Arménie- Azerbaïdjan: Rencontre attendue de la conférence pour la sécurité de Munich

Auteur: Raphaël Ruiz Colechar

Traducteur : Ghali Mekouar

English version below 

L’Azerbaïdjan et l’Arménie sont deux pays voisins de la région du Caucase, anciennement soviétiques, qui souffrent de grands problèmes de corruption. L’Azerbaïdjan est dirigé depuis 1993 par la famille Aliyev alors qu’en Arménie c’est une élite d’oligarque qui gère la vie du pays. Les relations entre les deux voisins est régie par un passé faits de guerres et de discordes alimentant une haine mutuelle de leurs peuples respectifs. Au cours des trois dernières décennies les conflits ont coûté la vie à plusieurs milliers de personnes tout en obligeant l’exode de plusieurs millions d’autres.

Le conflit n’a pourtant pas été beaucoup relayé par les médias occidentaux. Pour certains cela s’expliquerait par la non implication européenne et américaine puisque d’un côté l’Azrbaijan est majoritairement soutenu par la Turquie alors que la Russie est le soutien majeur de l’Arménie. Alors qui est le Good Guy et qui est le Bad Guy ? Géopolitiquement parlant, difficile de trop s’avancer étant donné les positions délicates de ces pays et de leurs soutiens vis-à-vis de l’occident Toutefois nous allons essayer de comprendre les origines de cette situation.

Malgré les différences culturelles et religieuses des deux peuples, la base des querelles est purement géographique, et concerne la région de Nagorno-Karabakh. Alors qu’elle ne présente aucune richesse stratégique particulière, celle-ci abrite près de 140 000 habitants dont 90% parlent arménien et malgré les revendications du gouvernement arménien, le territoire est bien compris officiellement dans celui de l’Azerbaïdjan.

Azerbaidjan - arménie 1Carte de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie après 1994

Comme dans beaucoup de débats de ce genre, la question qui revient est : « Qui était là en premier ? ». Ce que l’on sait, c’est qu’avant la conquête de Staline dans les années 1920 les Arméniens étaient majoritaires toute la région avant que les Soviétiques ne créent trois républiques socialistes indépendantes que sont la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan sans se soucier des répartitions ethniques. C’est ainsi que jusqu’en 1987 personne ne revendiqua aucun droit face à l’oppression de l’URSS. Cette même année est marquée par le référendum, favorisé par le déclin soviétique, pour que Nagomo-Kabarakh soit affilié à l’Arménie au dépend de l’Azerbaïdjan. Ce fut le début d’une guerre entre les deux nations qui dura jusqu’en 1994 et causa plus de 30000 mort et environ 1 millions de déplacés.

            Théoriquement la guerre est gagnée par les Arméniens puisque la région est par la suite géré par la république d’Artsakh qui partage la même langue et le même système bancaire que l’Arménie. Plus de 800 000 azerbaidjanais quittent alors la région alors que des centaines de milliers d’Arméniens font le chemin inverse. Ce n’est pas tout, l’armée Arménienne prend le contrôle de la frange séparant la frontière commune et la région revendiquée. Dès lors, une grande haine est née et selon le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, les arméniens représentent les plus grands ennemis du pays tout comme les hommes politiques corrompus sous leur contrôle.

            Depuis, il a été très difficile de trouver un accord pour stabiliser la situation afin d’établir une reconnaissance internationale stable. En 2009 un accord a failli voir le jour quand l’OSCE a invité les présidents respectifs à Madrid pour négocier à la même table des principes de base. Il fut établi que les habitant du Nagorno-Karabakh étaient libre de choisir s’il préférait voir leur terre sous la coupe de l’un ou de l’autre des gouvernements. L’Armée arménienne devait libérer les terres sur lesquelles elle avait main mise et l’Azerbaïdjan garantissait l’existence d’un corridor entre l’Arménie et Nagorno-Karabakh. Cet accord raisonnable ne verra pourtant jamais le jour.

            Il ne semblerait finalement qu’aucun des gouvernements n’ait eu à l’époque comme priorité de trouver un compromis. Pour certains observateurs, que ce soit la famille Aliyev et ses proches ou les oligarques armnéniens, tous deux ont trouvé un intérêt à animer cette haine collective pour stabiliser leur pouvoir au fil des années. Récemment, il semblerait que les choses aient commencé à changer, esquissant ainsi la possibilité de négociation abouties.

            Il est important de préciser que l’Arménie est un des rare pays ayant plus de citoyens vivant en dehors de ces frontières (10 millions de personnes) que dans le pays lui-même (3 millions de personnes). Outre les différents conflits à l’origine de cette diaspora, nombreux sont ceux qui quittent leur pays à cause de la situation économique. Le taux de chômage s’élève à 20% et la corruption fait rage. Une fois de plus, ces problèmes ont souvent été balayés dans les débats nationaux par les questions liées à la région de Nagomo-Kabarakh. Le constat est d’ailleurs que la majorité des politiciens et des hauts fonctionnaires sont issus de cette région, lui conférant une priorité fondamentale dans les programmes politiques des précédents gouvernements.

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Rencontre entre le premier ministre arménien Nikol Pachinian (à gauche) et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev (à droite) durant la conférence sur la sécurité de Munich de 2020

            En 2018 les Arméniens sont descendus dans la rue pour manifester leur ras-le-bol face à cette situation dénonçant les manœuvres politiques et la pauvreté croissante. Cette « révolution » conduira à l’exclusion de l’ex premier ministre Serge Sarkissian de la scène politique qui sera remplacé par l’un des initiateurs  du mouvement, Nikol Pachinian. Ses débuts sont marqués par une lutte agressive contre la corruption et par des réformes économiques drastiques. N’ayant aucun lien personnel ni politique avec la région Nagomo-Kabarakh, beaucoup voient en lui un profil idéal pour des négociations saines avec l’Azerbaïdjan dans le processus de paix. Celles-ci ont été mises à jour durant la conférence pour la sécurité de Munich 2020 ou une session a été organisée permettant pour la première fois la rencontre des Premier Ministres d’Arménie et d’Azerbaïdjan. Ces conférences sont en effet de grandes opportunité pour les gouvernements d’apaiser les tensions géopolitiques puisqu’ils permettent la rencontre des leaders politiques du monde entier sans mise en péril des égos et des stratégies gouvernementales.

            Les débats ne se sont pour autant pas seulement centrés sur les résolutions possibles, mais sur l’interprétation des faits historiques qui est un point essentiel pour la résilience populaire. Si au cours du meeting aucun des camps ne semblait prêt à faire de concessions il est important de noter les rapprochements qui ont été observés au cours de cet événement, mais aussi les échanges informels qui donneront peut être  jour à de nouveaux rapport pacifiques dans les années à venir.

2020 Munich Security Conference : Armenia – Azerbaijan outstanding meeting

Azerbaijan and Armenia are two neighbouring countries in the Caucasus region, both former Soviet countries, which suffer from major problems of corruption. Azerbaijan has been ruled since 1993 by the Aliyev family, whereas in Armenia it is an oligarchic elite that runs the country. Relations between the two neighbours are governed by a past of wars and discord fuelling mutual hatred of their respective peoples. Over the last three decades, conflicts have cost the lives of several thousand people while forcing the exodus of several million others.

Yet the conflict has not received much coverage in the Western media. For some this is explained by the lack of European and American involvement, since on the one hand Azrbaijan is mainly supported by Turkey, while Russia is the major supporter of Armenia. So who is the Good Guy and who is the Bad Guy? Geopolitically speaking, it is difficult to go too far given the delicate positions of these countries and their support for the West. However, we will try to understand the origins of this situation.

Despite the cultural and religious differences between the two peoples, the basis of the quarrels is purely geographical, and concerns the Nagorno-Karabakh region. Although it does not have any particular strategic wealth, it is home to nearly 140,000 inhabitants, 90% of whom speak Armenian, and despite the claims of the Armenian government, the territory is officially part of Azerbaijan.

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Armenia and Azerbaijan after 1994

As in many debates of this kind, the question that comes up is: « Who was there first? ». What is known is that before Stalin’s conquest in the 1920s Armenians were in the majority throughout the region before the Soviets created three independent socialist republics: Georgia, Armenia and Azerbaijan, without regard to ethnic distribution. Thus, until 1987 no one claimed any rights in the face of the oppression of the USSR. That same year was marked by the referendum, favoured by the Soviet decline, for Nagomo-Kabarakh to be affiliated to Armenia at the expense of Azerbaijan. This was the beginning of a war between the two nations which lasted until 1994 and caused more than 30,000 deaths and about 1 million displaced persons.

            In theory the war was won by the Armenians, since the region was later administered by the Artsakh Republic, which shares the same language and banking system as Armenia. More than 800,000 Azerbaijanis then left the region while hundreds of thousands of Armenians went the opposite way. That’s not all, the Armenian army took control of the fringe separating the common border and the claimed region. From then on, a great hatred was born and according to the President of Azerbaijan, Ilham Aliyev, the Armenians are the greatest enemies of the country as well as the corrupt politicians under their control.

            Since then, it has been very difficult to find an agreement to stabilize the situation in order to establish stable international recognition. In 2009 an agreement was almost reached when the OSCE invited the respective presidents to Madrid to negotiate basic principles at the same table. It was established that the inhabitants of Nagorno-Karabakh were free to choose whether they preferred to see their land under the control of one or the other government. The Armenian Army had to liberate the lands under its control and Azerbaijan guaranteed the existence of a corridor between Armenia and Nagorno-Karabakh. However, this reasonable agreement will never see the light of day.

            In the end, it would appear that none of the governments at the time had made it a priority to find a compromise. For some observers, whether it was the Aliyev family and its relatives or the Armenian oligarchs, both found an interest in stirring up this collective hatred in order to stabilise their power over the years. Recently, it would appear that things have begun to change, outlining the possibility of successful negotiations.

            It is important to point out that Armenia is one of the few countries with more citizens living outside its borders (10 million people) than within the country itself (3 million people). In addition to the various conflicts that have given rise to this diaspora, many people are leaving their country because of the economic situation. The unemployment rate is 20% and corruption is rampant. Once again, these problems have often been swept aside in national debates by issues related to the Nagomo-Kabarakh region. Indeed, the majority of politicians and high-ranking civil servants come from this region, making it a fundamental priority on the political agendas of previous governments.

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Armenian Prime Minister Nikol Pachinian (left) and Azerbaijan’s President Ilham Aliyev (right) during the 2020 Munich security conference

In 2018, Armenians took to the streets to demonstrate their displeasure at this situation, denouncing political manoeuvring and growing poverty. This « revolution » will lead to the exclusion of former Prime Minister Serge Sarkissian from the political scene, who will be replaced by one of the initiators of the movement, Nikol Pachinian. Its beginnings were marked by an aggressive fight against corruption and by drastic economic reforms. Having no personal or political ties with the Nagomo-Kabarakh region, many see in him an ideal profile for healthy negotiations with Azerbaijan in the peace process. These were updated during the Munich 2020 Security Conference where a session was held allowing for the first time the Prime Ministers of Armenia and Azerbaijan to meet. These conferences are indeed great opportunities for governments to ease geopolitical tensions as they allow political leaders from around the world to meet without jeopardizing egos and government strategies.

            However, the debates did not focus only on possible resolutions, but on the interpretation of historical facts, which is essential for popular resilience. If during the meeting none of the camps seemed ready to make concessions, it is important to note the rapprochement that was observed during this event, but also the informal exchanges that will perhaps give rise to new peaceful relationships in the years to come.

 

Sources :

« La guerre sans fin du Haut-Karabakh », Le Monde,  26 avril 2018 ? URL : https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/04/26/la-guerre-sans-fin-du-haut-karabakh_5290825_4497186.html

« Ce que le monde peut apprendre de la révolution en Arménie », Slate, 22 mai 2018 URL: http://www.slate.fr/story/161976/international-armenie-revolution-non-violente-amour-tolerance-manifestations-erevan-serge-sarkissian-nikol-pachinian

« Revue de la presse arménienne du 15 au 17 février 2020 », Ambassade Française, URL : https://am.ambafrance.org/-Fevrier-2020

 

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