins l’une de ses fonctions premières, qui est d’aider les pays à fournir des données statistiques fiables sur l’alimentation et l’agriculture. Ces données sont essentielles. En 2018, José Graziano da Silva, alors directeur de la FAO, déclarait : « Le manque de données agricoles précises et de bonne qualité entrave les efforts visant à mettre en œuvre le Programme de développement durable ». La tâche pour remédier à cela s’annonce dès lors titanesque pour l’organisation : sur les quinze dernières années, les 75 pays les plus pauvres n’ont mené aucune étude agricole, ni aucun recensement.

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La formation sur le terrain, l’un des axes majeurs de l’action de la FAO

Le programme MICCA, exemple de success story 

Le Programme d’atténuation du changement climatique dans l’agriculture (MICCA) de la FAO, lancé en 2010, vise à la rendre l’agriculture plus intelligente face au climat, grâce à des choix adaptés aux typicités des milieux. Dans un premier temps, l’organisation étudie les spécificités du terrain et du climat, ainsi que les pratiques en vigueur dans une région donnée. Elle détermine ensuite une série de pratiques dites « intelligentes face au climat », qu’elle transmet ensuite, par l’intermédiaire de formations, aux petits agriculteurs locaux.

Ce programme s’est illustré dans un premier temps au Kenya et en Tanzanie où près de 2500 agriculteurs, dont 46% de femmes, ont reçu une telle formation. Cela a conduit, entres autres choses, à la plantation de 33 500 arbres, à la création de 44 pépinières, ou encore, à l’aménagement de 235 terrasses visant à ménager les sols et à conserver l’eau. À bien des égards, le programme MICCA est un exemple canonique des actions de la FAO, et de leur caractère multidisciplinaire. En effet, en plus de permettre une hausse des rendements, et donc de contribuer à la réduction de la faim dans le monde, les initiatives nées du programme MICCA prennent en compte l’aspect environnemental, mais également l’aspect sociétal, par l’intégration des femmes aux différentes formations.

Cette approche intégrée semble désormais nécessaire pour faire face aux défis liés à l’alimentation, alors que la population mondiale est en constante hausse, et que près d’un humain sur trois souffre de malnutrition. Les pratiques des dernières décennies se sont certes avérées efficaces en matière de rendement, grâce notamment à l’utilisation massive d’engrais chimiques, mais au prix de conséquences dramatiques pour les sols. Ce modèle, longtemps promu y compris par la FAO elle-même, n’est désormais plus en phase avec les enjeux de notre époque.

Un rôle clé face à la crise sanitaire actuelle ? 

La crise planétaire liée au COVID-19 menace le commerce alimentaire mondial. Elle pourrait avoir des conséquences désastreuses, en particulier sur les populations déjà vulnérables et les pays dépendants d’importations de denrées alimentaires. Économiste en chef à la FAO, Maximo Torero Cullen a rappelé l’expertise et l’expérience de l’organisation face à ce type de situation, et a proposé de l’aide en matière de conseils stratégiques aux pays dans le besoin. Il a par ailleurs appelé à une coopération internationale et à une série de mesures cohérentes pour lutter efficacement contre les effets que pourraient engendrer cette crise.

 

Focus on the FAO

 

Born in 1945 during the first session of the recent United Nations, the FAO is now present in 130 countries in order to fight against the problems linked to food insecurity. Let’s focus on its action over the last decades. 

Brief history 

 It is in Canada, on the 15 October 1945, that the FAO was created, just a few months after the establishment of the UN. It became the first specialized agency of the United Nations. The FAO is the logical continuation and replaced The International Institute of Agriculture, an organization founded in 1905 by the King of Italy, Victor-Emmanuel III.

Just a year after its creation, in 1946, the FAO published the results of a first world study whose purpose was to draw up a global inventory of the food situation in the planet. They confirmed that hunger and malnutrition are widespread around the world. A second study was published in 1952, while in parallel, the agency was developing thanks to several programs, campaigns or guidelines to provide expertise and advices about agriculture to the governments. But it is in 1961 that the organization took a turn in its history. Indeed, it was until then just a specialized agency, but the Freedom from Hunger Campaign gave it more importance and placed the FAO at the core of the new development issues. Two years later, in 1963, it encouraged the creation of World Food Program in order to help the areas in trouble. To deal with these issues, the actions of the FAO were various: promotional campaigns about the use of fertilizer and the importance of the good soil management to increase the production, soils mapping, organization of world meetings to highlight the food problems and encouraging cooperation to eradicate them, for instance. The FAO supported the different agrarian reforms and played a big role to solve the crises like in Sahel in 1972.

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The first World Census of Agriculture, 1950.

 

The FAO today 

In 2020, the FAO has 197 members and acts in more than 130 countries, thanks to a 2,6 billion dollars budget. It is a key player of the Sustainable Development Goals (SDC), adopted by the 193 members of the UN in 2015. The FAO is indeed responsible of 21 out of the 230 indicators of the SDC and contributes to 6 others. It is thus implicated in more than 10% of the indicators and is consequently the most implicated agency of the UN. It acts on various sectors linked to hunger, water or terrestrial and marine lives. Moreover, the FAO fights for the establishment of preservation standards and for the women’s access to land property. To sum-up, the scope of the FAO goes far beyond its original function. However, the organization retains one of its main objectives, which is to aim the countries to provide reliable data on agriculture and alimentation. These data are essential. In 2018, the ex-director of the FAO José Graziano da Silva declared: “The lack of precise and reliable agricultural data impedes the efforts to carry out the sustainable development agenda”. So, the FAO has a big challenge: overt the last 15 years, none of the 75 poorer countries made agricultural statistics.

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Training in the field, one of the major axis of the FAO’s action.

 

A success story: the MICCA

Launched in 2010, The Mitigation of Climate Change in Agriculture (MICCA) global program aims to generate a “more intelligent agriculture” against the climate, thanks to choices adapted to the specificities of the environments. First, the FAO studies the specificities and the climate of a particular area. Then, it determines a series of “intelligent” methods. These methods are later transmitted to the small farmers, thanks to formations.

The MICCA was tested first in Kenya and in Tanzania, where about 2500 farmers (with 46% of women) received such a formation. This led, for instance, to the planting of 33 500 threes, the creation of 44 nurseries, or even the development of 235 terraces to conserve the soils and saving water. The MICCA is consequently representative of the FAO’s actions, and the several challenges they meet: these actions allow higher production, of course, but they take into account the environmental and societal aspects.

This integrated approach seems now necessary to face the food challenges, given that the global population is still increasing, and that one out of three persons suffers from malnutrition. The practices of the last decades were certainly efficient in terms of crop yield, thanks to  the massive use of fertilizers, but with terrible consequences for the soils. This model, long promoted by the FAO itself, is no longer in step with our times.

A key player of the current health crisis? 

 The global crisis linked the COVID-19 is threatening the world food trade. It may have huge consequences, in particular on the populations which are already vulnerable, and on the countries which depend on food importations.  Chief economist for the FAO, Maximo Torero Cullen reminded the experience and the expertise of the organization and offered strategical assistance to the countries to the countries in need. He also called for international cooperation and coherent measures to fight efficiently against the potential effects of this crisis.

Sources : 

http://www.fao.org/about/fr/

https://www.un.org/fr/

Asher Hobson, The International Institute of Agriculture, Berkeley, University of California Press, 1931.

The Challenge of Measuring Agricultural Sustainability in All Its Dimensions, Journal of Sustainability Research, Pietro Gennari, Dorian Kalamvrezos Navarro, 2019

The FAO contribution to monitoring SDGs for food and agriculture, Nature, Pietro Gennari, Jose Rosero-Moncayo, Francesco N. Tubiello, 2019

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