Russie, des résultats électoraux surprenants ?

Auteur: Donatien Bertaud. 

« La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres. » affirmait Churchill.  Ce qu’a bien compris Vladimir Poutine en marche vers une domination absolue de la scène politique Russe.

Gagner les élections c’est bien. Gagner les élections sans aucun risque de les perdre c’est mieux.

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Vladimir Poutine a assuré sa victoire aux élections de 2018 de manière à ce qu’aucune bévue ne puisse survenir. Tout d’abord, il s’est assuré que ne pourraient participer les opposants qui sont loin d’être une menace mais dont la présence et les résultats pourraient être gênant. Ainsi, Boris Nemtsov, ancien vice-président du gouvernement Russe, opposant politique intégré dans le système, a été assassiné sur le pont en face du Kremlin ce qui, selon nombre d’analyste, serait lié à son opposition affirmée au régime de Mr Poutine. Bien que cela n’ait pu être prouvé explicitement, ce n’est pas la seule méthode dont dispose l’homme fort du Kremlin. Ainsi, il a su empêcher Alexey Navalny opposant médiatique de Vladimir Poutine de se présenter à l’élection. Cette figure de proue de l’opposition a été arrêté à maintes reprises pour l’organisation de manifestations non autorisées par les autorités générant des troubles à l’ordre public. En raison de ces multiples condamnations et de ces propos jugés « mensongers », notamment son documentaire exposant les supposées richesses de Dimitri Medvedev (qui aurait reçu des pots de vin sous forme notamment de propriétés immobilières dont la valeur totale se compterait en centaine de million d’euros), l’opposant n’a pu se présenter à la présidentielle. Ceci découle des peines auxquelles il a été condamné notamment 5 ans de camp de travail avec sursis en 2013 pour détournement de fonds. Néanmoins, une fois ces opposants « dangereux » ou potentielles sources de trouble éliminées, il est nécessaire de trouver d’autres figures d’opposition car une élection ne saurait être tenue sans débats et avec la présence d’un seul candidat. Dans la plus grande tradition russe depuis l’effondrement du mur, le parti communiste propose un candidat. Un candidat millionnaire, ce qui peut surprendre de la part du parti des prolétaires. Ce candidat, Pavel Groudinine, véritable révélation de la campagne a fait sa fortune dans la culture de fraise et est un opposant moins féroce à Vladimir Poutine qu’Alexey Navalny. L’extrême droite a quant à elle misé sur Vladimir Jirinovski représentant d’un parti anti-système. C’est « un vieux de la vieille » car c’est la cinquième fois qu’il se présente à l’élection. Il est plus un fantôme d’opposition qu’un opposant réel. De son côté, Ksenia Sobtchak, dont la majorité des analystes doutait de la sincérité en raison des liens de son père ancien, maire de St Petersburg, et de Vladimir Poutine, s’est trouvée être une figure d’opposition inattendue. Malgré les doutes à son encontre et son score bien plus faible que certains ne le présumaient, elle a marqué la scène politique Russe. A l’annonce de sa candidature certains « think tank » tel que la section Russie et Eurasie du CSIS (Center for strategic and International studies ) voyaient en elle une figure de l’opposition autorisée par le Kremlin. Elle a su se défaire de cette image en s’appuyant sur une plateforme de campagne reprenant des idées qui séduisent à l’ouest. En effet, l’un des thèmes essentiels de sa campagne était l’éducation et la lutte pour le retour à une réelle démocratie en Russie. Elle n’a pas hésité à tenir des propos qui ont déplu au gouvernement affirmant que la Crimée était Ukrainienne alors que la date de l’élection avait été modifié à dessein par Vladimir Poutine pour coïncider avec l’anniversaire de l’indépendance de la Région. De plus, la candidate ex-star de télé-réalité n’a pas tergiversé à se rendre aux Etats-Unis malgré les accusations de collaboration avec l’adversaire qui n’ont pas manqué de surgir. Elle a été malmenée lors de la campagne, ses opposants n’hésitant pas à la traiter de catin. Mais ces conflits internes n’ont su maculer l’image de Vladimir Poutine qui ne s’est pas aventuré à participer aux différents débats présidentiels.

Alors que l’on nous répète sans cesse que Vladimir Poutine est extrêmement populaire en Russie. En effet, un sondage du Levada center institut de sondage Russe en 2016 créditait Poutine plus de 83% d’opinion favorable dans la population Russe. Cependant, il ne se limite pas à cette popularité et souhaite assurer sa victoire selon des objectifs qu’il a lui-même fixés et qui seront relayés à l’ensemble des administrations. Selon les conférenciers du CSIS, les consignes étaient : 70% de participations et 70% des voix pour Poutine. Bien que la participation n’ait pas atteint le seuil requis la part des votes pour Poutine est plus que satisfaisante.

Des soupçons de fraude subsistent toujours. En effet, une pratique traditionnelle en Russie est pour les membres des administrations ou les personnes recevant des subsides de l’Etat d’être invités à voter Poutine et à se prendre en photo avec leur bulletin de vote s’ils souhaitent conserver leur traitement actuel. De plus, des caméras étaient installées dans certains bureaux de votes pour prévenir le bourrage d’urnes. Or, selon le directeur de campagne de Mme Sobtchak de nombreuses vidéos de tels actes ont été enregistrées mais l’Etat ne donnant pas suite, ces images ont une utilité limitée. Ainsi, Poutine assure une victoire digne de ce nom aux élections bien qu’il eut sans doute gagné sans cela du fait de la faiblesse de son opposition.

 

 Un président dont la stabilité au pouvoir ne saurait être remise en question

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« Un président fort, une Russie forte. » Avec un slogan tel que celui-ci le ton est donné. Poutine a cherché à démontrer qu’il est le seul capable de faire de la Russie un acteur de premier plan sur la scène internationale. Il a d’ailleurs fait en sorte que sa campagne soit parsemée d’éléments rappelant ses grandes réussites de ces dernières années. Tout d’abord, il a décalé le jour de l’élection à la date d’anniversaire de l’indépendance de la Crimée rappelant sont rôle de protecteur de l’ensemble du peuple Russe surlignant la façon dont il a su faire face à l’occident sur cette question et reste aujourd’hui encore intransigeant malgré les sanctions économiques. De plus, la présentation un peu plus de deux semaines avant les élections des nouveaux systèmes d’armement Russes capable de se jouer des infrastructures anti-missiles américaines est venue rappeler que Poutine a permis à la Russie de retrouver ce rôle de grande puissance. C’est par la même occasion une bonne diversion pour masquer les résultats économiques en demi-teinte de son dernier mandat. En effet, malgré une reprise timorée de la croissance cette année (1,5% au lieu des 1,8% prévu par le FMI), la chute des cours du pétrole en 2015-2016 ainsi que la fragilité de certaines banques privées ont amené l’Etat à jouer un rôle plus important dans l’économie. Les Russes ne sont pas si satisfaits des résultats économiques de Poutine. La même étude du Levada center de 2016 accordait à la politique d’emploi de Poutine seulement 60% de soutien au sein de la population. Néanmoins, Poutine limite toutes contestations, à son égard ou à l’égard de son parti et à ceux qu’il soutient. Ceci peut notamment s’observer avec la modification des modes d’élection dès que Russie Uni, le parti de Poutine, ou encore les personnes soutenues par le président sont en perte de vitesse ou perdent les élections. Ainsi, suite à une diminution du soutien en faveur de son parti au législative de 2011, l’actuel Président a modifié le mode de scrutin pour passer d’un vote proportionnel à un système de vote mixte proportionnel dans les régions où le parti de Poutine se porte bien. Il reste nominal dans les régions où les candidats obtiennent de meilleurs résultats en s’appuyant plus faiblement sur le soutien de Russie Uni. De même, à l’échelle locale les élections des maires des grandes villes ont été modifié. Ainsi, dernièrement le mode de scrutin pour élire le maire d’Ekaterinbourg est passé d’un scrutin direct à un scrutin indirect. Ceci fait suite à la défaite lors des dernières élections du candidat soutenu par Vladimir Poutine dans la 4ème ville de Russie. Ainsi, parmi les plus grandes métropoles Russes seules 7 d’entre elles, soit approximativement 10% du total, ont conservé un mode de scrutin direct pour élire le maire de la ville. Nous pouvons donc constater que Poutine a fortement renforcé la verticale du pouvoir et qu’il place ainsi ces alliés à chacun des échelons de la vie politique Russe.

Ainsi, l’homme fort du Kremlin est aujourd’hui plus que jamais le leader incontestable de la Russie. Cependant, il affirme ne pas vouloir modifier la constitution comme Xi Jinping et ne devrait donc pas rester à la tête de l’Etat Russe à l’issu de son 4ème ou 5ème mandat (si l’on compte celui de Dimitri Medvedev). Est-il prêt à lâcher les reines de l’état ou bien aura-t-il de nouveau recours à un homme de paille ? La question reste en suspens et peut être l’émergence de la figure d’un successeur potentiel nous apportera-t-elle la réponse.

Sources

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/03/14/31002-20180314ARTFIG00216-elections-en-russie-et-si-on-faisait-la-paix-avec-poutine.php

https://www.lesinrocks.com/2018/03/17/actualite/pourquoi-vladimir-poutine-va-t-il-etre-reelu-111059918/https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Russie-Kazan-chacun-presidentielle-2018-03-16-1200921398

http://www.lefigaro.fr/international/2018/03/17/01003-20180317ARTFIG00098-presidentielle-en-russie-mode-d-emploi-d-une-election-sans-suspense.php

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