Un « deal du siècle » qui ne fait pas l’unanimité

Auteur et traductrice : Jeanne Guillaume

English version below 

En 1947, les Nations Unies annoncent la création de deux États en Palestine, l’un juif et l’autre arabe. En 1967, Israël saisi Jérusalem-Est et une partie de la Cisjordanie par les armes. Face au développement des colonies israéliennes en Cisjordanie, les palestiniens commencent alors à se révolter contre Israël à travers plusieurs intifada ou « guerres des pierres » (1987 et 2000). Depuis, le règlement du conflit israélo-palestinien se heurte à des querelles qui paraissent de plus en plus insolvables. En effet, aujourd’hui encore, ce territoire reste un des plus gros points chauds du monde. Pourtant, certains tentent encore de trouver des solutions pour la paix sur cette terre de conflit. En effet, mardi 28 janvier, Donald Trump annonça son « plan de paix », un plan qui fait largement débat au sein de la communauté internationale et du peuple palestinien.

États-Unis et Israël, une longue histoire…

 

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Encouragé par Bill Clinton, Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se serrent la main 

Depuis le début des conflits sur le territoire, les États-Unis se sont positionnés comme acteur central dans les négociations entre Israël et les régions arabes. Par exemple, le conflit israélo-palestinien a toujours été au cœur de la politique étrangère américaine. Historiquement, les États-Unis entretiennent une relation de proximité et de soutien avec Israël à travers des aides financières annuelles et de nombreux accords militaires. Le second mandat du président Eisenhower, à la fin des années 1950, constitue de ce point de vue une étape importante dans le rapprochement entre les deux pays. Mais ce sont finalement les années 1980 qui marquent l’apogée de l’entente américano-israélienne. En effet, c’est à ce moment-là, en pleine Guerre Froide, qu’Israël redevient un pays stratégique pour Washington. Ainsi, en 1978 le président Carter devient médiateur lors de l’accord de paix de Camp David entre le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin. Cet accord mène alors au premier traité de paix entre Israël et un pays arabe : l’Égypte. Ensuite, dans les années 90 les États-Unis interviennent pour la paix entre la Palestine et Israël. En effet, en 1993, Bill Clinton encourage le dialogue entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien et Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l’OLP lors des Accords d’Oslo. Jusqu’à la présidence d’Obama les États-Unis continuent à intervenir sur le territoire et à soutenir leur allié israélien. Cependant, la présidence d’Obama change cette alliance historique. En effet, les relations entre Barack Obama et Benyamin Netanyahou sont marquées par de très fortes tensions entre les deux hommes. Selon le gouvernement d’Obama, seule la création de deux États pourrait mener à la paix sur le territoire. De plus, Obama s’opposa à l’Opération « Bordure Protectrice », une opération militaire organisée par Israël sur la bande de Gaza. C’est finalement avec la présidence Trump qu’Israël redevient un allié très proche des États-Unis.

Trump et Israël, un nouvel accord qui fait débat

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Trump et Benjamin Netanyahou se serrant la main 

Dès son investiture, Donald Trump montre son soutien envers Israël. En effet, un an après son élection, Donald Trump annonce que les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël et que l’ambassade américaine sera déplacée de Tel-Aviv vers Jérusalem. Cette décision suscita la colère des Palestiniens et l’incompréhension de la communauté internationale. Finalement, c’est à l’occasion du 70e anniversaire de la création de l’État d’Israël, le 14 mai 2018, que les États-Unis inaugurent leur ambassade à Jérusalem. Suite à cet évènement, les relations diplomatiques entre les États-Unis et la Palestine sont rompues. À travers cette mesure historique, Donald Trump marque une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs qui eux, avaient tenté de favoriser la paix entre les palestiniens et les israéliens. Ensuite, en mars 2019, Washington reconnait l’annexion du plateau du Golan par Israël alors même que le plateau du Golan est considéré par la communauté internationale comme un territoire syrien sous occupation israélienne. Finalement, en novembre 2019, Donald Trump reconnait la « légalité » des colonies israéliennes, en dépit du droit international.

Depuis trois ans, Donald Trump essaie d’organiser le « deal du siècle » entre la Palestine et Israël. C’est donc après trois ans de réflexion que le mardi 28 janvier, Donald Trump annonça son plan pour la paix. Sur plus de 180 pages, Donald Trump dépeint son projet de paix pour la région, un projet qu’il annonce « gagnant-gagnant pour les deux parties ». Sur ce document, Washington propose la « solution à deux Etats la plus réaliste ». Pourtant, ce plan légitime les annexions israéliennes et reconnait l’annexion de la vallée du Jourdain par Israël. De plus, le plan annonce que « Jérusalem restera la capitale indivisible d’Israël » et que les territoires palestiniens seront démilitarisés. Si les responsables israéliens qualifient déjà ce plan de paix « d’historique » ; les Palestiniens eux sont loin de partager cet enthousiasme. En effet, les revendications palestiniennes sembleraient être relayées au second plan par ce projet d’autant plus qu’avec la rupture diplomatique entre les États-Unis et la Palestine, les palestiniens ne furent pas conviés aux négociations du traité. Comme lot de consolation, Trump prévoit pour la Palestine la mise en place d’un mini État palestinien à Gaza et la mobilisation d’une cinquantaine de milliards de dollars d’investissement dans les territoires palestiniens. Selon M. Abbas, président palestinien, cette offre n’est qu’une machine à saper la légitimité de la cause nationale et à cimenter l’occupation israélienne dans la région.

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Changement des frontières israélo-palestiniennes depuis 1949

Un accord non sans conséquence…

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Protestations du peuple palestinien 

D’un côté, cet accord de paix est vu par les Israéliens comme une incitation à l’annexion de nouveaux territoires. En effet, à la suite de l’annonce de Donald Trump, Netanyahou fit savoir qu’il pourrait présenter dès dimanche, en conseil des ministres, une proposition de décret actant l’annexion des territoires du Jourdain et de Cisjordanie. Cet accord semble correspondre parfaitement à toutes les attentes d’Israël tout en rapprochant un peu plus Trump et Netanyahou. En effet, suite à l’annonce de Washington, le président israélien remercia son « ami » américain pour sa reconnaissance de la « souveraineté » d’Israël sur les territoires occupés.
De l’autre côté les palestiniens eux, se sentent lésés par cet accord. Exclus des négociations, ils se retrouvent face à un « deal » qu’ils n’ont pas choisi et dont ils doivent accepter les clauses. Selon eux, le plan porte atteinte à leurs droits légitimes, en particulier celui d’établir un État indépendant sur la base d’une solution à deux États. La colère des Palestiniens s’est notamment exprimée dans la rue puisque plusieurs manifestations ont été organisées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Lors de ces mouvements populaires, le peuple palestiniens a aussi exprimé son soutien à la direction palestinienne dans son opposition catégorique au plan. En effet, quelques jours plus tôt, Mahmoud Abbas, président palestinien avait déclaré à propos du « deal » que « cette conspiration ne passerait pas ».
Enfin, si les palestiniens ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis du plan américain, la communauté internationale s’est elle aussi fait entendre. Tout d’abord, plusieurs ONG telles qu’Amnesty International se sont opposées au « deal » américain. En effet, selon elle, cet accord ne prend pas en compte les revendications historiques des palestiniens. De plus, selon ces ONG, le plan américain violerait le droit international. Outre les ONG, certains pays tels que l’Iran ou la Turquie se sont aussi opposés au « deal du siècle ».

“Le désolant ensemble de propositions du gouvernement de Donald Trump qui viole le droit international et prive davantage encore de leurs droits, les Palestiniens, ne peut que conduire à une multiplication des souffrances et des atteintes aux droits humains en Israël et dans les territoires palestiniens occupés » déclare Amnesty International

Finalement, le « deal du siècle » américain constitue un nouveau coup de théâtre dans cette zone qui ne cesse d’être en conflit depuis maintenant plus de 62 ans. Si à l’origine ce plan avait pour but d’engager un processus de paix sur le territoire, il semblerait qu’il n’ait contribué qu’à aggraver la situation. En effet, pour beaucoup, le « Deal du siècle » de Donald Trump met un terme à tout espoir de création de deux États vivant en paix.

A « Deal of the century » which fails to win unanimous support

 

In 1947, the United Nations announced the creation of two states in Palestine, one Jewish and the other Arab. In 1967, Israel seized East Jerusalem and a part of the West Bank by military means. Faced with the development of Israeli settlements in the West Bank, the Palestinians then began to revolt against Israel through several intifada or “stone wars” (1987 and 2000). Since then, the settlement of the Israeli-Palestinian conflict has come up against quarrels that seem increasingly intractable. Indeed, even today, this territory remains one of the biggest hot spots in the world. However, some are still trying to find solutions for peace in this land of conflict. Indeed, Tuesday, January 28, Donald Trump announced his “peace plan”, a plan that is widely debated within the international community and the Palestinian people.

 

The United States of America and Israel, a long history of friendship…

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Encouraged by Bill Clinton, Yasser Arafat and Yitzhak Rabin shake their hands 

Since the start of the conflicts in the territory, the United States has positioned itself as a central actor in the negotiations between Israel and the Arab regions. For example, the Israeli-Palestinian conflict has always been at the heart of the American foreign policy. Historically, the United States maintains a close and supportive relationship with Israel through annual financial aids and numerous military agreements. From this point of view, the second term of President Eisenhower, at the end of the 1950s, represents an important stage in the rapprochement between the two countries. But it was ultimately the 1980s that marked the height of the US-Israel understanding. Indeed, it is during the Cold War, that Israel once again became a strategic country for Washington. In 1978, President Carter became a mediator during the Camp David peace agreement between Egyptian President Anouar al-Sadat and Israeli Prime Minister Menachem Begin. This agreement then led to the first peace treaty between Israel and an Arab country: Egypt. Then, in the 1990s, the United States took action for peace between Palestine and Israel. In 1993, Bill Clinton encouraged dialogue between Yitzhak Rabin, Israeli Prime Minister and Yasser Arafat, Chairman of the PLO executive committee during the Oslo Accords. Until Obama’s presidency, the United States continued to intervene in the territory and support its Israeli ally. However, the Obama presidency changed this historic alliance. Indeed, the relations between Barack Obama and Benyamin Netanyahu are marked by very strong tensions between the two men. Indeed, according to the Obama administration, only the creation of two states could lead to peace in the territory. In addition, Obama opposed Operation Protective Edge, a military operation organized by Israel on the Gaza Strip. Finally, it was ultimately with the Trump presidency that Israel once again became a very close ally of the United States.

 

Trump and Israel, a new deal at the heart of discussions

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Trump and Benjamin Netanyahou  shaking their hands 

Since his inauguration, Donald Trump has showed his support to Israel. Indeed, a year after his election, Donald Trump announces that the United States recognizes Jerusalem as the capital of Israel and that the American embassy will be moved from Tel Aviv to Jerusalem. This decision aroused the Palestinians’ anger and the international community’s misunderstanding. Finally, it is for the 70th anniversary of the creation of the State of Israel, on May 14, 2018, that the United States inaugurated its embassy in Jerusalem. Following this event, the diplomatic relations between the United States and Palestine had been broken. Through this historic measure, Donald Trump marks a spectacular break with his predecessors who had tried to promote peace between the Palestinians and the Israelis. Then, in March 2019, Washington recognized the annexation of the Golan Heights by Israel even though the Golan Heights is considered by the international community to be a Syrian territory under the Israeli occupation. Finally, in November 2019, Donald Trump recognized the “legality” of the Israeli settlements, despite international Law.

 

For the past three years, Donald Trump has been trying to organize a “deal of the century” between Palestine and Israel. It was therefore after three years of reflection that on Tuesday January 28, Donald Trump announced his plan for peace. On more than 180 pages, Donald Trump portrays his peace project for the region, a project he announces “win-win for both parties”. On this document Washington proposes the “most realistic two-state solution”. Yet this plan legitimizes the Israeli annexations and recognizes the annexation of the Jordan Valley by Israel. In addition, the plan announces that “Jerusalem will remain the indivisible capital of Israel” and that the Palestinian territories will be demilitarized. If Israeli officials already call this peace plan as “an historical one”, the Palestinians are far from sharing this enthusiasm. Indeed, the Palestinian demands would seem to be carried in the background by this project. With the diplomatic break between the United States and Palestine, the Palestinians were not invited to the negotiations of the treaty. As a consolation prize, Trump plans for Palestine the establishment of a mini Palestinian state in Gaza and the mobilization of some fifty billion dollars of investment in the Palestinian territories. According to M.Abbas, the Palestinian President, this offer is only a machine to undermine the legitimacy of the national cause and to cement the Israeli occupation in the region.

 

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Changing of Israeli Palestinian borders  since 1949

An agreement not without unfortunate consequences…

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Demonstration of the Palestinian people 

On the one hand, this peace agreement is seen by the Israelis as an incitement to annex new territories. In fact, as soon as Donald Trump announced his plan, Netanyahu announced that he could present, as of Sunday, in the Council of Ministers, a proposal for a decree establishing the annexation of the Jordan and West Bank territories. This agreement seems to perfectly meet all of Israel’s expectations and to bring Trump and Netanyahu a little closer. Indeed, following Washington’s announcement, the Israeli president thanked his American “friend” for his recognition of Israel’s “sovereignty” over the occupied territories.

On the other hand, The Palestinians feel aggrieved by this agreement. Excluded from the negotiations, the Palestinians are faced with a “deal” which they have not chosen and whose terms they must accept. According to them, the plan violates their legitimate rights, in particular that of establishing an independent state on the basis of a two-state solution. The anger of the Palestinians was especially expressed in the street since several demonstrations were organized in the West Bank and in the Gaza Strip. During these popular movements, the Palestinian people also expressed their support for the Palestinian leadership in their categorical opposition to the plan. Indeed, a few days earlier, Mahmoud Abbas, the Palestinian president had said about the “deal” that “this conspiracy would not go through”.

Finally, if the Palestinians have expressed their dissatisfaction with the American plan, the international community has also made itself heard. First, several NGOs such as Amnesty International opposed the American deal. Indeed, according to Amnesty International, this agreement does not take into account the historic claims of the Palestinians. In addition, according to these NGOs, the American plan would violate international laws. Besides NGOs, some countries such as Iran and Turkey have also opposed the deal of the century.

“The sorry package of proposals of Donald Trump’s government violates international law and further deprives the Palestinians from their rights, can only lead to an increase in suffering and human rights abuses in Israel and the occupied Palestinian territories” declared Amnesty International.

Finally, the American “deal of the century” constitutes a new drama in this area which has been in conflict for more than 62 years now. If this plan was originally intended to initiate a peace process on the territory, it would seem that it only contributed to worsen the situation. Indeed, for many, Donald Trump’s “Deal of the Century” puts an end to any hope of creating two states living in peace.

Sources :

« Les relations entre Israël et les Etats-Unis » – Irenees
http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-958_fr.html

« Histoire des relations israélo-américaines »- Les Clefs du Moyen-Orient https://www.lesclesdumoyenorient.com/Histoire-des-relations-israelo.html

« Moyen-Orient : à quoi ressemble le plan de paix de Donald Trump ? » -Youtube
https://www.youtube.com/watch?v=cZkCKmYxvVE

« Proche-Orient : la Pax Americana ? » -Youtube
https://www.youtube.com/watch?v=5rBl1Oa3R0w

« Trump présente un plan de paix qui plaît surtout à Nétanyahou » – Courrier International
https://www.courrierinternational.com/article/moyen-orient-trump-presente-un-plan-de-paix-qui-plait-surtout-netanyahou

« Pour Israël, le plan Trump est une incitation à annexer les colonies » – Le Monde
https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/29/pour-israel-le-plan-trump-est-une-incitation-a-annexer-les-colonies_6027629_3210.html

« Amnesty International : “le deal du siècle de Donald Trump viole le droit international » – Inter Lignes
https://www.inter-lignes.com/amnesty-international-le-deal-du-siecle-de-donald-trump-viole-le-droit-international/

« « Le Deal du siècle » n’a rien de nouveau, et l’AP n’est pas à plaindre » – Chronique Palestine
http://www.chroniquepalestine.com/deal-du-siecle-rien-de-nouveau/

« Le deal du siècle : Un deal à la Trump qui donne tout à Israël et rien à la Palestine » – Libe
https://www.libe.ma/Le-dol-du-siecle-Un-deal-a-la-Trump-qui-donne-tout-a-Israel-et-rien-a-la-Palestine_a115224.html

« Le deal du siècle ou la fin d’un espoir » – Les Échos
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/le-deal-du-siecle-ou-la-fin-dun-espoir-1167026

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