Coronavirus: santé publique et répercussions économiques

Auteur et traducteur : Ghali Mekouar

English version below 

 

Coronavirus ou CoV est le nom donné à un genre de virus découvert dans les années 1960. Ces groupes ont normalement un hôte animal, spécifiquement les vertébrés volants à sang chaud comme la chauve-souris ou autres oiseaux en tous genres. Comme tout virus, ceux appartenant au groupe de coronavirus peuvent muter et ainsi toucher un spectre plus large d’espèces hôtes. C’était le cas en 2002, avec les graves épidémies de SRAS, puis à nouveau en 2012 suite à la découverte du coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, et c’est encore le cas aujourd’hui avec la pandémie du Covid-19. Nous l’avons vu, les différents États du monde n’étaient pas préparés à une « guerre sanitaire » de ce genre et les conséquences se font de plus en plus graves, qu’elles soient économiques, politiques ou humaines. Face à un danger si pressant, les gouvernements ont adopté des mesures des plus drastiques et tentent tant bien que mal de contenir la pandémie, laissant derrière elle un nombre de victimes de plus en plus grand. Confinement total et « Etat d’alarme » pour les pays les plus touchés, d’autres ont eu une approche différente et ont choisi d’utiliser des procédés moins stricts comme la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas. Alors que la pandémie s’étend chaque jour un peu plus, ses impacts sur le quotidien de millions de personnes sont immenses. Certains des plus grands épidémiologistes évoquent des scénarios terribles, mais la durée de la crise que nous traversons reste impossible à déterminer. Mais quelles sont les réponses apportées en matière de santé publique ? Quelles sont les répercussions économiques ?

 

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Fabrication des kits de détection du Covid-19

 

La pandémie de Covid-19 a changé la planète entière avec près de 163 pays touchés et des morts par dizaines de milliers. En quelques semaines, elle a modifié le rythme de nos journées, nos habitudes, nos vies. Nous entrons dans une période qui pourrait bien ressembler à un temps de guerre. Après plusieurs mois de confinement, la Chine voit son nombre de nouveaux cas diminuer. L’Europe, quant à elle, devient le continent le plus exposé. Les chiffres sont pour le moins choquants. En Italie, où des mesures exceptionnelles ont été prises, le pays compte plus de 7 000 décès pour un total de 70 000 cas. Certains experts assurent que ces chiffres sont encore bien loin de la réalité. Selon l’OMS, la période d’incubation est en moyenne de 14 jours, alors une personne contaminée par le virus ne peut être comptabilisée et soignée que des semaines après le début de l’infection. C’est dans cette optique que les pays européens ont adopté ces mesures. Pour endiguer sa propagation, l’Espagne a imposé une interdiction totale à ses citoyens de sortir, qu’elle qu’en soit la raison. En France, une limite de déplacement a également été décidée et les Français doivent ainsi se munir d’une attestation de déplacement afin de justifier leurs sorties, mesure cadrée par un confinement de 14 jours qui se verra sans aucun doute encore rallongé.

 

Mesures exceptionnelles ? Pas pour tout le monde.

Les gouvernements britanniques et néerlandais ont décidé de prendre des positions moins urgentes face au coronavirus. Leur approche se base sur le principe de « l’immunité collective ». Le fondement est simple et a été très efficace dans le traitement de la grippe H1N1. Quand un citoyen est infecté par le virus, s’il est jeune et en parfaite santé, il se peut que ce dernier soit porteur sain du virus. Ainsi, bien que contaminé, aucun symptôme n’apparaît et il ne rencontre aucune difficulté. La présence du virus dans son corps entraîne, cependant, la production d’anticorps nécessaires à l’éradication du virus par le système immunitaire.  L’immunité collective se base sur ce principe-là. Si 60% des citoyens développent ces anticorps, alors le virus n’aura plus d’hôte et finira par disparaître seul. Les 60% agiront dès lors comme une barrière pour protéger les 40% restants. Bien entendu, en vue de son intense propagation, beaucoup ont critiqué la manière de ces pays à gérer la situation et le gouvernement britannique a fini par revoir ses positions en ordonnant la fermeture des pubs, restaurants, cinémas et théâtres. Depuis le 23 mars, le confinement a finalement été annoncé, mais de nombreux britanniques sortent encore de chez eux à cause du manque de sanctions strictes Au Maroc, bien que très peu touché, de rapides mesures ont été prises pour empêcher l’épidémie sur le territoire. Après la fermeture de ses frontières, le gouvernement a demandé la présence des militaires dans les rues. Avec 1640 lits de réanimation, le pays ne peut pas se permettre de laisser le virus se propager plus longtemps.

En Russie, le gouvernement affirme maîtriser le risque sanitaire, mais qu’en est-il vraiment ? Le 22 mars dernier, la Russie a envoyé à Rome, par le biais de 9 avions, une équipe d’une centaine de personnes composée de médecins militaires, de virologues et épidémiologistes. Au-delà des apparences, le geste du Kremlin n’est peut-être pas si désintéressé. Et si cette aide n’était que le reflet de la préoccupation du président Poutine sur la situation de son pays. Depuis quelques années, le gouvernement russe n’a cessé de couper les budgets liés à la santé. Ainsi, quand il y avait près de 10 hôpitaux dédiés aux maladies infectieuses à Moscou, il n’en reste plus que 2 aujourd’hui. Le personnel soignant manque d’équipements et beaucoup doutent de la fiabilité du système. Les autorités ont annoncé 300 contaminés sur les 145 millions d’habitants. Un chiffre ridiculement bas compte tenu de sa position géographique et de la situation des autres pays voisins.

 

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Les 20 pays avec le plus grand nombre de personnes infectées au 25 mars 2020

 

Des réponses économiques “sans précédent”

Les conséquences ne sont pas seulement humaines. Tour à tour, les gouvernements annoncent des plans de soutien à leur économie. Aides directes aux entreprises, reports des paiements fiscaux mais surtout baisse des taux d’intérêts directeurs et garantie d’emprunts pour stimuler le système bancaire et les investissements. L’idée étant de protéger les revenus des ménages et les investisseurs en leur montrant que tout le fardeau financier de la crise du coronavirus ne pèsera pas sur les entreprises, quitte à creuser les déficits. La réalité est malheureusement toute autre. Le virus menace les compagnies aériennes de faillite, d’ailleurs beaucoup d’entre elles prévoient des suppressions d’emplois à grande échelle. La bourse dégringole et les cours qui lui sont liés ont atteint des points semblables à ceux vus pendant la crise des subprimes en 2008. Pour certains experts, les opérateurs devraient aller jusqu’à fermer les Bourses dans l’optique de ramener le calme sur les marchés. Bonne ou mauvaise idée, les avis diffèrent. En tous cas, il a fallu moins d’un mois pour que la finance mondiale déraille et pour que le commerce international se grippe.

Ce chamboulement planétaire a vu naître des mouvements d’aide aux États comme rarement on en a vu. Paradoxalement, malgré un repli sur eux-mêmes, les pays européens et les institutions qui la composent n’hésitent pas à utiliser tous les moyens disponibles pour se protéger mutuellement. Ainsi, l’UE a pris « une décision sans précédent ». Ces mêmes 27 pays qui ont prouvé leur désaccord par des choix politiques contradictoires ces dernières années, ont décidé à l’unanimité la suspension des règles de discipline budgétaire. Ces règles imposent aux pays européens que leur déficit public reste inférieur à 3% du PIB et leur endettement à 60% du PIB. La suspension de ces règles a été instaurée en 2011, afin de lutter contre la crise de la dette de la zone euro, mais n’avait jusqu’à présent encore jamais été appliquée. Aujourd’hui, Bruxelles a déclenché la clause dérogatoire générale, levant temporairement cette règle et permettant dès lors aux pays membres d’injecter dans leur économie les dépenses qu’ils jugeront nécessaires. La BCE a également décidé de franchir le pas en prenant une décision historique. En faisant « tourner la planche à billets », elle débloque ainsi 750 milliards d’euros, répartis sur les neuf derniers mois de l’année, pour amortir les répercussions liées à la pandémie de Covid-19 dans la zone euro. Elle rachètera des dettes d’entreprises et des obligations d’État « aussi longtemps que cela sera nécessaire ». La relance prévue par la BCE est aujourd’hui supérieure à celle de la FED qui a annoncé l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésors et 200 milliards de dollars de titres hypothécaires.

 

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Ursula von der Leyen et Charles Michel, le 27 mars, à l’issue de la visioconférence des Vingt Sept sur le coronavirus.

 

Ainsi, les conséquences de cette crise sanitaire se font de plus en plus ressentir et sont de plus en plus intenses. Des plans de relance économique, de soutien monétaire et de riposte financière sont en cours et de nouveaux arrangements seront très prochainement pris par les différents Etats. Cependant, les répercussions humaines et psychologiques sont lourdes.

 

 

 

 

Coronavirus : Public health and economic responses

 

Coronavirus or CoV is the name given to a genus of virus discovered in the 1960s. These groups have an animal host, warm-blooded flying vertebrates more specifically such as bats or other birds of all kinds. Like all viruses, those belonging to the coronavirus group can mutate and thus affect a wider spectrum of host species. This was the case in 2002, with the severe SARS epidemics, and again in 2012, following the discovery of the coronavirus of the Middle East respiratory syndrome. It is still the case today with the Covid-19 pandemic. As we have seen, the various states were not at all prepared for a “health war” of this kind and the consequences are becoming increasingly serious, whether economic, political or human. In the face of such a pressing danger, governments have adopted the most drastic measures and are trying as best they can to contain the pandemic, leaving more and more victims behind. Total containment and a “state of alarm” for the countries most affected, others have taken a different approach and have chosen to use milder methods, as in Great Britain or in Netherlands. While the coronavirus crisis is spreading a little bit more each day, its impact on the daily lives of millions of people is immense.  Some of the most renowned experts discuss worst-case scenarios, but the length of the crisis we are going through is still undetermined. What are the public health responses? What are the economic implications?

 

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Manufacturing of Covid-19 detection kits19

 

            The Covid-19 pandemic changed the entire planet with nearly 163 countries affected and tens of thousands of deaths. In just a few weeks, it changed the rhythm of our days, our habits, our lives. We are entering a period that may well resemble a time of war. Today, more or less contained within China, Europe is the continent most at risk. The figures are shocking to say the least. In Italy, where exceptional measures have been taken, there are more than 7 000 deaths for a total of 70 000 cases. Some experts say that these figures are still far from reality. According to the WHO, the average incubation time is 14 days, thus a person infected with the virus can only be counted and treated weeks after the infection has started. It is with this in mind that European countries have adopted these measures. In order to contain its spread, Spain has imposed a total ban on its citizens from going out, for whatever reason. In France, a travel limit has also been decided and French citizens must therefore obtain a travel certificate to justify their outings, a measure framed by a 14-day confinement which will no doubt be extended further.

 

Exceptional measures? Not for everyone.

The British and Dutch governments have decided to take a less urgent stance on the coronavirus. Their approach is based on the principle of “herd immunity”. The basis is simple and has been very effective in the treatment of H1N1. When a citizen is infected with the virus, if he or she is young and in perfect health, he or she may be a healthy carrier of the virus. Thus, although infected, he or she does not have any symptoms and does not experience any difficulties. The presence of the virus in his/her body, trigger the production of the antibodies necessary to eradicate the virus. Collective immunity is based on this principle. If 60% of citizens develop these antibodies, then the virus will no longer have a host and will eventually disappear on its own. The 60% will then act as a barrier to protect the remaining 40%. Of course, in view of its intense spread, many have criticized the way in which these countries have dealt with the situation and the British Government has ended up reviewing its position by ordering the closure of pubs, restaurants, cinemas and theatres. In Morocco, although very little was affected, rapid measures were taken to prevent the epidemic in the territory. Closure of its borders, military present in the streets, the government did not go to any lengths. With 1640 resuscitation beds, the country cannot afford to let the virus spread any longer.

In Russia, the government claims to have the health risk under control, but what is the reality? On March 22, 2020, Russia sent a team of about 100 military doctors, virologists and epidemiologists to Rome by means of 9 planes. Beyond appearances, the Kremlin’s gesture may not be so disinterested. What if this aid was merely a reflection of President Putin’s concern about the situation in his country? For some years now, the Russian government has been constantly cutting health budgets. Thus, when there were nearly 10 hospitals dedicated to infectious diseases in Moscow, there are only two left today. Healthcare staff lack equipment and many doubt the reliability of the system. The authorities have announced that 300 of the 145 million inhabitants have been infected. A ridiculously low figure considering its geographical position and the situation in other neighboring countries.

 

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The 20 countries with most infected people, March 25th 2020

 

Unprecedented economic decisions 

The consequences are not only human. Governments take turns announcing plans to support their economies. Direct aid to companies, deferral of tax payments, but above all a reduction in key interest rates and loan guarantees to stimulate the banking system and investment. The idea is to protect household incomes and investors by showing them that the entire financial burden of the coronavirus crisis will not fall on companies, even if it means increasing deficits. Unfortunately, the reality is quite different. The virus is threatening airlines with bankruptcy, and many of them are planning large-scale job cuts. The stock market is plummeting and the prices associated with it have reached levels similar to those seen during the subprime crisis in 2008. According to some experts, traders are expected to go so far as to close the stock exchanges in an attempt to restore calm to the markets. Good or bad ideas, opinions differ. In any case, it took less than a month for global finance to go off the rails and for international trade to become infected.

This global upheaval has given rise to movements of aid to States as we have rarely seen. Paradoxically, in spite of a withdrawal into themselves, the European countries and the institutions that make it up do not hesitate to use all available means to protect each other. Thus, the EU has taken “an unprecedented decision”. These same 27 countries, which have proven their disagreement through contradictory political choices in recent years, have unanimously decided to suspend the rules of budgetary discipline. This measure requires European countries to keep their public deficit below 3% of GDP and debt at 60% of GDP. The suspension of this measure has been introduced in 2011, in the midst of the eurozone crisis, but has up to now never been invoked.  Today, Brussels has triggered the general derogation clause, temporarily lifting this rule and thus allowing member countries to inject into their economies the spending they deem necessary. The ECB has also decided to take a historic step forward. 750 billion to cushion the impact of the Covid-19 pandemic in the euro area. It will buy back corporate debt and government bonds “for as long as necessary”.

 

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Ursula von der Leyen and Charles Michel, at the end of the “27 videoconference” about Covid-19, March 27th 2020

 

So, the consequences of this health crisis are being felt more and more and are becoming more and more intense. Economic stimulus plans, monetary support and financial response plans are under way and new arrangements will very soon be made by the various states. However, the human and psychological repercussions are heavy.

 

 

Sources 

Courrier international. “Envoie d’aide en Italie »

https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-russie-envoi-daide-en-italie-le-geste-pas-completement-desinteresse-du-kremlin (Accessed March 22 2020)

Le Journal du Dimanche. « Les dirigeants européens tentent de resserrer les rangs ».

https://www.lejdd.fr/International/coronavirus-les-dirigeants-de-lunion-europeenne-tente-de-resserrer-les-rangs-3957014(Accessed March 24 2020)

Le point. « Le gouvernement prêt à rendre des comptes. »

https://www.lepoint.fr/politique/le-gouvernement-a-pris-ses-responsabilites-et-ne-craint-pas-de-rendre-des-comptes-ndiaye-23-03-2020-2368311_20.php (Accessed March 24 2020)

Wikipedia. “Le Coronavirus”

https://www.google.com/search?q=wikipedia+coronavirus&rlz=1C5CHFA_enFR723FR723&oq=wikipedia+coronavirus&aqs=chrome..69i57j0l2j69i60.3293j0j4&sourceid=chrome&ie=UTF-8 (Accessed 22 march 2020)

BFMTV. « La BCE dégaine un plan colossal ».

https://www.bfmtv.com/economie/coronavirus-la-bce-degaine-un-plan-colossal-1877764.html (Accessed 23 march 2020)

Vedomosti. « L’Italie nous aidera » https://www.vedomosti.ru/opinion/articles/2020/03/22/825885-italiya

(Accessed March 23 2020)

Liberation. Coronavirus : l’Union européenne veut se muscler pour résister à la pandémie

https://www.liberation.fr/planete/2020/03/17/coronavirus-l-union-europeenne-veut-se-muscler-pour-resister-a-la-pandemie_1782135?fbclid=IwAR2SoLlVpBBB_GqO8MOVyVP6uxKtdhR2DptGwppze0SUCBaMcWiP8fuikj8(Accessed 24 march 2020)

 

https://fr.statista.com/statistiques/1091585/morts-infections-coronavirus-monde/

 

 

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