Jérusalem : ville 3 fois sainte et pomme de la discorde au Proche-Orient

Auteur: Clara CHPOUN.

En décembre dernier, le Président Américain Donald Trump reconnaît Jérusalem, capitale de l’Etat d’Israël devant le monde entier, mettant en péril un processus de paix déjà enlisé.

« Il est temps d’officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël »[1] sont les mots qu’a prononcé Donald Trump le 6 décembre dernier. Ces paroles symboliques, ont depuis attisé la colère de l’ensemble de la communauté internationale : Trump souhaite désormais que l’ambassade américaine, auparavant située à Tel-Aviv, soit transférée à Jérusalem. Ville trois fois Sainte, Jérusalem est un symbole de paix car dans cette ville cohabitent trois grandes religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Symbole de tolérance et d’ouverture, Jérusalem semble néanmoins cristalliser les tensions religieuses et géopolitiques, et ce, depuis l’allocution de Donald Trump en décembre dernier. Cette ville s’accapare les jeux d’alliances diplomatiques et le processus de paix dans le cadre du conflit israélo-palestinien semble plus que jamais enlisé.

Un statut particulier : la ville trois fois Sainte

Jérusalem n’est pas une ville comme les autres : elle est considérée comme sainte pour les trois grandes religions que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam et elle est au cœur du conflit israélo-palestinien, un des plus longs de l’Histoire.

A Jérusalem, la Vieille Ville est divisée en 4 quartiers : le quartier arménien, le quartier chrétien qui abriterait le Tombeau de Jésus Christ et où se trouve l’église du Saint-Sépulcre, le quartier arabo-musulman où se trouve le Dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa et le quartier Juif où se trouve le Mur des Lamentations (vestiges du Temple de Salomon).

jersualem cart

Paradoxalement les revendications religieuses ne sont pas à l’origine principale des tensions autour de Jérusalem, ce sont plutôt les rivalités de territoires et leur aménagement ; car la dispute autour de Jérusalem n’est en fait que le miroir du malaise israélo-palestinien autour du partage de l’ancienne Palestine et du statut de la ville Sainte dont elle en découle.

Avant 1967 et depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, la ville de Jérusalem était en fait partagée entre l’Etat israélien pour la partie occidentale et la Jordanie pour la partie orientale. En 1967, à la suite de la guerre des 6 jours, Israël prend le contrôle de la partie orientale et arabe de Jérusalem ainsi qu’une grande partie de la Cisjordanie – territoires normalement concédés aux autorités palestiniennes. En 1980, Israël déclare Jérusalem capitale de l’Etat israélien – annexion non reconnue par l’ONU jusqu’à présent – car abritant la Knesset (Parlement israélien), le quartier des ministères, la Cour Suprême et la Banque Centrale israélienne. Cette décision ne fut et n’est toujours pas reconnue par la communauté internationale car considérée comme une violation du droit international. Dernièrement, le dossier brûlant du partage de Jérusalem, symbole du conflit israélo-palestinien, revient sur la scène internationale et ce depuis l’allocution du Président des Etats-Unis d’Amérique.

L’enlisement d’un conflit de 70 ans

Cette décision du Président Trump a largement été contestée et condamnée par l’ONU, marquant davantage l’isolement des Etats Unis sur la scène internationale. Israël –mené par le Premier Ministre Benyamin Netanyahou- et ses alliés ont néanmoins bien accueilli cette nouvelle. Israël n’a pas seulement reconnu Jérusalem comme capitale « indivisible et éternelle » de l’Etat Juif. Elle opère aussi depuis la fin des années 60, une colonisation par l’immobilier. En construisant des habitations dans la partie orientale et arabe de Jérusalem, l’Etat israélien démantèle la continuité entre Jérusalem Est et le reste du territoire Palestinien. L’allocution de Trump au sujet de Jérusalem, si elle ne condamne pas les agissements israéliens, vient donner du poids à ces opérations. Du côté palestinien, on craint que cette simple phrase n’engendre plus de complexifications dans un conflit qui semble déjà bien enlisé. Cette déclaration, faite par le Président de la première puissance mondiale, peut mettre en péril le processus de paix qui devait possiblement engendrer la formation d’un Etat palestinien. Ainsi les Palestiniens ne veulent plus des Etats-Unis comme intermédiaire dans la résolution du conflit israélo-palestinien et pointe la première puissance du doigt, l’accusant de déstabiliser davantage une région déjà instable. Le mouvement du Hamas[2] –qui contrôle la bande de Gaza- n’a évidemment pas accueilli les propos de Trump d’un bon œil affirmant que Jérusalem resterait « la capitale éternelle de l’Etat de Palestine » ; il appelle le peuple palestinien à une nouvelle Intifada. Même si l’autorité palestinienne[3] perd confiance, elle ne semble pas encore déterminée à quitter le processus de paix.  Sur le terrain, c’est le peuple palestinien qui proteste contre une décision présumée injuste. Les deux principales parties du conflit semblent donc marquer des positions catégoriques et le jeu d’alliances diplomatiques n’aide pas à apaiser les tensions renaissantes autour de la capitale de la paix.

Un conflit empoisonné par un jeu d’alliances diplomatiques

Lors d’une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU, 14 des 15 pays du conseil (excepté les Etats-Unis qui ont émis leur véto) ont fermement condamné la position américaine. Le 21 décembre, c’est 128 pays, dont la France, qui ont voté en faveur de la résolution onusienne condamnant le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. 35 pays se sont abstenus et 9 ont été défavorables à la résolution. Seulement, la décision des Etats Unis de transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem a été suivie par quelques-uns de ses alliés, dont le Guatemala – qui a d’ailleurs voté en défaveur de la résolution onusienne. Parallèlement à la réunion de l’Assemblée Générale de l’ONU, les dirigeants de la ligue arabe se sont réunis à la suite des propos du Président américain et ont unanimement condamné la décision de Trump, pointant du doigt une provocation volontaire et une violation du droit international. Mais bien que Jérusalem soit le troisième lieu saint des musulmans (après La Mecque et Médine), aucune mesure concrète ne peut être prise par la ligue Arabe, certains pays étant en relation étroite avec l’administration Trump. Le Président égyptien Al-Sissi a besoin du soutien financier de Washington et souhaiterait faire oublier ses atteintes aux droits de l’Homme ; quant à l’Arabie Saoudite, elle a besoin du soutien de Trump dans sa rivalité avec la puissance chiite iranienne. Ainsi ces alliances diplomatiques et jeux de pouvoir semblent empoisonner et ralentir la résolution d’un conflit qui dure maintenant depuis 70 ans.

Sources

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/07/ce-qu-il-faut-retenir-de-la-decision-de-donald-trump-sur-le-statut-de-jerusalem_5226111_3218.html

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/jerusalem-la-france-aux-cotes-de-la-palestine-apres-la-decision-de-donald-trump_2527301.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/08/jerusalem-pourquoi-la-reconnaissance-par-trump-pose-t-elle-probleme_5226496_4355770.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/08/jerusalem-pourquoi-la-reconnaissance-par-trump-pose-t-elle-probleme_5226496_4355770.html

http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/06/donald-trump-reconnait-jerusalem-comme-capitale-disrael_a_23299181/

http://www.un.org/french/Depts/palestine/issues_jerusalem.shtml

https://www.letemps.ch/opinions/2017/12/07/jerusalem-capitale-medias-deplorent-courtcircuit-trump

http://www.lemonde.fr/international/visuel/2017/12/13/jerusalem-capitale-impossible_5229152_3210.html

http://www.france24.com/fr/20180108-statut-jerusalem-enquete-new-york-times-egypte-soutient-position-americaine

http://www.lepoint.fr/monde/israel-s-ancre-a-l-extreme-droite-26-05-2016-2042324_24.php

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/14/a-gaza-israel-detruit-un-nouveau-tunnel-attribue-au-hamas_5241474_3218.html

https://www.challenges.fr/monde/israel-responsable-de-la-mort-d-un-palestinien-handicape-selon-le-hamas_560352

http://www.europe1.fr/international/le-hamas-ne-participera-pas-a-une-reunion-de-lolp-sur-jerusalem-3544835

[1] Donald Trump a en fait mis en application un texte adopté en 1995 par le Congrès Américain, « The Jerusalem Embassy Act », prévoyant le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Néanmoins, ce texte fut reporté tous les 6 mois par les prédécesseurs de Trump, ces derniers estimant plus prudent d’attendre le règlement du conflit israélo-palestinien. Mettre ce texte en application était une des promesses de campagne de Trump.

[2] Le mouvement islamiste est un des principaux interlocuteurs palestiniens dans le conflit israélo-palestinien

[3] Dirigée par le Fatah (parti politique). Mahmoud Abbas préside l’autorité palestinienne qui gouverne la Cisjordanie.

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