Royaume-Uni : le Brexit, et après ?

Auteur et traducteur : Najib Harkaoui

Langue originale : français

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Alors que les Britanniques semblent enfin apercevoir le bout du tunnel, plus de trois ans après le début du long processus de sortie de l’Union Européenne (UE) débuté le 23 juin 2016, un certain nombre de questions restent en suspens.

Wesminster.jpgLe quartier de Westminster, Londres.

La fin du feuilleton approche. La sortie des Britanniques de l’UE se précise et semble désormais inéluctable. Après de multiples rebondissements, le Royaume-Uni est donc sur le point de quitter ses partenaires européens qu’il avait rejoint en 1973, dans ce qui était alors la Communauté Économique Européenne.

Si les relations entre Londres et les autres pays de la Communauté n’ont jamais été simples – relations symbolisées par le désormais célèbre « I want my money back » de Margareth Thatcher – l’économie britannique repose en grande partie sur ses échanges avec ses voisins européens. Sur la période 2010 – 2017, d’après les chiffres de l’Office for National Statistics 2  (ONS), 40% des marchandises échangées par le Royaume-Uni l’ont été avec sept de ses partenaires européens (Allemagne, Pays-Bas, France, Irlande, Belgique, Espagne, Italie). Plus encore, selon l’ONS toujours, environ la moitié des transactions du pays sont effectuées avec l’Union.

Naturellement, le Brexit marquant le retour de nombreux obstacles tarifaires et non tarifaires, ces échanges s’en verraient lourdement impactés : le Royaume-Uni serait alors contraint de se tourner vers d’autres horizons. Pour cela, le gouvernement britannique multiplie les accords bilatéraux – plus d’une dizaine depuis le début de l’année – avec notamment la Suisse, Israël ou encore la Corée du Sud.

De son côté, l’allié de toujours, Washington, envisageait en août dernier un accord qui pourrait entrer en vigueur dès le 1er novembre, lendemain de la sortie officielle du Royaume-Uni, sauf en cas de nouveau report. Sur le plan commercial, les États-Unis représentaient dix pourcents des échanges britanniques entre 2010 et 2017, alors que D. Trump évoquait dernièrement un « partenariat inébranlable » avec Londres. « Nous pouvons faire deux à trois fois ce que nous faisons aujourd’hui » déclarait-il sur Twitter en juin dernier. Les bonnes relations entre D. Trump et Boris Johnson pourraient favoriser un tel accord.

Autre espoir côté britannique, le Commonwealth of Nations. Cette organisation, vestige de l’empire colonial du Royaume-Uni, regroupe 53 États parmi lesquels l’Inde, l’Australie ou encore le Canada, et dispose d’un immense potentiel encore largement inexploité par les Britanniques : en 2016, aucun des quinze principaux partenaires du Royaume-Uni n’était membre du Commonwealth. A l’heure actuelle, il s’agit cependant plus d’un mirage, d’un espoir, que d’une réelle opportunité.

BOris et donald.jpgPoignée de main entre Boris Johnson et son homologue états-unien Donald Trump.

En dehors de ces éléments, un autre sujet demeure brûlant et inquiète depuis le référendum de juin 2016 : la question irlandaise. Un Brexit sans accord entre le Royaume-Uni et la République d’Irlande (membre de l’UE depuis 1973 également) marquerait le retour d’une frontière terrestre et des contrôles douaniers et d’immigration qu’elle implique. Or, cette frontière, qui sépare l’Irlande du Nord de la République d’Irlande, demeure particulièrement sensible. L’île d’Irlande fut en effet marquée entre 1968 et 1998 par un conflit ayant fait près de 3500 victimes. Depuis la fin de ce conflit avec l’Accord du Vendredi Saint, cette frontière est stabilisée, notamment du fait des liens économiques étroits entre les deux pays, facilités par leur appartenance commune à l’Union. De nombreux observateurs craignent alors que le retour d’une frontière ravive les tensions jusqu’à remettre en cause l’accord du Vendredi Saint. Il faut en plus de cela rappeler que l’Irlande du Nord est divisée en interne entre les citoyens favorables à une réunification avec la République d’Irlande – dont le parti politique Sinn Féin est l’émanation – et les unionistes – représentés sur la scène politique par le DUP – et que le pays avait voté contre le Brexit à plus de 55% lors du référendum de 2016.  Des accords signés depuis, en novembre 2017 puis le 17 octobre dernier restreignent cependant considérablement l’hypothèse d’une sortie sans accord. Affaire à suivre.

pancarte anti brexit (image 3).jpgPancarte anti-Brexit opposé au retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande.

À l’image des problématiques énoncées plus haut, le Brexit s’éternise et agace, particulièrement les Britanniques eux-mêmes. C’est dans ce contexte, et avec la volonté farouche d’en finir avec ce feuilleton que Boris Johnson, désormais surnommé « Bojo », a succédé à Theresa May au poste de Prime Minister3, le 24 juillet 2019. Mais le zèle dont peut parfois faire preuve le chef du parti Conservateur inquiète, et de plus en plus, se pose la question de la démocratie. En décidant de suspendre le Parlement jusqu’au 14 octobre, fin août dernier, Johnson s’est attiré les foudres de nombreux défenseurs de la démocratie, lui reprochant d’avoir déployé une tactique visant à mettre le Parlement dos au mur pour accepter son accord, quelques jours avant le deadline du 31 octobre. Les pressions exercées sur les députés conservateurs tentés de voter en faveur d’un texte reportant le Brexit, ou encore les menaces de ne pas appliquer un tel texte sont autant d’autres éléments qui inquiètent. Il convient cependant de souligner que tout cela s’effectue, ou s’effectuerait, dans un cadre parfaitement légal.

Toujours sur la question démocratique, de nombreux partis politiques, le Lib Dems4 notamment, ont d’ores et déjà annoncé de futurs amendements pour la loi scellant la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Cela viendrait s’ajouter aux nombreuses concessions déjà faites par Londres à Bruxelles au cours de ces trois dernières années de négociations. Le risque est de voir, in fine, un Brexit qui ne ressemble en rien à ce que voulait les partisans du Leave, sortis vainqueur du référendum du 23 juin 2016. Et alors que Boris Johnson vient de réclamer un autre délai à l’Union Européenne, ainsi que des élections anticipées à l’opposition britannique, il semblerait que le feuilleton Brexit ait encore de beaux jours devant lui…

 

 

Brexit, and then what ?

 

Three years after the beginning of a long process to leave the European Union (EU), started on 23rd June 2016, the British seem to finally see the Brexit come to an end. However, some questions regarding the possible of the said Brexit outcomes remain.

WesminsterWestminster, London.

The end is coming. The British are about to leave the European Union : that is increasingly clear, and now seems unavoidable. After a number of twists, the United Kingdom (UK) is about to leave its European partners, which it joined in 1973, in the European Economic Community.

The relationship between London and the other European countries has always been complicated : the famous « I want my money back » from Margareth Thatcher only confirms it. Yet, the British economy is mostly based on the exchanges with its European neighbors : between 2010 and 2017, 40% of the UK’s products were exchanged with seven of its European partners (Germany, Netherlands, France, Ireland, Belgium, Spain, Italy), according to the Office for National Statistics. Moreover, about 50% of Britain’s transactions were with the EU.

Brexit means the returns of many tariff and non-tariff barriers, so, this kind of exchanges will obvioulsy be more complicated. Consequently, the UK will have to find new strong economical relationships : to achieve that, the government is increasing its number of trade deals – more than ten more since 2019 – with countries like Israel, Swizerland or South Korea.

On the other hand, the UK’s loyal ally, Washington, talked in August about a trade deal which could be effective on November 1st, the day after the UK formally leave the EU, except if there is a new report. The United States made up for ten percent of Britain’s exchanges, while D. Trump told about a « an unwavering partnership » with London. Moreover, the good relations Boris Johnson and Donald Trump have might ease such a deal.

Another source of hope for the British would be the Commonwealth of Nations. This organization, vestige of the British colonial empire, is made up of 53 States, including India, Australia or even Canada, and has a strong potential which the UK has not taken advantage of yet : in 2016, none of the 15 main partners of Britain, was part of the Commonwealth. As for now, it feels more like a hope than a real opportunity.

BOris et donaldHandshake between Boris Johnson and Donald Trump

Besides that, another matter is still a burning issue and has been a source of worry since the Leave’s victory : the Irish border. A Brexit without an agreement between the UK and the Republic of Ireland would mean a hard border and custom and immigration control would have to be set back in place. Yet, this border, which separates Nothern Ireland from the Republic of Ireland, remains highly sensitive. The island of Ireland was indeed marked by a thirty years conflict (1968 – 1998, about 3500 casualties). Thanks to the Good Friday Agreement, which marked the end of this conflict, this border has been stabilized since, mostly because there are very strong economical links between the UK and the Republic of Ireland, links which are eased because they are both members of the European Union. Many experts fear that the come-back of a hard border will revive tensions to the point that the Good Friday Agreement will be questioned. Moreover, Nothern Ireland is still divided between those who want a reunification with the Republic of Ireland – represented by Sinn Féin – and the unionists, –  embodied by the DUP – and it is important to remind that the country voted against Brexit (55% in favour of the Remain). However, recent deals, concluded in November 2017 and a few days ago, on October 17th, strongly diminish the chances of a no-deal about this issue. To be continued…

pancarte anti brexit (image 3)Anti-Brexit sign against the come-back of a hard border

So, Brexit lasts and bothers. It is in this context, and it is with the hard will to finish with this process that Boris Johnson became Prime Minister on July 24th, 2019. But the zeal that the leader of the Conservatives can sometimes show provocates worries. It was for example the case when he suspended the Parliament until October last August, a political move that many defenders of democracy denounced as a tactic to force the Parliament to accept his deal, just few days before the deadline. Lobbying against some Conservatives MPs who would vote in favour of a postponement, or also the threat to not put into practice such a decision also worries British people.

Moreover, many political parties have already promised amendments on the futur law which will seal Brexit. All of these tactics are fully legal. Eventually, Brexit which will be voted could be very different from the original will of the Leave activists. And as Johnson has just called for another postponement, and early elections, it seems like the show « Brexit » has a bright future ahead…

Notes :

  • 1: Littéralement, « je veux qu’on me rende mon argent ». Phrase prononcée par la Dame de fer le 30 novembre 1979, à un journaliste du Guardian.
  • 2: Bureau de la statistique nationale.
  • 3: Chef du gouvernement britannique.
  • 4: Liberal Democrats. Parti politique centriste, ou de centre-gauche.

 

Bibliographie :

 

Le chef de l’OMC met en garde contre le Brexit, Bilan

https://www.bilan.ch/economie/le_chef_de_l_omc_met_en_garde_contre_le_brexit

 

European Network, Quelle est la valeur des échanges entre l’UE et le Royaume-Uni ?, European Data Journalism Network

https://www.europeandatajournalism.eu/fre/News/News-data/Quelle-est-la-valeur-des-echanges-entre-l-UE-et-le-Royaume-Uni

 

Trade in goods: all countries, seasonally adjusted – Office for National Statistics, Ons.gov.uk

https://www.ons.gov.uk/economy/nationalaccounts/balanceofpayments/datasets/uktradeallcountriesseasonallyadjusted

 

Brexit : ces accords discrètement signés par le Royaume-Uni pour parer au « no deal », Les Echos

https://www.lesechos.fr/monde/europe/brexit-ces-accords-discretement-signes-par-le-royaume-uni-pour-parer-au-no-deal-1126174

 

UK trade agreements with non-EU countries in a no-deal Brexit, GOV.UK

https://www.gov.uk/guidance/uk-trade-agreements-with-non-eu-countries-in-a-no-deal-brexit#trade-agreements-that-have-been-signed

 

Comment le Royaume-Uni rebondira-t-il après le Brexit ?, Les Echos

https://www.lesechos.fr/monde/europe/comment-le-royaume-uni-rebondira-t-il-apres-le-brexit-1139161

 

Royaume-Uni: Londres veut resserrer ses liens économiques avec le Commonwealth, RFI

http://www.rfi.fr/economie/20180418-royaume-uni-londres-veut-resserrer-liens-economiques-le-commonwealth

 

Brexit : quelles conséquences pour les deux Irlande ?

https://www.touteleurope.eu/actualite/brexit-quelles-consequences-pour-les-deux-irlande.html

 

Brexit : et l’Irlande dans tout ça ?, Franceinfo

https://www.francetvinfo.fr/monde/royaume-uni/brexit-et-lirlande-dans-tout-ca_3063745.html

 

De l’Irlande du Nord au régime de TVA, les points-clés du nouvel accord du Brexit, Le Monde.fr

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/17/backstop-tva-irlande-du-nord-les-points-cles-du-nouvel-accord-de-brexit_6015904_3210.html

 

Brexit : trois coups de canifs à la démocratie en moins d’une semaine, Les Echos

https://www.lesechos.fr/monde/europe/brexit-trois-coups-de-canifs-a-la-democratie-en-moins-dune-semaine-1128382

 

Brexit : des checkpoints envisagés en Irlande, Capital.fr

https://www.capital.fr/entreprises-marches/brexit-des-checkpoints-envisages-en-irlande-1351660

 

Source des images :

https://www.lenouvelliste.ch/articles/monde/boris-johnson-suspend-le-parlement-863047

https://www.courrierinternational.com/article/royaume-uni-lambassadeur-kim-darroch-vire-par-boris-johnson-sur-les-ordres-de-donald-trump

http://www.rfi.fr/europe/20180329-echeance-brexit-frontiere-irlandaise-union-douaniere-marche-unique

https://angleterre.org.uk/civi/parlement-britannique.htm

 

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