Bosnia, the country that was not one

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Author and translator : Guillaume Lang

Dayton, December 14th 1995. The presidents of the Yugoslav federation, of Bosnia-Herzegovina, Serbia and Croatia met to sign agreements to end the civil war opposing Croatians, Serbians and Bosnians.
Concretely, the Dayton agreements allows to preserve the territorial integrity of Bosnia-Herzegovina while guaranteeing an ethnic separation through the creation of two federal entities. Thus, this resulted in the creation of the Serbian Republic of Bosnia (Republika Sprska in Serbian) and the Croat-Muslim federation, shared between Croats and Muslims. The agreements do indeed make it possible to avoid the territorial partition of Bosnia between two sovereign states. In fact, the two new entities do not have much in common.

Indeed, the Bosnian government as such is a chimera established by the Americans. In fact, this government is made up of three different presidents, each representing an ethnic group. This collegial presidency is only intended to represent Bosnia internationally by consensus between the three presidents. This is one of the first limits of the Dayton agreements. Indeed, the three presidents have different opinions, resulting in the abstention to decisions taken by the United Nations. More generally, it results in the inability to step-up on the international scene. In general, it is the entities principle that makes Bosnian policies incoherents. In fact, the Bosnian government does not have much control. Only the entities have real power, which further complicates Bosnian actions. Thus, 160 ministries respond to 13 governmental institutions in Bosnia. In comparison, France is served by 4 governmental institutions and 22 ministries. Such a fragmented country cannot function properly. This statement is supported by the economic and political state of the country. The Dayton agreements have created a puppet government, with a monetary policy based on a rate of exchange linked to the euro; a currency far too strong for a country still recovering from the civil war. As companies have lost competitiveness, and exports have almost ceased. Just like the domestic demand, which has been slow-moving since the end of the civil war. The IMF conditioned its aid based on a policy of austerity. However, spending are being frozen, the debt has increased and unemployment reaches 28%, of which 58% among young people. In the end, the only consequence of this policy was the reemergence of nationalist movements, which was already very present in Bosnia.

However, economic problems in Bosnia are only a reflection of the real Bosnian danger. For the majority of the population, the Dayton agreements have even less legitimacy than the Versailles agreements for the German population after the first World War. For the Croato-Bosnians, who were about to win the civil war, they were deprived of an prodigious victory. Their army being at the gates of Banja Luka, the capital of Croatia. The Serbian population was thus in favor of joining Serbia instead of signing these agreements. In addition, both sides felt aggrieved. Historically Serb lands are indeed attached to the Croato-Bosnian federation while Bosnian lands have been given to Republika Srpska. In a sense, nobody wanted this agreement and no one wanted this government. Thus, in none of the 13 institutions you can find a party claiming unity between Serbian, Croat and Bosnian. For instance, the Army is divided between each ethnic group. Consequently, each ethnic group trains and commands its soldiers independently without any coordination with the other parts of the army or the government. Segregation is everywhere. In Bosnia, nationalist sentiment is exacerbated. The economy is struggling to meet people’s needs.

This explosive cocktail can only end poorly. Inter-ethnic tensions are still very present in Bosnia. While memories of the civil war have been enough to prevent the birth of a new conflict, the new generation of Serbs, Bosnians and Croats have not experienced these events. Subject to ethnic segregation since their childhood, these new Bosnian citizens are hostile to a possible reconciliation. They are ready to defend their inheritances and their grounds against the other ethnic groups composing Bosnia. We interviewed a young Bosnian and its testimony is particularly harsh. We asked him the following question, “Do you think that a war will burst again in Bosnia?” The answer was without appeal, “yes, maybe in 10 years, or in 5, but it will burst.” Moreover, this same Bosnian is said to be ready to enroll himself in the Army in case of an armed conflict. For the moment, no plausible outcome has been found by the international community. However, Bosnia as it is now does not have enough assets to become a stable and sovereign state. Awareness of the population and its elites is needed for Bosnia to finally become a relevant state on a European and on a global scale.

 

La Bosnie, le pays qui n’en était pas un

Dayton, le 14 décembre 1995. Les présidents de la Fédération Yougoslave, de la Bosnie-Herzégovine, de la Serbie et de la Croatie se réunissent afin de paragrapher les accords mettant fin à la guerre civile opposant croates ,serbes et bosniaques.

Concrètement, les accords de Dayton permettent avant tout  de conserver l’intégrité territoriale de la Bosnie–Herzégovine tout en garantissant une séparation ethnique via la création de deux entités fédérales. Ainsi, il en résulta la création de la République Serbe de Bosnie, ( Republika Sprska en serbe)  et la fédération croato-musulmane, cette dernière étant partagée entre croate et musulmans. Si théoriquement les accords permettent bel et bien d’éviter la partition territoriale de la Bosnie entre deux états souverains, dans les faits, les deux nouvelles entités n’ont pas grand-chose en commun.

En effet, le gouvernement bosnien en tant que tel n’est qu’une chimère instaurée par les américains. Dans les faits, ce gouvernement est composé de trois présidents différents, chacun représentant un groupe éthnique. Cette présidence collégiale n’a pour seule raison d’être de représenter la Bosnie à l’international par consensus entre les trois présidents. C’est ainsi que l’on constate une des premières limites de cet accord. En effet, les trois présidents ne se mettent que très rarement d’accord, il en résulte une abstention à la majorité des décisions prises aux Nations Unies ainsi que, plus globalement, une incapacité à avancer sur la scène internationale. En général, c’est le principe même des entités qui rend incohérent la politique bosnienne. En effet, mis a part les affaires étrangères, le gouvernement bosnien ne contrôle pas grand-chose. Seuls les entités disposent d’un réel pouvoir, ce qui complexifie d’autant plus la politique bosnienne. Ainsi, c’est 160 ministères servant 13 institutions gouvernementales qui sont répartis en Bosnie. A titre de comparaison, un pays comme la France est servi par 4 institutions gouvernementales et 22 ministères pour une taille et une population sans commune mesure avec la Bosnie-Herzégovine. Un pays aussi fragmenté ne peut théoriquement pas fonctionner correctement. Dans les faits,  cette constatation est  confirmée par l’état économique et politique du pays. Les accords de Dayton ont créé un gouvernement fantoche, disposant d’une politique monétaire basée sur un taux de changes liés a l’euro, monnaie bien trop forte pour un pays sortant de la guerre civile. Les entreprises ayant perdu toute compétitivité, les exportations ont quasiment cessé, tout comme la demande intérieure qui se trouve être atone depuis la fin de la guerre civile. Le FMI ayant conditionné son aide à une politique d’austérité, les dépenses ont été gelées, la dette a augmenté et le chômage atteint 28%, dont 58% chez les jeunes. Au final, la seule conséquence de cette politique fut un rebond des mouvements nationalistes, pourtant déjà très présents en Bosnie.

Cependant, les problèmes économiques en Bosnie ne sont que révélateurs du véritable danger Bosnien. Pour la majorité de la population, les accords de Dayton ont encore moins de légitimité que les accords de Versailles pour la population allemande au sortir de la première guerre mondiale. C’est un traité où les belligérants ont été amenés de force. Pour les croato-bosniaque, en passe de remporter la guerre civile, nous les avons privés d’une écrasante victoire, leur armée étant aux portes de Banja Luka, la capitale de la Srpska. Tandis que la population serbe était majoritairement en faveur d’un rattachement à la Serbie au lieu de la signature de ces accords. De plus, les deux camps s’estiment lésés, des terres historiquement serbes sont, en effet, rattachées à la fédération croato-bosniaque tandis que des terres bosniaques ont été données à la Republika Srpska. En un sens, personne ne voulait de cet accord et personne ne voulait de ce gouvernement. Ainsi, nous ne trouvons dans aucune des 13 institutions un parti se réclamant de l’union entre serbe, croate et bosniaque. Une institution aussi importante que l’armée se retrouve ainsi divisée entre chaque ethnie. Ainsi, si officiellement, toutes sont censées se réclamer de la même armée, chaque ethnie entraîne et commande ses soldats indépendamment et sans coordination avec les autres parties de l’armée ou le gouvernement. La ségrégation est partout en Bosnie, le sentiment nationaliste est exacerbé de tout coté et l’économie peine à subvenir aux besoins de la population.

Ce cocktail explosif ne peut que mal se terminer.  Les tensions inter-ethniques sont toujours très présentes en Bosnie, et, alors que les souvenirs de la guerre civile ont suffi à éviter la naissance d’un nouveau conflit, la nouvelle génération de serbes, bosniaques et croates n’ayant pas connu ces événements arrive à l’Age adulte. Sujet à une ségrégation ethnique mises en place depuis leur enfance, ces nouveaux citoyens bosniens ne sont guère en faveur d’une réconciliation, au contraire. N’ayant pas connu la guerre, ils sont prêts à défendre leurs héritages et leurs terres contre les autres ethnies composant la Bosnie. Ainsi, le témoignage d’un jeune bosnien est particulièrement révélateur, à la question « pensez-vous qu’une guerre éclatera à nouveau en Bosnie » la réponse fut sans appel ; « oui, peut-être dans 10 ans, ou dans 5, mais elle éclatera ». Ce même citoyen bosnien se dit par la suite prêt à s’engager en cas de conflit armée. Pour l’instant, aucune issue plausible n’a été trouvée par la communauté internationale, mais la Bosnie en tant que telle ne dispose pas de suffisamment d’atouts pour devenir un état stable et souverain. Il faudrait une prise de conscience de la population et de ses élites pour que la Bosnie devienne enfin un état pertinent à l’échelle européenne et mondiale.

 

References

Bosnie-Herzégovine – Taux de chômage (%) – 2016. 2018. Bosnie-Herzégovine – Taux de chômage (%) – 2016. [ONLINE] Available at: https://fr.actualitix.com/pays/bih/bosnie-herzegovine-taux-de-chomage.php.

Cadrage général Bosnie-Herzégovine . 2018. Cadrage général Bosnie-Herzégovine . [ONLINE] Available at: https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/17219_cadrage-general-bosnie-herzegovine.

Constitution de la République serbe de Bosnie — Wikipédia. 2018. Constitution de la République serbe de Bosnie — Wikipédia. [ONLINE] Available at: https://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_de_la_République_serbe_de_Bosnie.

La galère économique de la Bosnie-et-Herzégovine | Perspective Monde. 2018. La galère économique de la Bosnie-et-Herzégovine | Perspective Monde. [ONLINE] Available at: http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=2396.

Le Huffington Post. 2018. Bosnie-Herzégovine: pourquoi le système politique demeure instable? | Le Huffington Post. [ONLINE] Available at: https://www.huffingtonpost.fr/arnaud-castaignet/centenaire-attentats-sarajevo_b_5537605.html.

Le Monde diplomatique. 2018. Bosnie, le partage de Dayton (21 septembre 1995), par Philippe Rekacewicz (Le Monde diplomatique, janvier 1999). [ONLINE] Available at: https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/bosniemdv1999

Présidence de la Bosnie-Herzégovine — Wikipédia. 2018. Présidence de la Bosnie-Herzégovine — Wikipédia. [ONLINE] Available at: https://fr.wikipedia.org/wiki/Présidence_de_la_Bosnie-Herzégovine.

YouTube. 2018. Accords de Dayton : 20 ans après, à quoi ressemble la Bosnie? – YouTube. [ONLINE] Available at: https://www.youtube.com/watch?v=8wulwln4F_4.

 

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