Au coeur du conflit Turco-Kurde

English version below

 

I. La révolution Syrienne :

Fin de l’année 2010, le monde arabe est secoué. Hausse des prix des produits alimentaires en Algérie, démantèlement de camps protestataires au Maroc, répression féroce au Yémen et en Syrie, un mouvement contestataire populaire est né mettant à mal les gouvernements qualifiés de despotes par les citoyens. Ce mouvement, né en Tunisie, prolifère par le biais de plusieurs réseaux sociaux, appelant les peuples de différents pays à se mobiliser et à manifester de manière non violente afin de lutter contre la dimension autoritaire et kleptocrate qui prend forme au sein des gouvernements en place. Ainsi commence le « Printemps arabe » que certains appellent même de manière moins formelle « Révolution Facebook ». C’est dans ce contexte que commence la révolution Syrienne.

image1Les actions du gouvernement contre la contestation font plus de 800 morts en Syrie

De ce conflit armé émergent plusieurs groupuscules opposés au régime de Bachar el-Assad : L’Armée Syrienne Libre (ASL), principale force d’opposition ainsi que des ramifications du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation politique armée Kurde, ennemis jurés de la Turquie, longtemps marginalisés par le régime Syrien et considérés comme terroriste par une grande majorité de la communauté internationale à l’instar de l’UE, des États-Unis, du Canada, …

II. Les Kurdes :

Pour mieux comprendre la dynamique de l’intervention Turque en Syrie, il est essentiel de rappeler les origines du peuple Kurde. L’histoire de ces derniers remonte à l’antiquité, au VIIe siècle avant J.C, à une époque où était installée au Moyen-Orient une civilisation formant « l’Empire Mède ». Durant les conquêtes arabo-musulmanes, avec l’expansion de l’Islam, les Kurdes sont convertis, soumis aux armées Arabes et placés sous l’autorité des Empires successifs. Après la guerre ottomano-persane de 1532-1555, la région de « Chahrizor », où vivaient les Kurdes et qui correspond aujourd’hui au nord de l’Irak actuel est officiellement une province ottomane faisant de l’ancien peuple Mède les gardiens de l’Empire Ottoman contre les perses.

A la fin de la première guerre mondiale, le traité de Sèvres de 1920 fut conclu alors que l’Empire Turc s’était effondré. Ce dernier visait à dépecer les Ottomans de leurs provinces, les plaçant sous l’autorité des Alliés ainsi qu’à créer un « territoire autonome des Kurdes ». Il ne verra finalement jamais le jour mais la souveraineté de la Turquie sera assurée par le traité de Lausanne de 1923 sans que les Kurdes ne puissent jamais accéder à leur terre promise.

Ces derniers, composés de 30 à 40 millions d’individus, se dispersent alors dans une zone à cheval sur quatre pays : La Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Cette zone est appelée « Kurdistan ».

III. L’intervention Turque :

L’intervention de la Turquie en Syrie est poussée par des raisons dont les dimensions sont polymorphes. Avec la défaite subie durant les élections municipales, Recep Tayyip Erdogan, président Turc, lance cette opération car il en va de sa perpétuation politique. Avec près de 3,6 millions de migrants installés dans son pays, l’exaspération de la population se fait ressentir, notamment de par cet insuccès interne se traduisant par la perte de grandes villes passées du côté de l’opposition comme Istanbul ou Ankara. C’est dans cette logique même que s’inscrit l’intervention à l’encontre des Kurdes. Selon ses dires, s’emparer de cette zone tampon au nord de la Syrie lui permettrait d’y aménager des institutions publiques, religieuses et autres habitations afin de pouvoir y loger les réfugiés présents sur son territoire. L’initiative de cette action baptisée « Source de paix » a une portée beaucoup moins altruiste. Les Kurdes, principale force de lutte contre l’État Islamique, organisation terroriste responsable d’attentats ayant frappé et secoué le monde, ont été largement soutenus financièrement ainsi que militairement par les grandes puissances occidentales faisant d’eux les principaux protagonistes d’un succès militaire notoire. Ankara voit d’un très mauvais œil cette montée en vigueur manifeste, laissant présager le doute quant à la formation d’un quasi-État kurde aux frontières du pays.

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Convoi militaire turcs à Kilis, près de la frontière Syrienne, le 9 octobre 2019

En dehors de la forme politique que prend cette opération, il en va également d’intentions plus personnelles liées à un profond sentiment nationaliste. En effet, mû par un désir d’imposer la Turquie comme la principale puissance régionale ainsi que par une volonté de faire renaître un Empire Ottoman fort et puissant, le président Erdogan se montre comme étant défenseur, voire leader du monde sunnite en promouvant un discours porteur de valeurs et de modernité.

IV. Le grand gagnant de cette guerre :

La Russie a elle aussi un rôle important à jouer et des motivations très claires. Toutefois, après l’expérience Libyenne et les bombardements de l’OTAN, la Russie n’est plus disposée à laisser le champ libre à l’extension de son hégémonie sur l’ensemble du Moyen-Orient. D’où son ferme soutien au régime de Damas, comme de façon plus discrète à l’Iran.

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Poutine recevant Assad à Sotchi en 2017

Pour la Russie, abandonner cette zone hautement stratégique du monde aux seuls intérêts occidentaux menaceraient sa propre sécurité nationale. En effet, le nouveau développement de combattants islamiques à la faveur des révoltes arabes pourrait amener un regain d’actions terroristes violentes, dans un territoire où près de 10% de la population est musulmane. C’est cette logique même qui se traduit par un soutien sans faille au régime Syrien, que les puissances occidentales, en sens inverse, aidées par la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite, tentent d’abattre par tous les moyens.

En dépit de mesures sécuritaires visant à protéger son pays contre d’éventuels violents mouvements de rébellion, le retrait des troupes américaines du Moyen-Orient fait de Vladimir Poutine et de son pays la seule puissance étrangère influente de cette région du monde.

I. The Syrian revolution :

At the end of 2010, the Arab world was shaken. Rising food prices in Algeria, the dismantling of protest camps in Morocco, fierce repression in Yemen and Syria, a popular protest movement has emerged that undermines governments described by citizens as despots. This movement, which originated in Tunisia, is proliferating through several social networks, calling on people in different countries to mobilize and demonstrate in a non-violent way in order to fight against the authoritarian and kleptocratic dimension that is taking shape within the governments in power. This is how the “Arab Spring” begins, which some even call less formally “Facebook Revolution”. It is in this context that the Syrian revolution begins. From this armed conflict emerged several small groups opposed to the Bashar al-Assad regime: the Syrian Free Army (ASL), the main opposition force, as well as the branches of the Kurdistan Workers’ Party (PKK), a Kurdish armed political organization, sworn enemies of Turkey, long marginalized by the Syrian regime and considered as terrorist by a large majority of the international community, such as the EU, the United States and Canada.

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Government actions against the protest kill more than 800 people in Syria

II. The kurds :

To better understand the dynamics of the Turkish intervention in Syria, it is essential to recall the origins of the Kurdish people. The history of the latter dates back to antiquity, to the 7th century BC, at a time when a civilization forming the “Medieval Empire” was established in the Middle East. During the Arab-Muslim conquests, with the expansion of Islam, the Kurds were converted, subjected to the Arab armies and placed under the authority of successive empires. After the Ottoman-Persian war of 1532-1555, the “Shahrizor” region, where the Kurds lived and which today corresponds to the north of present-day Iraq, is officially an Ottoman province making the former Mède people the guardians of the Ottoman Empire against the Persians.

At the end of the First World War, the 1920 Treaty of Sèvres was concluded when the Turkish Empire had collapsed. The latter aimed to remove the Ottomans from their provinces, placing them under the authority of the Allies and creating an “autonomous territory of the Kurds”. It will never see the light of day, but Turkey’s sovereignty will be ensured by the 1923 Lausanne Treaty without the Kurds ever being able to access their promised land.

The latter, composed of 30 to 40 million people, then spread out in an area straddling four countries: Turkey, Iran, Iraq and Syria. This area is called “Kurdistan”.

III. The Turkey’s intervention :

Turkey’s intervention in Syria is driven by reasons of polymorphic dimensions. With the defeat suffered during the municipal elections, Recep Tayyip Erdogan, Turkish President, launched this operation because it was a political perpetuation. With nearly 3.6 million migrants living in his country, the population’s exasperation is felt, particularly through this internal failure resulting in the loss of large cities that have gone to the opposition side such as Istanbul or Ankara. It is in this logic that the intervention against the Kurds is part of. According to him, seizing this buffer zone in northern Syria would allow him to develop public, religious and other institutions to accommodate refugees on his territory. The initiative of this action called “Source of Peace” has a much less altruistic scope. The Kurds, the main force fighting the Islamic State, a terrorist organisation responsible for attacks that have struck and shaken the world, have received extensive financial and military support from the major Western powers, making them the main protagonists of a notorious military success. Ankara takes a very negative view of this obvious rise in force, raising doubts about the formation of a quasi-Kurdish state on the country’s borders.

Apart from the political form of this operation, it is also a matter of more personal intentions linked to a deep nationalist feeling. Indeed, driven by a desire to impose Turkey as the main regional power as well as by a desire to revive a strong and powerful Ottoman Empire, President Erdogan shows himself to be a defender, even a leader of the Sunni world by promoting a discourse bearing values and modernity.

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Turkish military convoy at Kilis, near the Syrian border, on 9 October 2019

IV. The war’s winner :

Russia has an important role to play and really clear motivations as well. However, after the Libyan experience and NATO’s bombing, Russia is not disposed to let the military organization extend its power in the whole territory anymore. Hence his strong support for Damas’ regime or Iran in a quieter way. For Russia, forsake this strategic area to occidental’s interests could be a threat for its own national security. Indeed, the Islamic soldiers’ development at Arabic rebellions’ favor could generate a revival of terrorist actions, in a territory where live a percentage close to 10% of Muslims. Accordingly, Russia consistently sustains Syria but on the contrary, other occidental nations, helped by Turkey, Qatar, Saudi Arabia want to cut it down by all means.

Despite security measures to protect his country from possible violent rebellion, the withdrawal of American troops from the Middle East has made Vladimir Poutine and his country the only influential foreign powers in that region of the world.

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Poutine receiving Assad in Sochi in 2017

Sources :

 

Courrier International. “Les Kurdes éternels perdants de l’histoire » https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-les-kurdes-eternels-perdants-de-lhistoire (Accessed November 2 2019)

 

Les clés du Moyen-Orient. « Les kurdes :  la conquête musulmane au début du XIXe siècle » https://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Kurdes-Premiere-partie-de-la.html (Accessed November 7 2019)

 

Le Monde. « A qui profite l’opération militaire turque en Syrie ? » https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/24/qui-sont-les-gagnants-de-l-offensive-turque-source-de-paix-en-syrie_6016704_3210.html (Accessed November 3 2019)

 

Courrier International. “Printemps arabe, un lexique” https://www.courrierinternational.com/article/2011/12/22/printemps-arabe-un-lexique

(Accessed November 3 2019)

 

Franceinter « Poutine, grand vainqueur de l’intervention turque en Syrie » https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-14-octobre-2019

(Accessed November 5 2019)

 

Lefigaro « Avec l’intervention turque, comprendre le rôle des principaux acteurs en Syrie »

https://www.lefigaro.fr/international/avec-l-intervention-turque-comprendre-le-role-des-principaux-acteurs-en-syrie-20191014 (Accessed November 6 2019)

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