« Vaccin » contre le colonialisme

Auteur: Astrid Caïe

Traducteur: Najib Harkaoui

English version below 

 

Il y a quelques jours, la chaîne télévisée TF1 diffusait au journal de 20 heures un reportage sur la lutte contre l’épidémie de Covid-19 en Espagne. On y entendait le témoignage d’un pompier, membre d’une brigade de désinfection : « On n’imaginait pas que cela pourrait arriver en Europe… On a l’impression d’être en Afrique ».

 

Mais l’Afrique n’est pas le repentant ultime de tout ce qui va mal 

L’Afrique comme un repoussoir, un épouvantail dont les vêtements ont la couleur et la matière de la misère. D’un autre côté, on entend souvent dire, depuis quelques années, que l’Afrique est le « continent du futur ». D’immenses défis, mais un potentiel extraordinaire. C’est en ce potentiel que croient les acteurs de l’ambitieuse Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECA), dotée depuis le début de l’année 2020 d’un chef des négociations et d’un calendrier précis.

Tout cela pour dire que l’Afrique, ce n’est ni tout rose, ni tout noir… Il y a de belles teintes jaunes de savane, le bleu des fleuves et des côtes, le vert des forêts tropicales, le gris des villes bétonnées et de l’industrialisation, le blanc des plages paradisiaques. Mais dans ce nuancier, il y a quand même du noir… Notamment celui de périodes généralement passées sous silence (heureusement, de moins en moins).

 La lomidine :  Le médicament qui devait sauver l’Afrique 

L’une de ces périodes a été remise au goût du jour (plus précisément, au goût de 2014) par l’ouvrage de Guillaume Lachenal, Le médicament qui devait sauver l’Afrique. Cet historien des sciences propulse en-dehors des sphères académiques l’histoire d’une expérience de vaccination menée à grande échelle pendant la période coloniale. Entre les années 1940 et les indépendances, le gouvernement français administra plus de 10 000 injections préventives de pentamidine (commercialisée en France sous le nom de Lomidine) pour éradiquer la trypanosomiase humaine africaine, connue comme la maladie du sommeil.

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La vaccination était risquée et douloureuse, et les acteurs de la médecine coloniale le savaient. Une fois ce fait porté à notre connaissance, il est intéressant (et atterrant ?) de remarquer que malgré la présence de colons européens sur les territoires où furent administrées les injections, seuls les indigènes servirent de rats de laboratoire. Vincent Duclos, docteur en anthropologie et spécialiste de l’intervention médicale à l’ère de la mondialisation numérique, parle de la médecine coloniale comme d’une médecine racialisée. Pour lui, cela signifie la chose suivante : « c’est en tant qu' »africain » que l’individu est de facto exclu du champ du regard médical. C’est à la lumière d’une telle exclusion qu’il faut comprendre le peu d’importance accordé à la question des effets, bénéfiques ou néfastes ». Africain et Européen étaient considérés comme deux « objets » différents : l’Africain comme une partie de la masse, l’Européen comme un individu. Cette différence explique la coexistence de « deux modes d’intervention distincts : la prévention ou la thérapie » (autrement dit, l’Européen n’était soigné à la Lomidine que s’il tombait malade et que le traitement était devenu nécessaire).

Intéressons-nous maintenant aux motivations de cette campagne et de la médecine coloniale en général.

À ces motivations ont déjà été consacrés de nombreux travaux, plus ou moins nuancés. Entre les auteurs qui ont aveuglément défendu l’action coloniale dans son entièreté et ceux qui, de l’autre côté du spectre, l’ont diabolisée à outrance, on trouve des propos plus objectifs… ou au moins, plus prudents. Olivier Faure fait partie de ces auteurs. Le spécialiste de l’histoire de la médecine contemporaine en Europe rappelle que parmi les hypothèses avancées, aucune n’explique à elle-seule l’ambition qui a pu sous-tendre la médecine coloniale.

Sous l’influence de la tradition historiographique – notamment anglo-saxonne – nombreux sont encore ceux qui reprochent aux missionnaires-soignants (les mêmes qui ont donné naissance à la figure du Père Blanc docteur, comme le Père Goarnisson en Haute-Volta) de n’avoir soigné les indigènes que « pour augmenter leur nombre et améliorer leurs qualités productives au service des intérêts du colonialisme et protéger les Européens de la contamination » (Olivier Faure, 2012). Certes, les campagnes médicales et hygiénistes déployées en Europe au XIXème siècle avaient pour but, comme leurs filles africaines, de redresser la démographie et d’accroître la quantité et la qualité des futurs soldats et producteurs au service de l’économie capitaliste et d’États impérialistes. Mais comme l’affirme Olivier Faure, aucune campagne européenne n’est allée jusqu’à contraindre les gens à des corvées sanitaires ou à déplacer des populations, comme en Afrique. Malgré cette action plus musclée, il n’y a toujours pas de frontière définie entre une « bonne » médecine désintéressée et une « mauvaise médecine » asservie aux intérêts du capitalisme. Et Olivier Faure de rappeler que « la vraie médecine, celle qui a existé, a été les deux ».

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1927 : mission médicale de l’administration coloniale dans un village du Cameroun  (Vincent Duclos, 2015)

Ce qu’on peut rappeler aussi, c’est la coexistence ou l’alternance de diverses attitudes chez les colonisés.

Anne Cornet, spécialiste de l’histoire coloniale belge, parle des résistances ouvertes voire armées, mais souligne que la résistance passive fut sans doute la plus répandue. Les missionnaires avait compris très tôt que leur infériorité numérique ne leur permettrait pas d’imposer par la force leur envie de jouer aux médecins. Le cardinal Lavigerie, fondateur de la Société des missionnaires d’Afrique dans les années 1880, écrivait que pour réussir dans la mission civilisatrice, il fallait avant tout gagner la confiance des indigènes. Pour amadouer les âmes à convertir, « il fallait des bienfaits sensibles et matériels ». Parmi ces biens : la médecine et les médicaments, qui avaient déjà montré leur efficacité contre des maladies ravageuses. Cette stratégie proche du chantage explique pourquoi les médecins coloniaux du Rwanda, par exemple, choisirent d’attaquer en priorité « les maladies les plus visibles pour lesquelles on pouvait proposer des guérisons rapides, au moins en apparence » (Anne Cornet, 2014). Les emprunts à la thérapeutique traditionnelle ou la ritualisation des traitements furent autant d’éléments mis en place pour achever de gagner l’adhésion.

Cette vision des choses est à nuancer, car les indigènes furent aussi demandeurs de santé et de soin, captivés par les guérisons consécutives aux injections intraveineuses.

Le problème n’est pas de savoir si la médecine coloniale a amélioré la vie des populations locales – car au bilan, dit Vincent Duclos, ce fut sûrement le cas – mais d’examiner comment, à l’occasion de cette expérience de la Lomidine, « la bêtise [fut] érigée en système, c’est-à-dire […] en processus enthousiastes d’auto-validation ». Malgré les constats d’échecs et les nombreuses morts consécutives aux injections, la confiance ce médicament ne fut pas ébranlée, et l’expérience fut poursuivie… Au milieu des années 1950, le gouvernement français organisait des tournées annuelles de vaccinations dans les régions sous tutelle. Pour se faire une idée des opérations, projetons-nous le 12 novembre 1954 dans le village de Gribi, à l’est du Cameroun. En deux jours, les quatre infirmiers envoyés par le Service d’hygiène mobile et de prophylaxie (créé en 1927) recensèrent, examinèrent et « lomidinisèrent » plus d’un millier de personnes, avant de quitter Gribi pour répéter l’opération dans un autre village, 30 kilomètres plus loin.

Un médicament dangereux 

Le produit a été découvert par les laboratoires de Rhône-Poulenc, synthétisé en 1938 en Angleterre, puis enregistré en 1950 sous forme de « mésylate de pentamidine ». Son activité contre le trypanosome a été vite reconnue. Le premier essai préventif contre le parasite eut lieu en 1942. Les résultats prometteurs de cette première injection conduisirent à son utilisation à grande échelle en Afrique équatoriale française. Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1960, 12 ou 13 000 injections furent réalisées.

Voici ce qu’on pouvait lire dans le journal Le Monde en octobre 1950 : « Ce produit fut employé sur une vaste échelle à partir de 1946, année qui marque le début de la régression accélérée de la trypanosomiase. On se rendit en effet rapidement compte que la Lomidine avait non seulement un effet curatif mais aussi préventif. L’injection faite par Ia voie intramusculaire d’une solution de lomidine proportionnelle au poids de chaque sujet ne donne lieu qu’à de rares réactions ; l’immunité dure environ six mois. Mais, comme pour toutes les méthodes d’application récentes, un recul s’impose pour juger impartialement de l’efficacité définitive des diamines ».

Ces mots furent écrits avant l’année 1954, au cours de laquelle les morts et accidents consécutifs aux injections furent les plus nombreux, notamment dans la région camerounaise de Yokadouma, autour de Gribi (Guillaume Lachenal). Souvent, les morts faisaient suite à une hypoglycémie brutale, à une crise cardiaque ou à une gangrène gazeuse (dont l’occurrence s’explique par l’infection bactérienne de l’eau utilisée pour mélanger la poudre de Lomidine à injecter).

Aujourd’hui encore, les médecins coloniaux font l’objet de dénonciations comme d’hommages.

Le « recul » dont parlait le journal Le Monde en 1950, l’Académie nationale de médecine en dispose soixante-quatre ans plus tard. Dans un communiqué de presse de 2014, elle annonce vouloir « rétablir la vérité scientifique ». L’Académie commence par rappeler que la Lomidine n’est pas un vaccin mais « un médicament antiparasitaire développé dans les années 1940, utilisé encore aujourd’hui […]. La trypanosomiase humaine africaine est une parasitose difficile à traiter, mais son évolution est toujours fatale sans traitement. C’est pourquoi la Lomidine a été utilisée […] à titre protecteur ou préventif contre cette maladie transmissible, à partir de 1946 à Nola (RCA), puis au Congo, au Gabon et au Cameroun […] Les campagnes de lomidinisation menées à partir des années 1950 ont joué un rôle majeur dans le recul spectaculaire de la maladie du sommeil ». L’Académie de médecine ne passe pas sous silence les infections consécutives aux injections. Mais elle souligne que ces infections « témoignent des difficultés à appliquer les bonnes pratiques d’hygiène sur le terrain » et que « de tels incidents n’avaient rien d’exceptionnel ».  C’est pourquoi l’Académie « ne saurait laisser ainsi dénigrer la mémoire de ces hommes qui choisirent, le plus souvent par idéal humanitaire, de s’exiler à des milliers de kilomètres de chez eux, et qui bravèrent les fièvres et les épidémies, souvent au péril de leur vie, pour soigner et faire progresser la médecine. L’Académie de médecine exprime publiquement son indignation devant une instrumentalisation de l’histoire qui ne saurait effacer une des périodes de l’histoire de la médecine où la France s’est particulièrement illustrée par les soins prodigués sur le terrain, la prévention des épidémies et d’aussi grandes découvertes que celle du parasite du paludisme par Laveran et du bacille de la peste par Yersin ».

Des chiffres ? 

Ces considérations sont peut-être intéressantes, me direz-vous, mais que valent-elles sans chiffres pour les appuyer ? C’est bien là le problème : d’un côté, la diminution du nombre de cas de maladie du sommeil en Afrique équatoriale française au cours des années 1950 et 1960 atteste de l’éradication du parasite. Mais de l’autre côté, on a peine à connaître le nombre de morts causées par la Lomidine. Ce décalage signifie-t-il qu’on a choisi de mettre en avant un phénomène plutôt que l’autre (l’efficacité au détriment de la létalité) ? Ou signifie-t-il simplement que les données ont été mal conservées et transmises ? Nous disposons de témoignages à propos de cas individuels :  les médecins coloniaux, influencés par la médecine « vue d’en bas » née au XVIIIème siècle (c’est-à-dire la médecine qui part du patient et de ses symptômes plutôt que de théories construites a priori), se sont appliqués à décrire les complications post-injections ou les étapes qui ont conduit à la mort. Mais ces apports qualitatifs et descriptifs ne sont pas contrebalancés par des chiffres purs et durs, qui donneraient une idée de la proportion nombre d’injections/nombre de morts. Les travaux comme ceux de Guillaume Lachenal ouvrent la voie, posent des hypothèses et se risquent à un recensement fondé sur les éléments dont on dispose, comme les documents d’archives ou les évolutions démographiques.

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Service d’hygiène mobile et de prophylaxie. Groupe mobile. Microscopistes, Cameroun, 1951.

Finalement, l’histoire de la Lomidine, c’est l’histoire d’un médicament, d’une marchandise, d’un objet d’expertise, de croyances, de défis et de controverses. C’est aussi celle « de l’impuissance, de l’hubris et de l’irrationalité constitutives du gouvernement colonial » (Guillaume Lachenal, 2014).

Chez GEM ONU, nous continuons de publier des articles (car c’est important) depuis chez nous (car c’est encore plus important). On vous encourage à rester (chez vous) curieux, critiques, renseignés et responsables. Prenez soin de vous.

 

 

Vaccination against colonialism  

A few days ago, the French television channel TF1 broadcast on the news a report about the fight against the coronavirus epidemic in Spain, in which a fireman, member of a disinfectant brigade, declared: “We didn’t imagine that could be happen in Europe… It’s like being in Africa”.  

 But Africa is not the ultimate representant of everything that goes wrong.  

Africa like a foil, a scarecrow whose clothes have the colour and the material of misery. On the other hand, Africa is increasingly described as the continent of the future, with enormous challenges, but an amazing potential. It is in this potential that the leaders of the African Continental Free Trade Area believe, which has since 2020 a chief negotiator and a precise schedule.  

All this to say that Africa is not all pink, not all black. There are beautiful yellow hues of savannah, the blue of the coasts and rivers, the green of the tropical forests, the grey of the concrete cities and industrialization, the white of heavenly beaches. But in this colour chart, areas of darkness remain. In particular, the black of often ignored (fortunately less and less) periods.   

Lomidine: the drug which were meant to save Africa  

One of these periods is described by Guillaume Lachenal in his book Le medicament qui devait sauver l’Afrique (The drug which had to save Africa). This science historian shed light on a vaccination campaign made on a large scale during the colonial period. Between the 1940’s and the independences, the French government administered more than 10 000 preventive injections of pentamidine (commercialized in France as Lomidine) to eradicate the human African trypanosomiasis, known as the sleeping sickness 

 

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This vaccination was risky and painful, and the persons of the colonial medicine knew that. For that, it is interesting (staggering?) to notice that in spite of the presence of European settlers, only the indigenous were used in order to experiment pentamidine. Vincent Duclos, doctor of anthropology and specialist of the medical intervention in the era of the numerical globalization, talks about the colonial medicine as a racialized medicine. For him, “it’s as an “African” that the person is excluded from the field of the medical scrutiny. It’s in light of such an exclusion that we have to understand the lack of importance given to the question of the effects, positive or not.” African and European were considered as two different “objects”. The African as a portion of the mass, the European as an individual. This difference explains the coexistence of “two different kinds of intervention: prevention or therapy”. In other words, the European was treated with Lomidine only if he was sick, so, if the treatment was needed. 

Now, let’s focus on the motivations of this campaign, and more generally, of the colonial medicine.   

Several works talk about these motivations, more or less nuanced. Amid the authors who blindly defend the entire colonial action and those who demonize it, more objective opinions exist… or at least, more prudent. Olivier Faure is one of these careful writers. This specialist of the history of the contemporise medicine in Europe reminds that amid the assumptions made, none of them explains alone the ambition which could have underpinned the colonial medicine.   

Under the influence of the historiographic tradition – Anglo-Saxon in particular – a lot of people are still blaming the missionaries-caregivers (the same who created the figure of the White Father doctor, like Father Goarnisson in Upper-Volta) for having cared the indigenous only “to increase their number and improve their productive qualities in the service of colonialism and to protect the Europeans from the contamination (Olivier Faure, 2012). The historian is hit by “the relationship between the issues in Europe in the 19th century, and in the colonies, a century later.” Of course, the medical and hygienist campaigns used in Europe in the 19th century aimed, like the African campaigns, to redress the demography and to increase the quantity and the quality of the future soldiers and producers in the service of the capitalist economy and imperial States. But as claims Olivier Faure, no European campaign forced people to do health chores, like in Africa. In spite of this more aggressive action, there is still no real border between a “good” selfless medicine, and a “wrong” medicine, in the service of capitalism’s interests. Olivier Faure reminds that “the real medicine, the one which existed, was a little of both”.

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1927 : medical mission of the colonial administration in a village in Cameroon (Vincent Duclos, 2015)

We can also remind the coexistence, or the alternance of several attitudes amid the colonized people.  

Anne Cornet, specialist of the Belgian colonial history, talks about the open (or even armed) resistances, but highlights that the passive resistance was probably the most frequent. The missionaries understood quickly that their numerical inferiority stop them from imposing by force their will to play doctors. Cardinal Laviegerie, who founded the Society of the missionaries of Africa in the years 1880 explained that for success in civilising mission, it was above all necessary to be trusted by the indigenous. To coax the souls to be converted, “sensitive and material benefits were necessary”. Amid these benefits, medicine and drugs, which had already shown their efficiency against severe diseases. This strategy, which could almost be considered as blackmail, explains why the colonial doctors of Rwanda, for instance, chose to fight primarily “the more visible diseases, for which we could propose quick recoveries, at least in appearance” (Anne Cornet, 2014). Methods borrowed to the traditional therapeutic or the ritualization of the treatments were essential elements to finally win the support.  

This view of things has to be balanced, because the indigenous also called for health and care, captivated by the healing resulting from intravenous injections.  

The problem is not whether the colonial improve the life conditions of the indigenous or not – according to Vincent Duclos, it is probably the case – but to examine how, during this experience of Lomidine, “stupidity was erected in system that means (…) in enthusiastic processes of self-validating”. In spite of the admissions of failure and the numerous deaths resulting from intravenous injections, they still trusted this drug and the experience lasted. In the middle of the 1950s, the French government organized every year vaccination campaigns in the areas under guardianship. For instance, in 1954, at Gribi, in the East of Cameroon. Over two days, 4 nurses from the Mobile Hygiene and Prophylaxis Service (created in 1927) identified, examined and inoculated more than one thousand persons, before living Gribi to repeat the operation on another town, 30 kilometres further.  

A dangerous drug   

The product was found by the laboratories of Rhône-Poulenc, synthetized in 1938 in England and registered in 1950 in the form of pentamidine mesylate. Its activity against the trypanosome was quickly noticed. The first preventive test against the parasite took place in 1942. The promising results of this first injection led to its use on a large scale in French Equatorial AfricaBetween the end of the Second World War and the 1960s, 12 at 13 000 injections were achieved.  

Here is what was written in the newspaper Le Monde in October 1950: “This product was used on a large scale from 1946, a year which marks the beginning of the accelerated regression of the trypanosomiasis. Indeed, they quickly understood that the Lomidine had not only a curative effect but also a preventive effect. This injection by intramuscular of a Lomidine solution proportional to the weight of each person generates only few reactions: the immunity lasts about 6 months. But as with all methods with recent applications, kicking back is necessary to judge impartially the final efficiency of the diamines”.   

That was written before 1954, a year during which the deaths and accidents consecutives to injections were more numerous, in particular near to Gribi, Cameroon (Guillaume Lachenal). A brutal hypoglycaemia, a heart attack or a gas gangrene (because of the contamined water used to mix the powder of Lomidine to be injected) were often the causes of the deaths.   

Nowadays, colonial doctors are still both acclaimed and denounced 

The newspaper Le Monde told about “kicking back” in 1950. The National Academy of Medicine can do it, sixty years later. In 2014, in a communique, it announces that it wants to “establish the scientific truth”. The Academy starts reminding that the Lomidine is not a vaccine but an “antiparasitic drug developed in the forties, still used today (…) The human African trypanosomiasis is a parasitosis difficult to treat, but its evolution is always a disaster without treatment. That is why the Lomidine was used (…) to protect or to prevent against this transmissible disease, from 1946 in Nola (Central African Republic) then in Congo, Gabon and Cameroon. The campaign of Lomidine led from the 1950s played a big role in the spectacular retreat of the sleeping sickness. The Academy does not ignore the infections resulting from injections. But it highlights that these infections “attest to the difficulties to apply the good practices in the field” and that “such accidents were not exceptional”. That is why the Academy “cannot let some people denigrate the memory of these man who chose, mostly by humanitarian ideal, to go into exile thousands of miles from home and who braved the fevers and the epidemics, often risking their lives, to cure and to move forward medicine. The Academy publicly claims its indignation in front of an instrumentalization of history which will not erase one of the periods in where the French medicine was very present, by care in the field, prevention of epidemics and big discoveries as the one of the malaria’s parasitic by Laveran and the one of the plague’s bacillus by Yersin.” 

Some figures?   

That it may be interesting, but what exactly is their value without figures to support them? Here is the problem: on the one hand, the diminution of the number of sleeping sickness cases in French Equatorial Africa during the 1950s and 1960s certifies the eradication of the parasitic. But on the other hand, there is no real figure of the number of deaths caused by the Lomidine? Does this mean that they choose to highlight a phenomenon (the efficiency) and not another (the lethality)? Or does this simply mean that the data were poorly preserved and transmitted? We have testimonies about individual cases: the colonial doctors, influenced by the medicine “seen from below” born in the 18th century (in other words the medicine which starts from the subject and its symptoms and not from preconceived theories) described the post-injections complications, or else the steps which led to death. But these descriptive and qualitative contributions are not counterbalanced by real figures which could give an idea of the proportion injection/death. Works like those of Guillaume Lachenal pave the way, make assumptions and dares to census founded on date we have, like the archival documents or the demographic trends.  

lomidineMobile hygiene and prophylaxis service. Mobile unit. Microscopists, Cameroon, 1951.

Finally, the Lomidine story is the story of a drug, a merchandise, a subject of expertise, of beliefs, of challenges and of controversies. That is also the story of “impotence, hubris, and of the constitutive irrationalities of the colonial government”. (Guillaume Lachenal, 2014).  

GEM ONU continues to publish articles (because it is important) from home (because it is even more important). We encourage you to stay (at home) curious, critical, informed and responsible. Take care of you.  

 

Sources: 

Académie nationale de médecine, « Un vaccin dangereux a-t-il été administré à des Africains par les médecins coloniaux français entre 1948 et 1960 ? A-t-on délibérément caché un « scandale pharmaceutique aux colonies ? », Communiqué de presse du 12 novembre 2014, , URL : http://www.academie-medecine.fr/communique-de-presse-du-12-novembre-2014-un-vaccin-dangereux-a-t-il-ete-administre-a-des-africains-par-les-medecins-coloniaux-francais-entre-1948-et-1960-a-t-on-deliberement-cache-un-scanda/

Jean-Pierre CHRÉTIEN, « Anne Cornet, Politiques de santé et contrôle social au Rwanda. 1920-1940 », Afrique contemporaine, 2011/4 (n° 240), p. 159-161. DOI : 10.3917/afco.240.0159. URL : https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2011-4-page-159.htm

Vincent DUCLOS, « Le médicament qui devait sauver l’Afrique : un scandale pharmaceutique aux colonies. Paris, La Découverte, 2014, 282 pages. », Critique internationale, 2015/2 (N° 67), p. 183-186. DOI : 10.3917/crii.067.0183. URL : https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2015-2-page-183.htm

Olivier FAURE, « Missions religieuses, missions médicales et « mission civilisatrice » (xixe et xxe s.) : un regard décalé », Histoire et missions chrétiennes, 2012/1 (n° 21), p. 5-18. DOI : 10.3917/hmc.021.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-monde-et-cultures-religieuses1-2012-1-page-5.htm

Guillaume LACHENAL, Le médicament qui devait sauver l’Afrique. Un scandale pharmaceutique aux colonies. La Découverte, « Les Empêcheurs de penser en rond », 2014, 240 pages. ISBN : 9782359250879. DOI : 10.3917/dec.lache.2014.01. URL : https://www.cairn.info/le-medicament-qui-devait-sauver-l-afrique–9782359250879.htm

Guillaume LACHENAL, « Quand la médecine coloniale laisse des traces », Les Tribunes de la santé, 2011/4 (n° 33), p. 59-66. DOI: 10.3917/seve.033.0059. URL: https://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante1-2011-4-page-59.htm

Jean-Baptiste NZOGUÈ, « Hygiène et ville coloniale du Cameroun français (1916-1960) : enjeux et paradoxes d’une acculturation », Université de Douala, 11 avril 2013, URL : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2013/04/13/26915937.html

« La mouche tsé-tsé sera-t-elle neutralisée par la Lomidine ? », Le Monde, 4 octobre 1950, URL: https://www.lemonde.fr/archives/article/1950/10/04/la-mouche-tse-tse-sera-t-elle-neutralisee-par-la-lomidine_2049865_1819218.html

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