Union Européenne : L’intégration vers l’infini et l’au-delà

Auteur : Astrid Caïe

Traducteur : Najib Harkaoui

English version below

 

Envie d’espace ? Encore quelques années, et la compagnie SpaceX sera en mesure de vous offrir des billets pour la planète Mars à moins de 500 000 dollars, comme l’annonçait Elon Musk en février 2019 sur Twitter. Pour l’heure, les prix sont beaucoup plus élevés : en 2001, le premier civil à voyager dans l’espace, l’entrepreneur californien Dennis Tito, avait obtenu son billet auprès de la Roscosmos, l’agence spatiale russe, contre un chèque de 20 millions de dollars. En 2004, le fondateur de Virgin, Richard Branson, fondait la société Virgin Galactic soutenue par des subventions de la NASA. Malgré plusieurs tests fructueux, aucun vol commercial n’a encore vu le jour et l’échéance a encore été repoussée. Faut-il rappeler qu’entre temps, Virgin Megastore, la chaîne principale du groupe, a déposé le bilan (2013) ? Les fantasmes de voyage dans l’espace se vendraient-ils mieux que les biens culturels présents sur nos étagères ? Soyez forts, résistez à la tendance : plutôt que dilapider vos ressources dans un voyage vers l’infini et l’au-delà, vivez le rêve par procuration en lisant cet article (gratuit) sur l’état du secteur spatial en Europe et les défis auxquels les États se préparent pour la prochaine décennie.

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Un rêve, il y en a un autre : c’est le rêve européen (dans un espace plus proche que celui des étoiles).

En Europe, l’intégration industrielle est un moyen qu’ont trouvé les États pour rester au-devant de la scène malgré les coupures budgétaires qui ont engendré une perte de leurs capacités d’investissement, et qui leur permet de poursuivre leurs ambitions d’intégration politique. L’industrie spatiale est l’un des premiers secteurs concernés par cette intégration. Preuve en est la récente réunion de neuf commissaires européens à Bruxelles les 21 et 22 janvier 2020, à l’occasion de la 12ème conférence spatiale européenne. Accompagnés de ministres et d’industriels du secteur, ils ont travaillé sur le sujet “Nouvelle décennie, ambition mondiale : croissance, climat, sécurité et défense” qui associait pour la première fois dans ses sous-intitulés les termes “Défense” et “Espace”.

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L’industrie spatiale est donc un sujet dont on parle au sommet, mais le peuple semble aussi concerné : un sondage de 2019 réalisé par Harris Interactive révélait que 90% des Européens voient d’un bon œil l’activité spatiale. Les Européens souhaitent mieux connaître et comprendre l’espace (93%) ou encore, de manière plus pragmatique, voir leur quotidien facilité grâce aux diverses applications satellitaires (89%). Et pourtant, malgré cette sympathie sur laquelle peut capitaliser l’Union Européenne, la conférence dressait le constat de nombreuses difficultés.

L’industrie spatiale européenne n’a pas à rougir des réalisations des dix dernières années. Thierry Breton, commissaire au marché intérieur de l’Union Européenne, a parlé des programmes communautaires Egnoss, Galileo et Copernicus comme de “succès qui n’étaient pas écrits”. Il rappelait la nécessité de poursuivre la coopération, à la fois pour nourrir les grands desseins technologiques de l’Europe mais aussi et surtout pour assurer la surveillance de l’espace. En effet, le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, l’espagnol Joseph Borrell, a rappelé dans son discours d’ouverture que “la montée des tensions géopolitiques que nous constatons sur Terre se prolonge et se projette dans l’espace”. Michel Friedling, chef d’État-major français à la tête du Commandement de l’Espace, confirme que de plus en plus d”actions grises” sont conduites dans l’espace, même si elles ne peuvent pas encore être qualifiées d’actes hostiles.

Toutes les puissances développent des systèmes capables de surveiller, espionner, neutraliser, voire détruire. Pour n’en citer que deux, l’Inde a procédé à des tirs de missiles capables de frapper un satellite, la Russie a été accusée d’espionnage sur la base de faits réels. À côté des États, de plus en plus d’acteurs privés se positionnent sur le marché des lanceurs : 5000 satellites sont actuellement en orbite, dont 2000 opérationnels. Joseph Borell avertit ainsi sur les risques d’un espace qui “se congestionne” (à commencer par le risque évident mais non négligeable de collision). Dans ce contexte, les satellites des systèmes Egnos, Galileo et Copernicus deviennent vulnérables et “doivent être protégés”. Ils ne pourront l’être qu’à condition de poursuivre la coopération entre États européens. Mais tous les États ne sont pas au diapason. Le sous-secrétaire d’État italien à la Défense, Angelo Tofalo, a annoncé la volonté de l’Italie d’elle aussi se doter, comme la France, d’un commandement pour l’espace. En revanche, la Belgique s’oppose catégoriquement à la militarisation croissante de l’espace. De son côté, la Finlande a réalisé des coupes budgétaires à hauteur de 200 milliards d’euros dans le projet de budget 2021-2027 présenté par la Commission. En conséquence, le Fonds Européen de Défense a vu sa dotation chuter de 13 à 7 milliards d’euros, et les programmes spatiaux ont perdu 20% de leurs dotations. Le président de la Commission Industrie du Parlement européen, le roumain Christian-Silviu Busoi, prévient que de telles coupes sont de nature à compromettre les programmes Galileo et Copernicus et surtout, qu’elles “vont rendre impossible toute nouvelle initiative”. Face à ces divergences, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel, doit trouver un accord capable de combler l’écart de 237 milliards d’euros entre la proposition de budget finlandaise et les attentes du Parlement européen.

 

L’industrie, c’est bien… Exploitée par des modèles commerciaux, c’est mieux (et même nécessaire). Parlons donc un peu business :

Afin de s’adapter aux nouveaux défis sociétaux et environnementaux, le secteur spatial européen imagine et développe depuis une dizaine d’années de nouveaux modèles commerciaux. Les plus importants de ces modèles sont le concept d’applications intégrées, le modèle des dual-use et le concept de one-stop-shop. Les applications intégrées combinent à la fois différents types d’application par satellite (par exemple, l’image et la localisation) mais aussi des applications par satellite et des applications traditionnelles de téléphonie mobile, qui permettent un usage plus quotidien. Ces applications intégrées sont largement encouragées au niveau politique car elles prouvent la maturité technologique et commerciale des produits et services par satellite. Les systèmes de dual-use, quant à eux, permettent de réaliser des économies grâce à la mise en commun de plusieurs sources d’investissements. Ils prennent par exemple la forme d’un partage du temps de travail du satellite entre une communauté d’utilisateurs civils et militaires. Le dual-use associe aussi partenaires publics et privés. Le satellite allemand TerraSAR-X ou les satellites de communication britanniques SkyNet en sont de bons exemples, qui ont permis partager le risque commercial. Enfin, le concept de one-stop-shop a constitué une révolution dans le développement du marché satellitaire. Auparavant dominé par des produits et services uniques (location d’un transpondeur, traitement et transfert des signaux d’un transpondeur, maintenance de l’équipement de connexion, service de garantie…), ce marché forçait l’utilisateur à choisir parmi un ensemble déjà existant et, indirectement, à acquérir des éléments dont il n’avait pas réellement besoin mais qui faisaient partie intégrante du système. Les relations commerciales classiques (achat-vente, location, acquisition de licence) ont été remplacées par des propositions sur-mesure rendues possibles par des interactions permanentes avec le client. Un facteur du succès de la formule one-stop-shop réside dans l’abaissement du niveau de compétence technique exigé par les utilisateurs : désormais, les activités liées à la préparation technique sont du ressort du seul fournisseur, l’utilisateur se contentant de définir précisément son besoin. Le fournisseur y trouve aussi l’avantage d’optimiser ses différentes capacités, ce qui lui permet de créer de nouvelles opportunités de marché.

 

Coopération versus approches nationales (nous y revoilà).

À un niveau industriel, la consolidation du secteur spatial impose une mise en commun des chaînes de production dans le cadre de fusions au sein de groupes industriels. EADS Astrium et Thales Alenia Space, les deux grosses entreprises du secteur en Europe, jouent le rôle d’intégrateurs dans la réalisation de grands contrats destinés à assurer aux Européens la maîtrise de toutes les étapes. En dépit de ces efforts d’intégration, les dépenses européennes pour les programmes spatiaux restent faibles comparées à celles des États-Unis. Du fait du nombre limité de grands programmes financés par les fonds publics, les entreprises européennes doivent sans cesse, pour obtenir des fonds de recherche, concourir aux appels d’offre proposés par l’Agence Européenne de Défense, l’Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques (Eumetsat), l’Agence spatiale européenne (ESA) ou au sein des Programmes Cadre de Recherches et Développement de l’Union Européenne. Cette constante nécessité de concourir pour obtenir des fonds fragilise d’un côté l’industrie européenne face à sa concurrente américaine, mais peut aussi encourager la créativité, les attitudes proactives et les entreprises de coopération.

Pourtant, le caractère européen peut se révéler un facteur limitant pour l’industrie spatiale si son développement n’est pas accompagné d’une forte volonté politique commune (on retrouve là un topos entêtant de la construction européenne). L’intégration industrielle est le résultat de compromis entre les différents États, négociés prudemment dans un contexte de prédilection pour l’approche nationale et pour le maintien des compétences régaliennes. Cette préférence nationale s’illustre dans le fonctionnement des agences européennes, à commencer par le principe du “retour géographique” de l’Agence spatiale européenne. Ce principe, qui attribue les contrats au prorata des investissements nationaux, exige un calcul minutieux des sommes à transférer à l’industrie de chaque État contractant. Pour de nombreux petits pays qui disposent de capacités techniques et d’investissement limitées, ce “retour national” est l’une des raisons principales de leur contribution financière aux activités spatiales européennes.

Finalement, pour trouver une raison de partager l’optimisme de Thierry Breton, terminons l’article sur le développement d’un programme récent qui, malgré les difficultés habituelles, semble être sur la voie du succès.

 

Un exemple d’intégration industrielle (réussie?) : les drones MALE RPAS.

Le projet de drone MALE RPAS (Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aircraft System) poursuit l’objectif de disposer d’une capacité de drone de renseignement souveraine à l’échelle de l’Europe. Ce drone de moyenne altitude et de longue autonomie devra être capable d’assurer des missions de renseignement à distance, de surveillance et de reconnaissance, avec différentes capacités de charge utile. Un tel système est essentiel pour assurer la capacité de décision et la performance opérationnelle de l’Union. Il devra être équipé de chaînes conçues et produites en Europe (communication, capteurs, effecteurs, cyber sécurité…), qui libèreront de toute éventuelle contrainte imposée par l’intervention de pays tiers. L’étude pour le projet a été lancée en mai 2015 par la France, l’Allemagne et l’Italie, bientôt rejointes par l’Espagne. En novembre 2015, la gestion du programme fut assignée à l’OCCAR (Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement, fondée en 1996 par les quatre pays précédemment cités auxquels s’ajoutent le Royaume-Uni et la Belgique), soutenue par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). Le contrat a été assigné conjointement à trois industriels : le conglomérat européen Airbus, le français Dassault Aviation et l’italien Leonoardo. Les trois partenaires ont répété leur engagement envers la défense de la souveraineté européenne ainsi qu’envers la préservation et le développement des compétences européennes en matière de sécurité et défense. Selon Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, “la coopération et les hautes technologie légitiment le leadership de l’industrie européenne et garantissent l’autonomie stratégique de l’Europe […] Des programmes innovants menés dans le cadre de partenariats bien conçus renforceront la compétitivité de l’Europe”.

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Le projet, comme nombreux de ces prédécesseurs, a démontré la difficulté d’aligner les doctrines nationales d’utilisation et de structure, de faire converger les budgets et les calendriers nationaux et de s’entendre sur les priorités stratégiques. Ces désaccords politiques se sont illustrés à travers le choix des caractéristiques techniques à conférer au drone. Alors que la France souhaitait utiliser MALE RPAS pour survoler le désert dans ses missions au Sahel, une telle utilisation semble compromise par les choix techniques que l’Allemagne a réussi à imposer : le modèle relativement lourd du drone sera en effet plus adapté à la surveillance de ses zones urbaines. Ces compromis nécessaires s’expliquent par la motivation politique qui sous-tend le projet MALE : la priorité réside dans la remise en cause du contrôle américain sur les données collectées en Europe. Ces données actuellement collectées par les Reapers français (eux-mêmes opérés par des pilotes français) sont pourtant aussi recueillies par les États-Unis.

Le premier drone MALE, attendu pour 2025, signera symboliquement et de manière effective la réaffirmation de la souveraineté européenne – dans le secteur spatial comme dans le domaine politique.

 

 

 

European Union: integration to infinity and beyond

Do you need space? In just a few years, SpaceX will be able to offer you tickets for the planet Mars for less than 500 000 $, as said Elon Musk in February 2019, on Twitter. For now, the prices are much higher: in 2001, the first civilian who traveled in space, the Californian entrepreneur Dennis Tito, obtained his ticket from the Russian space agency (Roscosmos) by paying 20 million dollars. In 2004, Richard Branson, the founder of Virgin, created the company Virgin Galactic, backed by grants from the NASA. Despite several successful tests, no commercial flight has been effective, and the deadline has another time been postponed. Is that necessary to remind that in the meantime, Virgin Megastore, the main organ of the group, declared bankruptcy in 2013? Would the fantasies of space travel sell better than the cultural goods present in our shelves? Be strong, resist the trend: rather than spend all your money in a travel to infinity and beyond, live the dream by proxy, by reading this (free) article about the state of the space sector in Europe, and the challenges the States are about to meet for the following decade.

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There is another dream: the European dream (in a space nearest than the one of the stars)

In Europe, the industrial integration has been a way founded by the states to stay at center stage, despite the budget cuts which reduced their investment capacity, and which allow them to carry on their political integration. The space industry is one of the main sectors concerned by this integration. Evidence of this is the recent meeting of nine EU Commissioners in Brussels, on 21 and 22 January 2020, at the time of the twelfth European Space Conference. Joined by ministers and industrialists of the sector, they considered the following topic: “New decade, global ambition: growth, climate, security, defense” which associated for the first-time defense and space in its subtitles.

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Thus, space industry is an outcome which is debated at the top, but the people seems also concerned: in 2019, a Harris Interactive’s poll showed that 90% of the Europeans are in favor of the space activity. Moreover, they want to know and understand better space (93%), or even, for the most pragmatic, see their everyday life eased by the different satellite apps (89%). However, in spite of that, the conference highlighted many difficulties.

The European space industry can be proud of the past ten years accomplishments. Thierry Breton, European Internal Market Commissioner, spoke of the community programs such as Egnoss, Galileo or Copernicus as “success which were not planned”. He reminded the necessity to carry on cooperation, on the one hand to nourish the big technological purposes of the EU, but also and above all, on the other hand, to ensure space supervision. Indeed, the High Representative for Foreign Affairs, the Spanish Joseph Borrell, reminded in his opening speech that “the rise of geopolitical tensions that we are seeing on Earth extends and is projected into space”. Michel Friedling, French Chief of Staff at the head of Space Command confirms that more and more “grey actions” are conducted in space, even if they cannot be, for now, qualified as hostile acts.

Each world power is developing systems which can monitor, spy, neutralize and even destroy. Just to mention two of them, India fired missiles able to hit a satellite, and Russia was accused of spying with actual facts. Alongside the governments, the private actors are increasingly positioning themselves on the launch market: 5000 satellites are in orbit, within 2000 which already are operational. Thus, Joseph Borell warns of the risk of a space congestion (one of the main risks is obviously the risk of collision). In this context, satellites of Egnos, Galileo or Copernicus become vulnerable and “have to be protected”. They will be provided that the cooperation between the European governments carry on. Yet, all states are not on the same wavelength. The Italian Undersecretary of State for Defense, Angelo Tofalo, announced the will of Italy to obtain a Space Commandment, like France, contrary to Belgium, which is clearly against the increasing militarization of space. For its part, Finland made budget cuts of 200 billion dollars in the draft budget 2021 – 2017 presented by the Commission. Consequently, the European Defense Fund has seen a decrease of its endowment from 13 to 7 billion euros, and the space programs lost 20% of their endowment. The president of the Industry Committee of the European Parliament, the Romanian Christian-Silviu Busoi, has warned that such hardcore restrictions could jeopardize Galileo and Copernicus programs, and above all, that the will “prevent any new initiative”. Faced with that, the president of the European Council, Charles Michel, has to find a deal which fill the gap of 237 billion euros between the Finnish budget proposal and the expectations of the European Parliament.

Let’s talk business

In order to adapt to the new societal and environmental challenges, the European space sector has been developing for ten years new business models. The most important of these models are the concept of embedded applications, the model of dual-use, and the notion of one-stop-shop. The embedded applications combine at once different types of applications by satellites (for instance, image and localization) but also application by satellite and traditional applications of mobile phone, which allow a daily use. These embedded apps are largely encouraged at the political level, because they show the technological and commercial maturity of the products and services by satellites. Dual-use systems allow them to save money thanks to the sharing of several sources of investment. That can be, for instance, the share of the working time of a satellite between civilian users and militaries. The dual-use system combines also public-private partnership. The Germain satellite TerraSAR-X or the British satellites of communication SkyNet are good examples and allowed to share the commercial risk. Last but not least, the model of one-stop-shop has been a revolution in the satellite market development. Before, it was dominated by single products and services (rental of a transponder, maintenance of the connection equipment, warranty service…) and it required the consumers to choose amid an already existing set, and, indirectly, to buy things that he did not really need, but which were part of the system. The traditional commercial (purchase, sale…) relations have been replaced by tailor-made proposals which are possible thanks to permanent interaction with the client. One of the reasons of the success of the one-stop-shop model is the fact that the users expect a level of technical expertise less important: now, the activities linked to the technical preparation only belong to the supplier. The user just has to define precisely its need. The supplier finds here an advantage: optimizing its different capacities, and so, can create new market opportunities.

Cooperation vs national approaches (here we go again…)

At the industrial level, the reinforcement of the space sector needs a share of the production lines, thanks to merges of major groups. EADS Astrium and Thales Alenia Space, the two big space firms in Europe, play the role of integrator in the creation of big contracts which aim to ensure to the Europeans the control of all the steps. In spite of these efforts of integration, the Europeans expenses for space remain very far from those of the US. This lack of programs financed by public funds forces the European companies to respond to calls for tender in order to find funds (European Defense Agency, European Organization for the Exploitation of Meteorological Satellites, European Space Agency, Framework Programmes for Research and Development of the EU for example). Because of that, the European industry is weakened with respect to the American one, but that can also encourage creativity, cooperation and proactive attitudes from the firms of the sector.

However, the European character can be a limiting factor for the space industry if its development is not followed by a strong common policy (here is a chorus of the European construction). The industrial integration is the result of compromises between the different governments which were prudently negotiated in a period when the national approach and the maintenance of sovereign powers dominated. This national preference can be seen in the functioning of the European agencies: it is the case with the “geo-return” principle of the European Space Agency. It attributes the contracts in proportion to the national investment and is very precise in the calculation to transfer the amounts to the nations which contribute. For many small countries which have limited technical capacities and of investment, this geo-return is one of the main reasons of the financial contribution in the European space activities.

At last, to find a reason of Thierry Breton’s optimism, let’s finish this article talking about the development of a recent program which, in spite of the usual difficulties, seems on the path to success.

An example of an (successful?) industrial integration: the drones MALE RPAS

The project of MALE RPAS (Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aircraft System) drone follows the European goal to have a sovereign capacity of intelligence drone across Europe. This extremely autonomous drone of medium altitude would be able to ensure surveillance, intelligence and reconnaissance missions, with several capacities of useful load. Such a system is essential to ensure the capacity of decision and the operational performances of the Union. It will have to be provided with chains designed and produced in Europe (communication, sensors, cybersecurity…) to avoid any constraint imposed by another country. The consideration for this project was launched in May 2015 by France, Germany, Italy and Spain. In November 2015, the management of the program was entrusted to the Joint Organization for Cooperation on Armaments, (funded in 1996 by these four countries, Belgium and the UK), supported by the European Aviation Safety Agency. The contract was jointly assigned to three industrial companies: Airbus, Dassault Aviation (France) and Leonardo (Italy). These three partners repeated their commitment for the defense of the European sovereignty and for the preservation and the development of the European skills in security and defense. According to Eric Trappier, CEO of Dassault Aviation, “Cooperation and high technologies legitimize the European industry leadership and guarantee the strategical autonomy of Europe (…) Innovating programs led as part of well-designed partnerships will strengthen the European competitivity”.

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As some of its predecessors, this project has shown the structural problems in the Community: aligning the national doctrines, making a budgetary convergence, finding a common schedule and deciding about the strategical priorities. These political disagreements were illustrated during the choice of the technical features of the drone. The French government wanted to use the MALE RPS to fly over the Sahel for its missions, but the proposal of Germany, which was selected, prevent such a use: indeed, the drone is finally quite heavy and more adapted to monitor urban areas. These compromises, which are necessary, can be explained by the political motivation of the MALE project: calling into question the American monopoly on data collected in Europe. These data, for now colleted by the French Reapers are yet also collected by the US.

The first MALE drone, expected for 2025, will mark symbolically and effectively the reaffirmation of the European sovereignty, in the space sector as in the political one.

Bibliographie :

Anna Badurska. « L’industrie spatiale en Europe, marché et nouvelles tendances économiques, vision d’acteur », L’Information géographique, vol. 74, no. 2, 2010, pp. 95-102 : https://www.cairn.info/revue-l-information-geographique-2010-2-page-95.htm?contenu=resume

« 50 % growth in the world satellites market over the next ten years », Euroconsult press release, 8 juin 2009 ; www.euroconsult-ec.com

https://www.cnetfrance.fr/news/voyage-dans-l-espace-bientot-une-realite-mais-a-quel-prix-39852280.htm

https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/ariane-6-leurope-spatiale-contre-attaque

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/jean-yves-le-gall-quels-programmes-spatiaux-pour-leurope

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/plans-sociaux/la-direction-de-virgin-megastore-va-deposer-le-bilan-mercredi-annoncent-les-syndicats_199695.html

https://www.20minutes.fr/sciences/2449579-20190212-spacex-selon-elon-musk-prix-billet-mars-va-couter-moins-500000-dollars

http://www.defens-aero.com/2018/04/maquette-eurodrone-male-devoilee.html

https://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/L-industrie-spatiale-europeenne-s-organise-face-au-succes-de-l-Americain-SpaceX-2014-06-16-1165278

https://www.la-croix.com/Monde/Europe/LEurope-spatiale-lance-dix-annees-venir-2020-01-21-1201073044

https://www.frenchweb.fr/faute-de-budget-leurope-spatiale-devient-vulnerable-face-aux-puissances-etrangeres/390118

https://www.notretemps.com/high-tech/actualites/l-europe-spatiale-se-decouvre-vulnerable-afp-202001,i211384

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000039060428&dateTexte=&categorieLien=id

https://www.asafrance.fr/item/l-armee-de-l-air-et-de-l-espace.html

https://www.sciencesetavenir.fr/espace/systeme-solaire/ariane-5-doit-lancer-mardi-deux-satellites-de-telecommunications_136122

https://www.clubic.com/drone/actualite-860726-male-2020-focus-projet-drone-europeen-construit-airbus.html

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