Yémen: 5 ans de crise

Auteur et traducteur: Charles Motais

English version below 

 

     Cela fait 5 ans exactement que la guerre menée par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis contre les rebelles Houthis sévit dans un pays ravagé par la famine et la précarité. En effet, le 26 mars 2015, jour symbolique de la fuite du président yéménite Abd Rabbu Mansour Hadi, marque l’escalade des tensions entre deux camps idéologiques que tout oppose le bloc sunnite et le bloc chiite. Durant ces 5 ans, les deux adversaires se sont enlisés dans une guerre de position qui a entrainé la plus grave crise humanitaire que le 21ème siècle a connu.

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Paysage au nord du Yémen dévasté par la guerre 

En lançant en mars 2015 une opération armée financée à coups de milliards de dollars, Ryad s’attendait à une victoire rapide pour chasser les rebelles Houthis de Sanaa et rétablir l’autorité du gouvernement yéménite. Cependant, ce conflit sans issu a valu à Mohammad Bin Salman de nombreuses critiques aux vues des conséquences humanitaires : le pays compte un million de cas de choléra, plus de 7 millions de personnes menacées de famine et 80% de la population a besoin d’assistance humanitaire. Par ailleurs, l’économie du pays reste paralysée par la guerre : l’inflation a grimpé à 41,8% en 2019 et le PIB a diminué en 2018 de 3%. Le retrait des troupes émiraties suite aux crimes humanitaires commis reflète l’effervescence actuelle du monde arabe et l’échec d’une stratégie militaire coûteuse et clausewitzienne face aux rebelles Houthis.

     De plus, au cœur de cette guerre civile, divers crimes envers la population yéménite, démunie de tout, ravagent encore le pays : les enfants notamment deviennent à fortiori des acteurs et des victimes collatérales de ce conflit sanglant. En effet, dans les deux camps, moult enfants sont enrôlés ou incités par leurs proches à prendre les armes. UNICEF a rapporté en mars 2019 que les mineurs yéménites représentent approximativement un tiers de toutes les troupes. De surcroit, l’effondrement de l’administration civile a exacerbé la situation : dans plusieurs régions du pays, particulièrement dans le Nord, des écoles ont fermé par faute de moyens. En effet, ce phénomène ubiquitaire inquiète les ONGs et les Nations Unies d’autant plus que ces enfants qui n’ont rien d’autre à faire se voient contraints d’accepter des offres alléchantes (en moyenne 300$ par mois) afin de subvenir aux besoins de leur famille. Une majorité des enfants visés par ce renforcement provient de régions rurales (les plus pauvres), là où la famine bat son plein. En effet, ces enfants soldats apprennent à manier des kalachnikovs acheminées depuis les bastions du Hezbollah en Iran et servent de couverture contre l’ennemi en tirant aléatoirement.

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Rebel Houthis au milieu d’un “no man’s land” non-loin de Hodeidah     

Par ailleurs, les perspectives économiques et sociales du pays sont telles que de nombreuses familles se tournent désormais vers un nouveau commerce illégal dans lequel les enfants jouent une part considérable. Le khat, arbuste local qui provoque des effets stimulants et euphorisants, s’est démocratisé dans le pays depuis que la guerre a paralysé toute activité commerciale. En effet, des centaines d’enfants passent en contrebande cette drogue vers l’Arabie Saoudite en creusant des tunnels souterrains. Cette pratique, sans doute risquée et périlleuse, est néanmoins rapide (pas plus de cinq heures) et très rentable (environ 400$ par mission). Toutefois, des scandales ont éclaté en Arabie Saoudite autour du commerce de la feuille narcotique : à plusieurs reprises, des membres de la garde-frontière saoudienne ont abusé sexuellement de ces enfants tentant de traverser la frontière. De nombreux contempteurs de cette pratique expliquent que ces gardes-frontière traquent les enfants qui transportent plusieurs kilogrammes de khat sec et moulu, les arrêtent et les violent systématiquement. Le psychiatre yéménite Bushra al Qaddasi, dénonce dans ses rapports à l’ONU les conséquences psychologiques de ces agressions. En effet, aucune loi ne protège ces victimes car ils transportent des substances illégales. Ainsi, en sortant des cyniques prisons saoudiennes ces derniers ne bénéficient d’aucun suivi psychologique…

     Aujourd’hui, le COVID-19 a cristallisé les conflits au Yémen suite à un appel des Nations Unies à un cessez-le-feu dans les régions les plus dévastés afin de protéger les plus vulnérables et limiter la propagation du virus. Le Yémen ne compte actuellement aucun cas de corona virus détecté. Toutefois, les conséquences de cette pandémie pourraient vite s’ajouter à tous les maux de ce peuple meurtri, qui en appelle désespérément au soutien de la communauté internationale.

Yemen : 5 years of crisis

 

It has been exactly 5 years since the war broke out between the Saudi-led coalition and the Houthis rebels in a country devastated by starvation and extreme poverty. Indeed, the 26th of March 2015, symbolic day of the escape of the Yemeni president Abd Rabbu Mansour Hadi, marks the escalation of tensions between two ideological sides which everything opposes: the Sunni bloc and Shia bloc. During those 5 years, both enemies bogged down in a war of positions which led to the worst humanitarian crisis the 21st century has ever known.

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Landscape ruined by the war in Northern Yemen 

By launching in March 2015 an armed operation costing billions of dollars, Riyad was expecting a rapid victory in order to oust the Houthis rebels from Sanaa and reestablish the Yemeni authority in office. Nevertheless, this hopeless conflict has spawned many critics to Mohammad Bin Salman considering the humanitarian consequences: the country counts a million cases of cholera, more than 7 million inhabitants threatened of starvation and 80% of the population needs humanitarian assistance. Furthermore, the country’s economy remains paralyzed by the war: inflation has soared to 41.8% in 2019 and the GDP has dropped in 2018 by 3%. The retreat of Emirati troops following the war crimes perpetrated reflects the ongoing effervescence of the Arab world and the failure of a costly and clausewitzian military strategy against the Houthis rebels.

Moreover, in the midst of this civil war, divers’ crimes toward the Yemeni population are wrecking the country: children in particular become a fortiori actors and collateral victims of this bloody conflict. Indeed, colossal numbers of children are enrolled in the army or urged by their family members to take to the streets and fight. UNICEF has concluded in March 2019 that Yemeni minors represent approximately a third of all fighters. In addition, the collapse of the civil administration has exacerbated the situation: in several regions of the country, particularly in the North, schools have closed due to a lack of funds. Indeed, this ubiquitous phenomenon worries NGOs and the United Nations all the more so as these children have no other choice but to accept attracting offers (300$ a month in average) to support their families. A majority of children targeted by this reinforcement come from rural regions, where famine remains in full swing. Indeed, this child soldiers learn to handle Kalashnikovs forwarded from Hezbollah strongholds in Iran and these same children serve as cover against the enemy by shooting randomly.

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Houthis rebels in the middle of a “no man’s land” close to Hodeidah 

Furthermore, the economic and social perspectives of the country are so hopeless that families turn to a new illegal trade in which children play a considerable role once again. Khat, a local shrub which causes stimulating effects along with euphoria, has started to democratize itself since the war has paralyzed all trading activities. Hundreds of children smuggle this drug to Saudi Arabia by digging tunnels. This activity, undoubtedly risk and perilous, is nevertheless rapid (no more than five hours) and very profitable (400$ per mission in average). However, scandals have sparked in Saudi Arabia regarding this Khat trade: several times, border guards have sexually abused of these children trying to cross the border. Many despisers of this activity explain that border guards track the children that transport several kilograms of the ground and dry Khat, arrest them and rape them systematically. The Yemeni psychiatrist Bushra al Qaddasi, denounces in his reports to the UN the psychological consequences of these aggressions. Indeed, no law protects these victims given that they transport illegal substances. Consequently, when leaving the cynical Saudi prisons, the latter don’t benefit from any psychological follow-up.

Nowadays, the COVID-19 has crystallized conflicts in Yemen following a call from the United Nations for ceasefire in the most wrecked regions in order to protect the most vulnerable and limit the progression of the virus. Yemen does not count any cases of corona virus. Nevertheless, the consequences of this pandemic could quickly add up to all the sorrows of this hurt population, who desperately yearn for an international staunch support.

Sources:

On 5th anniversary of Yemen war, hostilities suspended to prepare for Covid-19

http://www.rfi.fr/en/middle-east/20200326-on-5th-anniversary-of-yemen-war-hostilities-suspended-to-prepare-for-covid-19

Cinq ans après, l’Arabie saoudite piégée dans le bourbier yéménite

https://www.courrierinternational.com/depeche/cinq-ans-apres-larabie-saoudite-piegee-dans-le-bourbier-yemenite.afp.com.20200325.doc.1q52mr.xml

After five years of war in Yemen, battles continue to rage

https://www.aljazeera.com/news/2020/03/years-war-yemen-battles-continue-rage-200325065948859.html

US cuts millions in aid to Houthi-run Yemen despite looming coronavirus crisis

https://www.middleeasteye.net/news/us-cuts-aid-houthi-run-yemen-looming-coronavirus-pandemic

Yemen in crisis: Road to war – Helen Lackner

Guerre au Yémen : vers une solution politique ? – France Culture Podcast

 

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