Vers le désenclavement de l’Asie centrale

Auteur : Donatien BERTAUD.

 Shavkat Mirziyoyev, nouveau président de l’Ouzbékistan suite à la mort de Karimov, a montré à la fin de l’année 2017 sa volonté de renouer les liens avec les autres états d’Asie Centrale. Cependant l’intégration de ceux-ci au sein d’une union reste distante. Néanmoins c’est en accumulant de nombreux facteurs tels que les changements de dirigeants, les grands projets d’infrastructures et les volontés d’influences politiques dans la région que l’Asie Centrale va peut-être finir par sortir son épingle du jeu et se désenclaver.

 L’Asie Centrale, cet ensemble de 5 états ex-républiques soviétiques (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) a récemment été au centre de l’attention des médias que ce soit en raison du projet des nouvelles routes de la soie, de l’exposition universelle, des négociations de paix pour la Syrie organisées à Astana, ou encore des terroristes d’origines Ouzbek. Cependant cette région mérite bien plus d’attention que ce qui ne lui est aujourd’hui accordé. En effet, elle sert de carrefour entre la Chine et l’Europe et regorge de ressources naturelles : de l’uranium et du gaz au Kazakhstan, du gaz naturel au Turkménistan. De plus, cette région représente un potentiel débouché pour certains produits chinois. A relativiser en raison de la taille du marché seulement 68 millions d’habitants où seuls les 17 millions de Kazakhs et les 5 millions de Turkmènes disposent d’un pouvoir d’achat conséquent.

Une région au centre du grand jeu

Partie 1

Néanmoins la région reste intéressante. Au-delà de l’approvisionnement en matière première qu’elle peut offrir et qui suscite plus d’intérêt que les débouchés au sein de ces pays même. En effet la région est intéressante car elle est un pivot entre la Chine et l’Iran mais aussi entre la Chine et l’Europe au travers des nouvelles routes de la soie. La zone est un enjeu de puissance entre la Chine et la Russie depuis que les américains s’en sont retirés en 2014 avec la fermeture d’une base militaire au Kirghizistan. En effet la région est historiquement influencée par la Russie qui aujourd’hui encore est l’un des principaux partenaires commerciaux et principaux donateurs d’aide pour de nombreux projets et notamment la rénovation de leurs forces armées. Cependant la Chine réussit à s’immiscer dans la zone au travers de nombreux projets porté notamment par la Banque Asiatique d’Investissement en Infrastructure ou financé par des banques chinoises. Ces projets peuvent s’inscrire soit au sein du programme des nouvelles routes de la soie soit dans une logique d’approvisionnement en matière première la Chine étant fortement dépendante sur ce point. Ainsi on a pu voir se développer de nombreux projets tel que des ports secs ou encore des pipelines. Quel est l’intérêt pour les deux grands voisins chinois et Russes d’avoir une influence sur la région ? La Chine y trouve de nouveau débouchés et un environnement stable qui mènera, elle l’espère, au développement du Xin Jiang. La Russie, elle souhaite conserver son influence sur son étranger proche et assurer le contrôle sur certains de ces concurrents potentiels dans le domaine gaziers. On retrouve là une concurrence telle que décrite dans le livre de Rudyard Kipling au travers de l’expression le « grand jeu » à savoir deux empires qui luttent pour la domination d’une région. L’expression est bien loin de décrire la réalité actuelle car ce ne sont plus les Russes et les Britanniques qui s’affrontent pour étendre leur empire sur les territoires d’Asie Centrale mais les Chinois et les Russes qui cherchent à étendre leur influence sur une zone riche en ressource et en potentiel de croissance future.

Photo des dirigeants présents lors du sommet de l’organisation de coopération de Shanghai en 2017 à Astana, Kazakhstan

L’Asie centrale un acteur qui joue sur tous les tableaux

 Les leaders centre-asiatiques ont bien perçus les volontés Russes et Chinoises. Ils cherchent donc à tirer le meilleur parti de ce que ces deux acteurs ont à offrir. La situation est souvent décrite ainsi : Les Russes apportent les armes les Chinois apportent l’argent. Les dirigeant d’Asie Centrale cherchent donc à obtenir les deux à la fois une coopération sécuritaire avec la Russie et le commerce avec la Chine cependant les relations ne sont pas si simples. En effet, la Russie voit d’un mauvais œil la concurrence qui lui est faite dans le domaine gazier notamment avec la construction de nouveau gazoducs tel que le gazoduc reliant le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et la Chine. Celui-ci fait effectivement concurrence à l’afflux de gaz Russe et ne permet plus à Moscou de bloquer le gaz en provenance du Turkménistan lorsque les prix chutent comme Moscou avait pu le faire en 2009. Ce levier leur permettait à la fois de limiter l’afflux de gaz sur le marché et donc de faire remonter les prix mais aussi de faire pression sur le gouvernement Turkmène fortement dépendant de ces exports gaziers. Les gouvernements d’Asie centrale dont certains sont en place depuis l’effondrement de l’Urss et en sont parfois clairement des vestiges comme Nursultan Nazerbayev au Kazakhstan cherchent donc à jouer un double jeu entre la Chine et la Russie mais aussi l’Europe pour servir au mieux leurs intérêts. Ainsi si la Russie se fait trop menaçante les exercices militaires avec la Chine sont renforcés. Certains partenariats sont établis avec l’Union européenne notamment en matière de gestion des douanes pour faire preuve de bonne volonté face aux potentiels investisseurs étrangers. Il ne faut pas non plus froisser complétement les américains qui bien qu’ils ne soient plus implantés militairement dans la région sont toujours représenter par de grandes sociétés pétrolières comme Chevron au Kazakhstan.

Partie 3

Le désenclavement de l’Asie Centrale : une aubaine pour la Chine

Au travers des institutions dont vous pouvez voir les logos plus haut mais aussi de nombreuses grandes banques chinoises comme l’EXIM Bank, la Chine investit des montants colossaux pour le développement de la connectivité dans la région. Ainsi plus de 35,5 milliards de dollars auraient déjà été investis en Asie Centrale selon une étude PwC pour les nations unies. Cependant certains remettent en question l’intérêt économique pour la Chine de réaliser de tels projets. L’intérêt est non négligeable tout d’abord la chine prête de l’argent en Renminbi ce qui lui permet d’aider à l’internationalisation de sa monnaie. Les entreprises qui réalisent les projets sont la plupart du temps chinoises car les entreprises locales n’ont pas le savoir faire et les prêts sont souvent conditionner à l’emploi de sociétés chinoises. Les employés sur ces grands chantiers d’infrastructures sont aussi majoritairement chinois assurant le rapatriement d’une partie des capitaux prêtés. De plus ces projets permettent à la Chine de trouver des débouchés pour son béton et son acier. En effet, suite au ralentissement du marché intérieur et de la croissance du commerce mondial la Chine est devenue sur capacitaire dans ce domaine. Ces projets lui permettent donc d’écouler ses produits. Si la rentabilité des projets n’est pas assurée, la Chine sera payée en nature c’est-à-dire en ressource naturelles dont elle a cruellement besoin. De plus elle a besoin d’assurer la sécurité de ces infrastructures ce qui lui donne une bonne raison d’élargir son influence sécuritaire dans la région.

Drapeaux de gauche à droite ligne par ligne : Russie, Chine, Biélorussie, Kazakhstan, Inde, Arménie, Kirghizistan, Pakistan, Tadjikistan, Ouzbékistan

L’Asie Centrale au cœur de multiples alliances

L’Asie centrale est au cœur de nombreuses alliances commerciales comme l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ou l’Union Economique Eurasiatique mais aussi militaires Organisation du Traité de Sécurité Collective. L’Asie Centrale n’a cependant pas su faire émerger une organisation internationale regroupant uniquement les pays de la région sans influences d’une autre grande puissance. Les nombreuses organisations dont ces états font parties permettent d’accroitre le commerce entre ces états et des marchés importants tels que le marché Russe ou Chinois. Cependant les projets portés par ses unions et même ceux qui s’inscrivent dans la logique des routes de la soie ont pour objectifs d’augmenter les échanges entre les états d’Asie Centrale et ces grands marchés et non pas entre états de la zone. Ainsi le désenclavement résultant des projets d’infrastructures menés et un désenclavement qui est somme toute partiel car il ne permet qu’à certaines régions de servir de zone de transit vers l’extérieur. Les infrastructures à l’intérieur des pays restent relativement peu développées et les liens entre pays eux aussi faibles s’ils ne sont pas sur une grande voie d’accès vers la Chine ou la Russie. De plus on observe des difficultés aux frontières entre les différents états du fait des différents entre les leaders politiques à tendance autoritaire des ex républiques soviétiques. Le fait djihadiste est aussi un facteur à prendre en compte car il marque les relations entre ces pays. En effet, certaines zones sont affectées par la présence de fanatiques religieux et deviennent donc des zones de trafic potentiel mais aussi d’instabilité dans une région ou l’extrémisme et la revendication de celui-ci est aussi un moyen de s’opposer à l’influence Russe. Ainsi les pays d’Asie Centrale reste relativement peu connecté entre eux et sans volonté politique future allant dans ce sens l’intégration économique de la zone risque de stagner voir de régresser.

Ainsi le désenclavement de l’Asie Centrale a bel et bien commencé mais il est loin d’être suffisant. Il reste à se demander si ces projets profiteront réellement au développement des pays ou ne feront d’eux que des zones de transit de marchandises.

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