Notre planète brûle et nous regardons ailleurs

Auteur : Antoine Mika          Traducteur : Antoine Mika

Langue originale : Français

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L’humanité fait bien face aujourd’hui à la plus grande menace de son histoire. C’est dans ce contexte d’urgence climatique que se réunissaient 197 pays du 3 au 14 décembre à Katowice pour la COP24.

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Le jardin des délices de Jérôme Bosch

Avant d’aborder ce sujet ô combien dramatique et inquiétant du réchauffement climatique, faisons un petit détour artistique. Perdons-nous ensemble dans la contemplation de ce fascinant tableau de Jérôme Bosch baptisé le jardin des délices et peint vers 1500. S’il est certain qu’il y a 500 ans la conscience environnementale n’était pas encore née, les hommes ont cependant toujours eu conscience que l’équilibre du monde était fragile et menacé par des forces occultes. Comme si la frontière entre le paradis terrestre et l’enfer pouvait à tout instant être franchie sans retour en arrière possible. Au fil des siècles, de l’industrialisation et de la marche vers le progrès, ces croyances et ces superstitions se sont muées en une unique et indiscutable réalité : le réchauffement climatique. Nous ne sommes donc plus dans le domaine de la croyance mais dans celui du fait avéré et prouvé. L’humanité fait bien face aujourd’hui à la plus grande menace de son histoire. Maintenant que nous avons pris conscience de cette menace et que nous lui avons donné un nom. Comment dès lors, en regardant le tableau, ne pas faire un parallèle avec notre situation actuelle et nous demander avec inquiétude si nous n’avons pas déjà franchi la frontière entre le panneau central du triptyque et le panneau de droite.

Picture2Lancement de la COP24 à Katowice, Pologne

C’est dans ce contexte d’urgence climatique que se réunissent 197 pays du 3 au 14 décembre à Katowice pour la COP24 (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques). Deux objectifs principaux mobiliseront toutes les énergies des diplomates. Le premier est de définir et de mettre en place des règles d’application des mesures votées lors de la COP21 (accord de Paris) en 2015 afin d’atteindre l’objectif d’un réchauffement au-dessous de 2°C. Pour rappel, les mesures phares de cette COP 21 étaient notamment la neutralité carbone d’ici 2050 (ne pas émettre plus de dioxyde de carbone que la terre ne peut en absorber) et la mise en place d’un fonds dédié à la lutte contre le réchauffement climatique de 100 milliards de $ d’ici 2020. La priorité pour la COP24 est donc d’imposer une transparence complète des contributions des Etats à la lutte contre le réchauffement climatique. Le deuxième objectif de cette COP 24 est de relancer le dialogue de Talanoa instauré lors de la cop 23 à Bonn. Ce dialogue interactif entre les Etats a pour but d’inciter les gouvernements à revoir leur ambition écologique à la hausse.

Cependant, après l’euphorie de la COP21 qui avait conclu un accord inédit impliquant notamment les deux premiers pollueurs au monde : les Etats-Unis et la Chine. Le pessimisme semble prédominer à nouveau. En effet, le dernier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a fait grand bruit juste avant l’ouverture de la COP24. Dans ce rapport, les experts décrivent avec précision les conséquences d’un réchauffement à 2°C. Des conséquences dévastatrices pour la biodiversité et en particulier pour l’humanité. Puisque nous en sommes déjà à +0.9°C nous avons pu en avoir un aperçu ces dernières années et en particulier cet été avec la multiplication et l’intensification des cyclones, des sécheresses et des feux de forêts gigantesques. Or en 2018, malgré les engagements pris en 2015, les émissions de CO2 ont augmenté de 2%, nous éloignant encore un peu plus du scénario d’un réchauffement à 2°C. Les dernières estimations font ainsi état d’un réchauffement à 3,8°C d’ici 2100 si rien n’est fait.

Les causes de cette stagnation voire régression dans la lutte contre le réchauffement climatique sont multiples. On peut toutefois distinguer le manque de volontarisme politique depuis la COP21. En effet l’accession au pouvoir de Donald Trump et sa décision de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris n’a pas arrangé les choses. De même l’élection du climato-sceptique Jair Bolsonaro au Brésil (8èmeplus gros pollueur) et son refus d’accueillir la COP25 n’invitent pas à beaucoup d’optimisme. Même dans les pays pourtant leaders dans la transition énergétique, notamment en Europe, on remarque un net décalage entre les ambitions environnementales affichées en 2015 à Paris et les moyens alloués réellement aux politiques environnementales. L’un des exemples les plus frappant est celui de la France et de son gouvernement qui s’étaient dans un premier temps positionnés en leader de la lutte contre le réchauffement climatique lors de la COP21 et qui enregistre aujourd’hui une augmentation de ses émissions de dioxyde de carbone de 2.7%.  La transition écologique annoncée par le gouvernement de Monsieur Macron s’est rapidement heurtée à l’hostilité de l’opinion publique et des lobbys pour finalement être peu à peu détricotée et conduire à la démission de l’emblématique ministre de l’écologie Nicolas Hulot. La dernière reculade en date : le moratoire de six mois sur l’augmentation de la taxe écologique sur le diesel pour satisfaire les « gilets jaunes », alimente la déception des militants écologistes et ne fait que retarder l’inévitable sortie de la dépendance aux énergies fossiles.

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Face à ce constat décevant, il serait trop facile de tomber dans le fatalisme et le pessimisme. Le temps nous est compté mais il est encore possible de rectifier la trajectoire et de retrouver la dynamique de la COP21 pour limiter le réchauffement climatique à un niveau acceptable. Les défis concernant la COP24 sont certes nombreux, mais pas insurmontables. Ils sont très exactement au nombre de 5. Tout d’abord, comme évoqué précédemment, il faut définir les règles strictes et définitives de la mise en place de l’Accord de Paris avec une transparence totale des pays sur leur avancement. Ensuite, il est important que tous les pays signataires de l’Accord le ratifient sans plus attendre et commencent à mettre en place une véritable transition écologique. Il est également urgent de trouver des financements à la transition environnementale. Actuellement sur les 100 milliards de dollars par an promis à Paris seulement 57,5 ont été versés en 2017. Cependant la Banque Mondiale a déjà annoncé une aide de 200 milliards de dollars pour aider les pays en développement dans leur transition. Quatrièmement il faut impliquer davantage les acteurs non-étatiques (villes, entreprises, régions…) qui à eux seuls ont un potentiel de réduction des émissions colossal. Enfin il conviendrait de mettre en place un accompagnement social des politiques de transition écologique pour ne plus opposer protection de l’environnement et justice sociale. La transition écologique n’est pas une option et elle doit avoir lieu. Mais elle doit aider la population à s’adapter et l’accompagner dans les changements nécessaires. Si elle ne le fait pas, elle sera rejetée inévitablement.

Finalement les dirigeants ne peuvent rien sans l’appui des populations. En effet, si puissants soient-ils, ils n’ont pas le pouvoir de s’opposer seuls aux lobbys des énergies fossiles et aux immenses enjeux politico-financiers. Seule la société civile peut faire bouger les lignes et remettre en question les fondements de nos économies depuis les débuts de l’industrialisation. Il est donc important qu’une conscience environnementale se développe à travers le monde et fédère les populations dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cette conscience est déjà présente et elle ne cesse de s’étendre, néanmoins elle est menacée et ralentie par la persistance d’un climato-scepticisme qui lorsqu’il n’est pas tout simplement motivé par des intérêts financiers, traduit un certain déni, très humain, devant les catastrophes qui s’annoncent. Ce sursaut environnemental, absolument capital, n’est pas une utopie, il existe déjà et grandit de jour en jour dans les consciences.

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Marche pour le climat, Paris

Our planet is burning, and we look elsewhere

Humanity is now facing with the biggest threat of its history. It is in this context of climate emergency that 197 countries gathered from the 3rd to the 14th of December in Katowice for the COP24. 

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The garden of delights, Jerome Bosch

Before addressing the dramatic and worrying issue of climate change, let’s make a little artistic detour.  Let’s take a short time to behold this fascinating painting from Jerome Bosch, entitled “the garden of delights” and painted around 1500. Even if the environmental consciousness was not yet born, men have always had the feeling that the balance of the world was fragile and threatened by hidden forces. As if the border between earthly paradise and hell could be at any time crossed without any possible step backwards. Through the centuries, the industrialization and the march of progress, these beliefs and superstitions have turned themselves into a unique and indisputable reality: climate change. We are not anymore in a domain of belief, we are talking about a known and proven fact. Humanity is now facing with the biggest threat in its history. Now, that we have become aware of this threat and we have given a name to it. How is it therefore possible not to draw a parallel between the painting and our current situation and not to ask ourselves, with concern, if we have already crossed the border between the central panel of the painting and the right one.

Picture2COP24 in Katowice, Poland

It is in this context of climate emergency that 197 countries are gathering from 3 to 14 December in Katowice (Poland) for the COP24. Diplomats will focus on two goals. The first one is to define and set up rules for the implementing of COP21’s measures in 2015 so as to curb the global warming under 2°C. Just to remind, flagship measures of this COP21 were to achieve carbon neutrality (not to emit more carbon dioxide than the earth can absorb) and set up a hundred billion funds dedicated to the struggle against climate change by 2020. That is why, the priority for the COP24 is to enforce a complete transparency on the contributions of States to the fight againstglobal warming. The second goal is to restart the dialogue of Talanoa implemented during the COP23 in Bonn. This interactive dialogue is to incite States to step up their ecological ambition.

Nevertheless, after the craze for the COP21, which sat up a successful agreement and was supported by the two largest polluters: China and the USA.  Pessimism seems to be back. Indeed, the last study from GIEC (intergovernmental group of experts on climate change) made a splash just before the opening of the COP24. In this study, experts describe precisely what would be the consequences of a global warming at 1.5°C and then at 2°C.  Undoubtedly devastating consequences for biodiversity and especially for mankind. Since we have already reached a warming of 0.9°C, we have experimented some of them this summer with the intensification of hurricanes, droughts and huge forest fires. Though, despite the Paris agreement, CO2 emissions have increased by 2% in 2018, which is quite bad if we want to curb the global warming under 2°C. Latest estimations forecast a warming up to 3.8°C in 2100 if nothing is done.

There are plenty of causes of this stagnation  in the struggle against climate change. Nonetheless, we can single out the lack of political will since the COP21. Indeed, the election of Donald Trump and his decision to withdraw the USA from the Paris agreement didn’t make things better. Likewise, the election of the climate-sceptic Jair Bolsonaro in Brasil (8thbiggest polluter) and his refusal to host the COP25 does not invite to a greater optimism. Even among the leading countries in the energy transition, especially in Europe, we can notice a gap between environmental ambitions of COP21 and the funds really allocated to environmental policies. One of the most striking examples is France and its government, which were at first one of the leading figures of the energy transition during COP21 and now is facing with a 2.7% increase in CO2 emissions. Ecological transition announced by the president Macron has quickly encountered the hostility of the public opinion and the lobbies. Finally, it has been slowly dismantled and lead to the resignation of the iconic Minister for Ecology Nicolas Hulot. The last step backwards: the six-month moratorium on the increase of the ecological tax on diesel, fuels the environmental activists’ disappointment and delays the inevitable output of fossil fuels dependence.

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Considering this disappointing finding, it would be too easy to fall down into fatalism and pessimism. Time is running, but it is possible to get back in the right way to regain COP21 dynamics and to restrict global warming at an acceptable level. Challenges of COP24 are numerous but not insurmountable. There are precisely four. The first one is to set up a strict and permanent regulation on Paris Agreement implementation with a full transparency on the progress of States. Then, it is important that all signatory countries of the Agreement ratify it and start to launch an efficient energy transition. It is also pressing to find funding for the environmental transition.  Currently, only 57.5 billion dollars of the 100 per year promised in Paris has been paid out in 2017. However, the World Bank has announced an aid of 200 billion dollars to help emerging countries in their transition. Fourthly, we must involve non-State actors (cities, companies, localities…) because they can make things change. Finally, it would be better to set up a social support of ecological transition policies so as to not oppose environment protection and social justice. Ecological transition is not an option and it has to be achieved. Nevertheless, it has to help people to adapt through changes. If it is not done, it will be inevitably rejected.

To conclude political leaders can not do anything without the support of the population. Indeed, powerful as they may be, they have not the power to face alone with fossil fuels lobbies and tremendous political and economical stakes. The only one who can is the civil society. Therefore, it is necessary that the environmental consciousness spreads all around the world and federates people in the fight against climate change. This consciousness already exists, nonetheless it is threatened and stopped by the persistent of a global warming skepticism, which is often driven by cupidity or the denial in front of the disasters. This environmental awareness is not a utopia, it is growing up every day.

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Sources :

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