Manifestations anti-gouvernementales :  Une tendance mondiale

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Auteur: Naëlia Foky           Traducteur: Elea Fantini 

Langue originale: français

Les manifestations anti-Bouteflika sont un véritable bouleversement en Algérie . Le pays n’est cependant pas le seul en proie à ce type de manifestations. Partout dans le monde, la voix des peuples s’élève.

algersManifestation à Alger, le 24 février 2019.RYAD KRAMDI / AFP

Tous les spécialistes l’avaient annoncé : l’Algérie n’est pas un pays structurellement affecté par des mouvements contestataires. On a déjà pu le remarquer lorsque la vague du « Printemps Arabe » n’a pas touché le pays. Pourtant, le 22 février 2019, le peuple algérien est descendu dans la rue. Un tel fait qui peut paraître anodin dans un pays démocratique est en réalité un bouleversement pour l’Algérie, dans la mesure où il s’agit de la première manifestation depuis la fin des années 1980. En effet, les Algériens ont gardé en mémoire les ravages causés par la décennie noire des années 1990. Cette guerre civile (1991-2002), opposant le gouvernement à plusieurs groupes islamistes, a fait plus de 60 000 victimes. Le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, n’a pas manqué de rappeler régulièrement les faits à ses citoyens depuis, arguant que cette décennie noire n’était que la conséquence des manifestations anti-gouvernementales des années 1980. De quoi s’assurer de garder le pouvoir sans rencontrer d’obstacles.

Le gouvernement Bouteflika ne s’attendait donc sûrement pas à une telle réaction à l’annonce de sa candidature à un cinquième mandat présidentiel. Car les manifestations qui touchent le pays ont bien été déclenchées par cette déclaration. La candidature de ce président absent de la vie politique, et dont l’état de santé est depuis longtemps inquiétant, a été vécu comme une humiliation. Les véritables causes des protestations résident cependant dans la réalité socio-économique du pays, que le gouvernement semble incapable d’améliorer. La question se pose de savoir comment remplacer les revenus liés à une production pétrolière qui ne pourra plus assurer un revenu suffisant pour le pays sur le long terme. De plus le chômage, qui concerne 1 jeune sur 4, est difficilement accepté par les Algériens.

Face à cette réaction populaire unanime, le gouvernement apparaît désemparé. Après avoir laissé les Algériens descendre dans la rue, alors même que les manifestations sont interdites dans le pays depuis 2001, il multiplie désormais les arrestations.

Par le passé, on a plusieurs fois constaté que les manifestations avaient tendance à se propager d’un pays à l’autre. C’était déjà le cas en 1968 (France, Pologne, Etats-Unis…), et le même phénomène a pu être observé en 2011 (Tunisie, Libye, Egypte…)

Peut-on estimer que cette tendance s’applique aux manifestations actuelles ?  Le peuple algérien n’est pas le seul à descendre dans la rue pour s’opposer à son gouvernement. En France, les “gilets jaunes” manifestent régulièrement depuis novembre 2018, suite à l’annonce de la hausse des prix du carburant. Les manifestants élargissent progressivement le champ de leurs revendications, s’en prenant directement au gouvernement d’Emmanuel Macron. En Haïti, des marches sont organisées depuis début février, pour dénoncer un gouvernement corrompu et inactif face à la pauvreté, et  demander la démission du président Jovenel Moïse. La crise politique vénézuélienne et les nombreuses manifestations anti-Maduro sont également des exemples remarquables. Dans chacun de ces pays, c’est majoritairement l’amélioration des conditions de vie qui est revendiquée par les manifestants faisant face à l’incapacité de leur gouvernement rétablir un équilibre socio-économique.

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Gilets Jaunes Acte XVI, 16ème journée de mobilisation, La Rochelle, 2 mars 2019. PHOTO PIERRE MEUNIE

Les médias jouent un rôle majeur dans cette vague de manifestations. En effet, tous ces mouvements s’organisent autour des réseaux sociaux, et non autour de partis politiques ou de représentants officiels. Par exemple, à l’origine des manifestations en Haïti se trouve le hashtag “#PetrocaribeChallenge”, qui demande un audit de l’utilisation des fonds du programme pétrolier Petrocaribe. Par ailleurs, l’image que donnent les médias des manifestations influence grandement l’opinion publique. Cependant, la situation diffère d’un pays à l’autre. Si en France, les médias sont largement critiqués par les gilets jaunes, qui les accusent de créer des polémiques artificielles, les médias algériens ont du mal à couvrir les événements, notamment à cause du désir du gouvernement algérien d’étouffer l’affaire.

Tout comme en Algérie, les gouvernements haïtien et français n’ont que peu de solutions face aux manifestations populaires. Ces deux gouvernements ont d’ailleurs opté pour la violence face à leurs citoyens. En France, considéré comme le pays des droits de l’homme, les forces armées ont déjà fait plusieurs blessés graves, qu’ils soient gilets jaunes ou simples passants. La situation est pire encore en Haïti, où l’on compte plus de 26 morts. L’Algérie échappe aux violences policières pour le moment mais rien n’indique que le gouvernement n’adoptera pas une position brutale.

Il est difficile de savoir à quoi aboutiront ces événements. Les gouvernements Macron, Moïse et Maduro ne semblent pas enclins à changer de politique, ni à quitter le pouvoir. En ce qui concerne l’Algérie, il est encore trop tôt pour anticiper la décision que prendront Bouteflika et son entourage. Le gouvernement peut encore décider de présenter un autre candidat aux prochaines élections, ce qui permettrait d’apaiser les tensions avec la jeune génération qui demande de plus en plus à être représentée politiquement.

 

The anti-government protests: A global tendency

The anti-Bouteflika demonstrations are an important upheaval in Algeria. However, the country is not the only one which falls prey to this kind of protestations. In all the main areas in the world, the voice of peoples come to rise.

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Protests in Algiers, February 24th, 2019.RYAD KRAMDI / AFP

Every experts announced that Algeria was not the country of claims. We have seen this particularity during the Arab Spring in 2011, as the country was one of the only ones which weren’t touched by the phenomenon. However, on the 22nd of February 2019, the Algerian people came out on the streets. The current protests may seem trivial, but it is a real turmoil for Algeria, because it is the first demonstration since the end of the 1980’s. Indeed, Algerians kept in memory the ravages caused by the ‘’Black decade’’ of the 1990’s. This civil war (1991-2002), which set against the government and several Islamic groups, caused the death to more than 60 000 people. The government of Abdelaziz Bouteflika, leading the country since 1999, kept on reminding these facts to his citizens, explaining that this ‘’Black decade’’ was only the consequences of the anti-governmental protests of the 1980’s. It is a good way to keep the power without any obstacles.

The Bouteflika government wasn’t expecting this reaction to the announcement of his presidential candidacy for a fifth mandate. Indeed, the demonstrations spreading in the country were in fact triggered by this declaration. The candidate, who is absent in the political life  and in a worrying health condition, was lived as a humiliation among Algerians. The real reasons for the protestations concern mostly the socio-economical reality of the country, and the fact that the government seems unable to improve it. The main issue is to find a way to replace the income linked to oil production, since it is reducing. Moreover, unemployment concerns 1 youngster out of 4, a rate which the Algerian people has trouble accepting. With regards to this unanimous popular reaction, the government seems distraught. After allowing Algerians to come out on the street – even though demonstrations are forbidden in Algeria since 2001 – the government multiplies the arrests.

In the past, we have already seen that the protestations tend to spread from a country to another. It was the case in 1968 (France, Poland, United-States…), and the same phenomenon was observed in 2011 (Tunisia, Libya, Egypt…). Can we estimate that this tendency applies to the current demonstrations? The Algerian people is not the only one to protest the government. In France, the “Yellow Vests’’ have demonstrated regularly since November 2018, after the announcement of an increase of fuel’s price. The protestors have progressively widened the field of their claims, criticising directly the government of Emmanuel Macron. In Haiti, several walks were organised since the beginning of February to denounce the corruption within the government, and its inactivity concerning the poverty, and to ask the demission of the president Jovenel Moïse. We also must evoke the anti-Maduro protestations in Venezuela. In each of these countries, the improvement of life conditions is mostly demanded by the demonstrators, as governments are unable to improve the general situation of the country.

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Yellow Vests Act XVI, 16th day of protest, La Rochelle, 2nd of March 2019. PIERRE MEUNIE

Then, the media play an important part in this wave of protestations. On the one hand, all of these are organised around social networks, and not around political parties or official representatives anymore. For example, the hashtag #PetrocaribeChallenge is responsible for the protestations in Haiti: this hashtag means to ask an audit of the use of the funds from the oil program Petrocaribe. On the other hand, the image of the protestations given by the media influences the public opinion a lot. However, the situation is not the same depending on the country. In France, the media are mainly criticised by the “Yellow Vests”, who accuse them to create fake controversies. In Algeria, the media have troulble covering the events, mostly because of Algerian government’s will to hide the affair.

Just as in Algeria, the governments of Haiti and France do not have a lot of solutions to face popular demonstrations. The two latest governments have chosen violence: in France, which is considered as the country of the human rights, the armed forces already are responsible for several injuries, among both “Yellow Vests” and bystanders. The situation is even worse in Haiti, where already more than 26 people died. Algeria escaped police violence for now, but nothing shows that the government will not adopt a brutal position in the following days.

It is therefore difficult to know what the outcome of these events will be. The governments of Macron, Moïse and Maduro don’t seem to be inclined to change their policy, or to leave the power. When it comes to Algeria, it’s too early to anticipate Bouteflika and his entourage’s future decision. The Algerian government can still decide to present another candidate for the next elections. Such a decision would appease the tensions with the young generation, which demands more and more to be politically represented.

Bibliography :

En Algérie, « le régime a surestimé la patience du peuple », Le Monde.fr :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/02/28/en-algerie-le-regime-a-surestime-la-patience-du-peuple_5429638_3212.html

Abdelaziz Bouteflika, l’absent omniprésent en Algérie, Le Monde.fr :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/02/27/en-algerie-abdelaziz-bouteflika-l-absent-omnipresent_5429138_3212.html

Manifestations en Algérie : « Algérie vaincra, démocratie », Le Monde.fr :

https://www.lemonde.fr/afrique/live/2019/03/01/algerie-la-journee-de-manifestations-en-direct_5430065_3212.html

Algérie : comment analyser la contestation ? , Franceinfo :

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/algerie/algerie-comment-analyser-la-contestation_3212957.html

L’Algérie au bord de l’éclosion, Libération.fr :

https://www.liberation.fr/planete/2019/03/01/l-algerie-au-bord-de-l-eclosion_1712529

Haïti : manifestations sur fond de vie chère et de corruption, Le Monde.fr :

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/08/haiti-manifestations-sur-fond-de-vie-chere-et-de-corruption_5420691_3210.html

#PetrocaribeChallenge, la campagne qui mobilise les Haïtiens contre la corruption, France 24 :

https://www.france24.com/fr/20190215-petrocaribe-challenge-campagne-mobilise-haitiens-contre-corruption-jovenel-moise

Sit-in contre “la censure” en Algérie : une dizaine de journalistes arrêtés à Alger, Paris Match :

https://www.parismatch.com/Actu/International/Sit-in-contre-la-censure-en-Algerie-une-dizaine-de-journalistes-arretes-a-Alger-1609279

Gilets jaunes à La Rochelle : une cinquantaine de manifestants dans le centre-ville, Sud-Ouest

https://www.sudouest.fr/2019/03/02/gilets-jaunes-a-la-rochelle-une-cinquantaine-de-manifestants-dans-le-centre-ville-5865127-1391.php

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