Les deux faces de la Papouasie

Auteur et traducteur : Raphaël Ruiz Colechar

English version below

 

Située au nord de l’Australie et à l’est de l’archipel Indonésien, la Papouasie est connue comme étant la 3ème plus grande île du monde. Ses 800 000 kilomètres carrés de terre abritent depuis des siècles des centaines de tribus autochtones. On estime d’ailleurs que ces peuples avaient un niveau de développement digne de l’Âge de pierre jusqu’au début de 20ème siècle. En effet, si l’île est colonisée dès le 17ème siècle par la société des Indes occidentales néerlandaise et que son contrôle est par la suite géographiquement partagé entre les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni, son atout majeur reste sa position préférentielle sur les routes commerciales. De ce fait, plusieurs villes portuaires naissent mais la région n’est, dans son ensemble, que peu exploitée par les colons.

 

Photo1 Papouasie
Tribu indigène Papou

 

Aujourd’hui, l’île est divisée en deux. A l’Ouest, on retrouve la Papouasie, qui est sous la coupe de l’Indonésie depuis 1963, et à l’Est la Papouasie Nouvelle Guinée qui est indépendante depuis 1975. Ce sont les vagues de décolonisation qui sont à l’origine de cette séparation et du malaise qui existe depuis plusieurs décennies dans les terres Indonésiennes de l’île. Lors de son indépendance, l’Indonésie ne récupère pas directement la Papouasie. Ce n’est qu’après une lutte armée et un fort soutien Américain dans les négociations auprès de l’ONU que la région est indexée à sa gouvernance.
L’Indonésie connaît, suite à son indépendance, une grande vague de libéralisation encadrée par les économistes Américain de l’école de Berkeley. Les conséquences seront grandes pour l’exploitation des ressources naturelles du pays et ce point sera un tournant pour la Papouasie. Jusqu’alors presque vierge, la découverte de nombreux gisements entraîne une nécessité urbaine pour répondre à l’intérêt économique. La déforestation est alors un phénomène sans commune mesure puisque l’on estime dès la fin des années 1980 que l’île a perdu un quart de sa végétation. Aujourd’hui on estime que l’état environnemental est critique.

A titre d’exemple, la Papouasie héberge le gisement d’or le plus important du monde. Exploitée par l’entreprise Américaine Freeport-McMoRan, la mine de Grasberg est un grand pilier pour la croissance économique du pays. On estime qu’elle représente la principale source de financement pour le budget de l’état et qu’elle est le premier pourvoyeur d’emplois en Papouasie. Même si son importance masque la visibilité d’autres mines, il en existe beaucoup plus. Ces activités entraînent de nombreux problèmes sur le plan humain. Face à l’indignation et la révolte des populations dans l’obligation d’abandonner leurs terres, l’état réprime et massacre parfois des tribus entières.

 

Photo2 Papouasie

Grasberg, la plus grande mine d’or du monde

L’or ne fait pas tout car les sols sont riches et permettent l’extraction conséquente de matières premières comme l’argent, le cuivre ou encore le nickel. La Papouasie compte à elle seule pour un tiers des exportations de gaz et de pétrole indonésien. La croissance en PIB de la région est de 4% par an depuis plusieurs années. En revanche, les disparités sont très fortes : le taux d’individus vivant sous le seuil de pauvreté dans la région est de 28%, contre 11% sur l’ensemble du territoire indonésien. Certaines zones présentent aussi des indices de développement humain alarmants à l’échelle du monde.

Ces données sont d’autant plus sensibles qu’elles sont à mettre en perspective avec le fait que les populations autochtones perdent du poids face à l’immigration. En 1960 les populations indigènes représentaient 95% de la population locale. Aujourd’hui elles ne composent plus que 69% de celle-ci. La raison fondamentale est la politique « Transmigrasi » mise en place par les gouvernement indonésiens. Au sein de son archipel, les problèmes de surpopulation sont très forts, notamment dans des îles comme Bali ou encore Java. La Papouasie est alors une solution miracle au vu de sa très faible densité d’habitants. Ayant pris fin en 2015, ce programme aura provoqué la migration de plus de deux millions de personnes. Malgré cet arrêt, les vagues migratoires perdurent.

Les conflits culturels sont très forts et créent beaucoup de conflits dans la région. Malgré leur persistance, les mouvements séparatistes manquent de poids car les arguments politiques et économiques leurs font défaut. Toutefois, sur le plan humain, ils gagnent du terrain. Le racisme et les crimes commis à leur encontre alimentent fortement la cause Papous. Souvent traité de « singes » par le reste de la population, cet animal devient le symbole de la lutte pour l’autonomie. Malgré plusieurs tentatives auprès de l’ONU pour obtenir un référendum pour l’indépendance, la Papouasie ne semble pas être en mesure d’avoir gain de cause tant que les Etats-Unis et l’Indonésie seront de forts partenaires commerciaux.

 

Photo3 Papouasie

Manifestation pour l’indépendance Papou

 

 

 

The two faces of Papua

 

Located North of Australia and East of the Indonesian archipelago, Papua is known as the 3rd largest island in the world. Its 800,000 square kilometers of land have been home to hundreds of indigenous tribes for centuries. It has been estimated that these peoples had a level of development worthy of the Stone Age until the beginning of the 20th century. Indeed if the island was colonized in the 17th century by the society of the Dutch West Indies and its control is thereafter geographically divided between the Netherlands, Germany and the United Kingdom, its major asset remains its preferential position on trade routes. As a result, several port cities were born, but the region as a whole was little exploited by the settlers.

 

Photo1 Papouasie

Papuan indigenous tribe

 

Today the island is divided into two parts. To the West is Papua, which has been under the control of Indonesia since 1963, and to the East, Papua New Guinea, which has been independent since 1975. The different waves of decolonization are at the source of the separation and of the discomfort that has existed for several decades in the Indonesian lands of the island. During its independence, Indonesia did not directly recover Papua. It is only after an armed struggle and strong American support in negotiations with the UN that the region has been indexed to its governance.
Indonesia is experiencing, following its independence, a great wave of liberalization supervised by the American economists of the Berkeley school. The consequences will be great for the exploitation of the country’s natural resources and this will be a turning point for Papua. Until then almost virgin, the discovery of numerous deposits leads to an urban necessity to meet economic interest. Deforestation is then an incomparable phenomenon since it is estimated from the end of the 1980s that the island has lost a quarter of its vegetation. Nowadays, the environmental condition is believed to be critical.
For example, Papua is home to the world’s largest gold deposit. Operated by the American company Freeport-McMoRan, the Grasberg mine is a major pillar for the country’s economic growth. It is estimated to be the main source of funding for the state budget and to be the largest provider of jobs in Papua. Although its importance obscures the visibility of other mines, there are many more. These activities have caused many human problems. Facing indignation and revolt of the populations forced to abandon their lands, the state does eliminate  and sometimes massacre entire tribes.

 

Photo2 Papouasie

Grasberg, the world’s largest gold mine

 

Gold is not the only material that can be found in the soils. The soils are rich and allow the substantial extraction of raw materials such as silver, copper or nickel. Papua alone accounts for a third of Indonesian gas and oil exports. GDP growth in the region has reached 4% per year for several years, however the disparities are very strong. The rate of people living below the poverty line in the region is 28%, compared to 11% on the whole Indonesian territory. Some areas also have alarming Human Development Indices worldwide.
These data are all the more sensitive in that they are to be put into perspective with the fact that indigenous populations are losing weight in the face of immigration. In 1960 the indigenous populations represented 95% of the local population. Today they only make up 69% of it. The fundamental reason is the “Transmigrasi” policy implemented by the Indonesian governments. Within its archipelago, the problems of overcrowding are very strong, particularly in islands like Bali and even Java. Papua is then a quick fix given its very low population density. Having ended in 2015, this program will have caused the migration of more than two million people. Despite this halt, migratory waves continue.
Cultural conflicts are very strong and create a lot of conflicts in the region. Despite their persistence, the separatist movements lack weight because they lack the political and economic arguments. However, on a human level, they are gaining ground. Racism and the crimes committed against them strongly fuel the Papuans cause. Often called “monkeys” by the rest of the population, this animal becomes the symbol of the struggle for autonomy. Despite several attempts at the United Nations to obtain a referendum for independence, Papua does not seem to be able to succeed as long as the United States and Indonesia are strong trading partners.

 

Photo3 Papouasie

Protest for Papuan independence

 

Sources : 

Papouasie-Nouvelle-Guinée : le diamant brut de l’Océanie, Le Figaro, 21/02/2020, [Consulté le 27 février 2020]

https://www.lefigaro.fr/voyages/papouasie-nouvelle-guinee-le-diamant-brut-de-l-oceanie-20200221?fbclid=IwAR2yLosXmOzeL0lyi0ZqbkifPtXrvmDIA_lakn09Pt6OfznGnqd9GpbCxGg

En Indonésie, la révolte des Papous, La Croix, 25/09/2019, [Consulté le 27 février 2020]

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/En-Indonesie-revolte-Papous-2019-09-25-1201049823?fbclid=IwAR0GgoSA_4lIXrwLZp0fNgB2CPYugMzLW1RR3FXkMLZVJniwijilRPyr-rM

Quelles relations entretiennent l’Indonésie et les Etats-Unis, RTS, 21/04/2017,[Consulté le 27 février 2020]

https://www.rts.ch/play/radio/tout-un-monde/audio/quelles-relations-entretiennent-lindonesie-et-les-etats-unis?id=8542802&fbclid=IwAR1X8IR_jaERKL6vPKdqUXUcu1y6HAQIzvxAfkpdXC31tGmzu3t4qVa7cg4

L’Onu appelée à intervenir contre un possible bain de sang en Papouasie, La Croix, 06/09/2019, [Consulté le 27 février 2019]

LONU-appelee-intervenir-contre-possible-bain-sang-Papouasie-2019-09-06-1201045765

Jokowi à l’épreuve du “problème papou”, Asialyst, 18/06/ 2015 [Consulté le 27 février 2020]

https://asialyst.com/fr/2015/06/18/jokowi-a-epreuve-du-probleme-papou/?fbclid=IwAR3HUSLjBqiurlkR56E7fMyEfgBehuh03RclBOP_c8ukMqFqjlhwJPxkt48

L’Indonésie garde son nickel et donne des sueurs froides aux investisseurs, Le Point, 09/09/2019, [Consulté le 27 février 2020]

https://www.lepoint.fr/automobile/l-indonesie-garde-son-nickel-et-donne-des-sueurs-froides-aux-investisseurs-09-09-2019-2334370_646.php?fbclid=IwAR0JV6MzsAeVFLSb2ceUsVZlziPOz4TOsEEQP_FM8dEVEQTT4k1vKA_HEVE

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