Les nouvelles routes de la soie : une opportunité qui fait débat dans l’Union Européenne

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Auteur: Eléa Fantini                           Traducteur: Naëlia Foky

Langue originale: français

macronsummitLe président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le président chinois, Xi Jinping, le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Paris, le 26 mars 2019. (THIBAULT CAMUS / POOL /AFP)

Le 21 mars, le président chinois Xi Jinping a entamé une ‘’tournée européenne’’, en passant parl’Italie, à Monaco, puis en France. Alors que les ambitions chinoises affichent une volonté d’expansion commerciale, l’enjeu est  complexe pour l’Europe. Dans un contexte de concurrence économique accrue entre les Etats-Unis et la Chine, il est important pour l’Europe de se positionner en tant qu’entité unie face au développement des nouvelles routes de la soie.

Lors de son passage en Europe, Xi Jinping a choisi de se rendre uniquement dans deux pays de l’Union Européenne : l’Italie et la France. Les tensions accrues entre ces deux pays sont représentatives des tensions au sein de l’Union Européenne liées à laquestion chinoise. Dans le cadre d’un accord bilatéral, l’Italie devient le premier pays membre du G7 à accepter de rentrer dans le circuit commercial desnouvelles routes de la soie. Cette stratégie d’expansion commerciale a été pour la première fois dévoilée en 2013, lors de l’accession de Xi Jinping à la tête du pays. Il s’agit pour la Chine de créer un ensemble de lignes maritimes et ferroviaires entre la Chine et l’Europe. Aujourd’hui renommée la Belt and Road Initiative (BRI), elle permettrait de mettre en place une stratégie pour accroitre son développement et son influence à travers toute l’Eurasie, ainsi qu’auprès de pays de l’Union Européenne. La signature italienne envoie donc un message fort, alors que le manque de transparence du projet chinois fait polémique en Europe. map1Lors du passage de Xi Jinping à Paris, la chancelière allemande Angela Merkel ainsi que le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker étaient présents pendant certaines discussions. Contrairement à l’Italie, aucun accord n’a été signéen France concernant la BRI, ce qui montre une fois encore la difficulté qu’à l’Europe à trouver une unité, malgré le souhait de ‘’renouveau de l’Europe’’ exprimé par Emmanuel Macron.

L’Union Européenne et l’Europe en général se retrouvent coincées du point de vue économique et stratégique par les deux puissances que sont la Chine et les Etats-Unis. Alors que Donald Trump affiche son hostilité pour le géant asiatique (à cause dela mise en place de tarifs douaniers de plus de 250 millions de dollars sur les importations chinoises notamment), le gouvernement chinois se doit de trouver des initiatives économiques n’incluant pas les Etats-Unis. Le projet de nouvelles routes de la soie entre alors dans une stratégie visant à écarter les Etats-Unis de son circuit économique.

 La stratégie dite du collier de perle mise en place par la Chine a alors pris de l’ampleur, avec l’acquisition de nombreuses plateformes maritimes, de bases militaires, ainsi que de ports. En prenant possession de ports dans différents pays européens (en Grèce, en Italie, en Espagne, mais aussi en Belgique), elle s’assure une présence stratégique ainsi qu’une maitrise des flux européens. Aujourd’hui, la Chine contrôle près d’un dixième des capacités portuaires européennes. Lors de l’annonce de la mise en place de la BRI, les Etats-Unis n’avaient pas eu de réelle réaction, considérant le projet comme flou et irréalisable. Cependant, dans le contexte actuel, les ambitions chinoises ainsi que les moyens mis en place pour le réaliser, la considération est toute autre. Dans cette guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine, l’Europe se doit de trouver une position franche vis-à-vis des deux acteurs. Comme expliqué précédemment, la difficulté consiste à adopter une idée commune à tous les pays. Le risque pour l’Europe est qu’elle devienne uniquement un ‘’terrain d’influence’’ entre la Chine et les Etats-Unis :d’être une zone où s’affrontent les idéologies économiques des deux pays et non plus une puissance économique mondiale capable d’exister et d’être compétitive en tant que telle.

L’Europe représente pour la Chine une zone indispensable à son projet. Mais de nombreux pays craignent que l’influence chinoise soit telle que les Etats ne puissent plus être souverains de leur propre économie. C’est pourquoi cette visite du président chinois est davantage vue comme une opération de séduction afin de convaincre les grandes puissances européennes à participer à son projet. Ce fut le cas avec l’Italie, et l’accord signé entre les deux pays donne un accès exclusif à la Chine à une économie qui deviendra le troisième plus gros marché de l’Union Européenne après le Brexit. Certains experts pensent qu’en multipliant les accords bilatéraux avec des acteurs phares de l’Europe, la Chine espère mettre la pression sur les pays réticents en les obligeant implicitement à signer eux aussi. Cependant, il est difficile de savoir quel va être l’accueil européen face au projet chinois. En effet, malgré l’envie d’Emmanuel Macron d’afficher une Europe unifiée et avançant dans la même direction, les faits démontrent que plusieurs facteurs empêchent cette unité. Tout d’abord, les Etats-Unis possèdent une forte influence dans beaucoup de pays de l’est de l’Europe. Certains pays comme la Pologne sont réticents à coopérer avec Xi Jinping. A l’inverse, d’autres pays de l’Europe de l’est, ont déjà signé des accords autorisant la technologie 5G de l’entreprise chinoise Huawei.

Lors de la visite de Xi Jinping à Paris, Emmanuel Macron a tenu à ce que le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker soit présent afin de faire de l’Union Européenne un interlocuteur à part entière des négociations. Mais pour le moment il est difficile d’imaginer que le poids décisionnel de l’Union Européenne soit efficace dans le cas des négociations chinoises. Le projet chinois a donc reçu un accueil contrasté, car la Chine est à la fois un acteur redouté et séduisant pour les pays en développement notamment. Il est donc nécessaire pour les grandes puissances européennes d’arriver à tirer parti de cette situation d’interlocuteur privilégié.

One Road One Belt: a polemical opportunity for the European Union

macronsummitOn the 21st of March, Chinese president Xi Jinping started a “European tour”, going through Italy, Monaco and France. As China’s ambition is to increase its expansion when it comes to trade, the challenge becomes more complicated for Europe. In this context of high economic rivalry between the United States and China, Europe must make it clear it will stay united against the development of the One Road One Belt project.

When going to Europe, Xi Jinping chose to visit only two countries which are part of the European Union: Italy and France. The tension between these two countries represents perfectly those within   the European Union regarding China. Italy becomes the first G7 member to enter the new Chinese trading route thanks to a bilateral agreement. The One Road One Belt project, a strategy to develop China’s trade, was first revealed in 2013, when Xi Jinping became president. China’s goal is to create a group of maritime roads and railways connecting China to Europe. Now known as the Belt and Road Initiative (BRI), this project would increase China’s influence among the entire Eurasia, including amongst the European Union. Italy’s agreement with China therefore carries a strong message as the BRI’s lack of transparency is a polemical subject in Europe. During Xi Jinping’s visit in Paris, the German Chancellor Angela Merkel as well as the European Commission president Jean-Claude Junker attended certain meetings. Unlike Italy, no agreement was signed in France regarding the BRI. This shows -again- how much Europe has trouble being united, no matter Emmanuel Macron’s wish of a “renewed Europe”.

The European Union, and Europe in general, are economically and strategically stuck by the United States and China. As Donald Trump is clearly hostile to the Asian power (witness the 250 million dollars tax imposed on Chinese imports), the Chinese government has to find economic strategies which avoid the United States. The BRI seems to be a solution, as it does not include its American opponent. China’s string of pearls strategy has grown with the acquisition of numerous maritime hubs, military bases and ports. By buying and thus owning ports in several European countries (in Greece, Italy, Spain, but also in Belgium), the country strengthens its strategic presence and controls European flows. Nowadays, China controls 1/10thof European ports. The United States did not really react to the BRI launch announcement, as they deemed the project unclear and impossible.map1 However, given the current context, China’s ambitions and its means to run the project, their interest changed. In this economic war opposing China to the United States, Europe must choose its side. As said earlier, Europe has trouble finding a middle ground between all the countries. The risk for Europe would be to simply become a “buffer zone” for the two powers. A zone where Chinese and American ideologies fight instead of a global economic power able to compete.

Europe is a vital zone for China’s BRI. However, several countries fear to lose their economic sovereignty because of the Chinese influence. The Chinese president’s visit is therefore often regarded as way to seduce and convince powerful European countries to take part to the BRI. It worked with Italy, and the agreement signed between the two countries gives to China exclusive access to an economy which will become the 3rdbiggest European market after Brexit. According to experts, China intends to put pressure on reluctant countries by multiplying bilateral agreements. It is nonetheless difficult to predict how the Chinese project will be welcomed by Europe. Indeed, despite Emmanuel Macron’s wish to present a united Europe, facts show that several points make this unity impossible. First, the United State are very influent in many East European countries. Countries like Poland are reluctant to cooperate with Xi Jinping. On the contrary, other East European countries already signed agreements allowing Huawei’s 5G technology on their territories.

During Xi Jinping’s visit in Paris, Macron insisted to have the European commission president Jean-Claude Junker present in order to give to the European Union a major role in the talks. But right now, it is hard to believe that the EU’s opinion is efficient in the negotiations with China. The Chinese project thus received a qualified welcome, as China is an actor both feared and attractive, especially for developing countries. European powers have to take advantage of this position of favoured interlocutor.

References:

Visite de Xi Jinping en Europe : la Chine cherche ses partenaires des nouvelles routes de la soie, IRIS,http://www.iris-france.org/133928-visite-de-xi-jinping-en-europe-la-chine-cherche-ses-partenaires-des-nouvelles-routes-de-la-soie/

La tournée de Xi Jinping en Europe vue par les réseaux chinois, RFI, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190325-tournee-xi-jinping-europe-reseaux-route-soie-chine

Chine-Europe: visite de Xi Jinping en Italie, à Monaco et en France, RFI, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190318-chine-voyage-xi-jinping-italie-monaco-france-projet-routes-soies

Xi Jinping en France, des contrats et des contrariétés, Slate.fr, http://www.slate.fr/story/175155/visite-president-chinois-xi-jinping-france-emmanuel-macron-angela-merkel

Vu d’Allemagne. Xi Jinping joue-t-il à domicile en Europe ?, Courrier International,

https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-xi-jinping-joue-t-il-domicile-en-europe

Quel est le poids réel de la France et de l’Europe face à la Chine ?, Youtube,https://www.youtube.com/watch?v=l5kXZH_I85U&feature=youtu.be

Nouvelle route de la soie, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_route_de_la_soie

http://www.slate.fr/story/157396/chine-ports-europe

“Sur le climat, Xi Jinping a donné des indications claires sur la réduction des émissions”, annonce Emmanuel Macron, Franceinfo, https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/chine-europe-emmanuel-macron-xi-jinping-angela-merkel-jean-claude-juncker-diplomatie-sommet-negociations-economie_3250643.html

Western firms are coining it along China’s One Belt, One Road, The Economist

https://www.economist.com/business/2017/08/03/western-firms-are-coining-it-along-chinas-one-belt-one-road

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