Afrique : dérives politiques ou politiques dérivées

Auteurs : Saïd BELAMROUAH & Candice LABIDI.

Depuis la décennie 1960-1970, et la vague de décolonisation qui a agité le continent, l’Afrique est vue comme la zone prometteuse de bouleversements et d’évolutions socio-économiques. En effet à titre de comparaison, le Ghana et la Corée du Sud, avaient en 1957 sensiblement le même niveau de PIB par habitant, pourtant celle-là s’est vue amorcer une explosion économique et multiplier son PIB par 3,5 là où l’autre est restée empêtrée dans une situation de sous-développement.

Aujourd’hui, à l’heure du ralentissement économique en Asie du Sud-Est et de la stagnation en Amérique du Sud, les regards se font encore plus perçants sur le continent Noir.

Pourtant indéniablement, les politiques efficaces peinent à se faire jour dans un contexte où les tensions ethniques et religieuses parfois héritées des frontières coloniales, la mainmise des anciennes tutelles européennes encore palpable, et le retard de développement accumulé rendent ces politiques vitales.

Alors quels sont les facteurs bloquants du développement africain, et les politiques qui les surmontent existent-elles ?

Le printemps Arabe et ses saisons grises

Depuis le Printemps Arabe de 2011, l’Afrique du Nord voit ses avancées économiques sociales en nette régression. En effet, le déficit de l’Etat Libyen au sortir de la guerre atteint 5 milliards de dollars. Les conflits autour du contrôle des sites pétrolifères, desquels l’Etat tire 90% de ses revenus, perturbe la production, dont les recettes et les politiques économiques de reconstruction.

L’économie de la Tunisie souffre également d’une baisse des investissements, de l’inflation et du chômage. Le contexte de révolution et d’attaques terroristes a grippé l’industrie touristique qui entrainait l’ensemble de l’économie locale. L’Algérie quant à elle, subit de plein fouet les investissements de son allié russe pour un gazoduc africain, et les baisses de prix des denrées gazières et pétrolifères.

Contrairement à l’Algérie et à la Tunisie, le Maroc n’a pas vécu le même type de printemps arabe pour plusieurs raisons : réforme de la Constitution un mois après les premières manifestations, des projets d’infrastructures massives (comme la ligne TGV Tanger Marrakech) qui ont relancé l’économie et permis l’émergence d’une classe moyenne et depuis les années 1990, le Maroc a réussi à conquérir des marchés extérieurs ce qui a favorisé un essor économique. Cependant le Maroc entretient une relation difficile avec l’Algérie à propos du Sahara Occidental, dont le mouvement sécessioniste est reconnu par cette dernière. Effectivement, cette date marque le retour des territoires du Sud au Maroc.

C’est dans ce climat tendu et très hétérogène qu’évolue le Maghreb.

Un climat tendu qui résulte de nombreuses tensions en Afrique

L’Afrique est la scène de conflits internes et externes. Le Soudan du Sud est touché par deux grands fléaux : La guerre civile et la famine. La guerre civile a commencé en 2013 et au fur et à mesure s’est étendue dans tout le pays et a entraîné une famine sans précédent. Elle oppose les Dinkas, ethnie majoritaire de Salva Kiir (président du Soudan du Sud), et les Nuers, ethnie de Riek Machar, ancien vice-président sud-soudanais. Tout d’abord, le conflit a commencé en tant que lutte du pourvoir mais il s’agit désormais d’une guerre ethnique. Il est estimé que les pertes s’élèvent jusqu’à 300 000 morts. Ainsi, l’ONU a déployé 14 000 casques bleus pour protéger les populations civiles et a créé des camps pour les accueillir. Le camp de Bentiu permet aux réfugiés de recevoir de la nourriture mais sur le chemin du retour à leur village, les combattants prennent une grande partie de la ration alimentaire. A cela s’ajoute, les assassinats de civils et les viols de guerre. Ces années de conflit compromettent une cohésion sociale même après une éventuelle résolution du conflit.

Les Etats-Unis ont investi à hauteur de 11 milliards de dollars sans grande amélioration. L’ambassadrice américaine, a exprimé son inquiétude à la suite de sa rencontre avec Salva Kiir, président sud-soudanais, qui s’est abstenu de commentaires.

La sécheresse a une part de responsabilité dans la famine qui déchire le pays mais c’est la guerre civile qui est la cause principale de cette famine. D’autres pays sont concernés comme le Soudan, le Tchad, la République Démocratique du Congo ou encore le Nigéria, aussi affecté par le conflit ave Boko Haram. Ces tensions font que les pays doivent changer leurs politiques. Par exemple, au Cameroun, la lutte contre Boko Haram a envenimé la situation au Nord du pays. La pauvreté s’est accrue dans cette région qui est déjà la plus précaire du pays. Depuis 2014, le Cameroun lutte contre Boko Haram ce qui a impact sur ses dépenses nationales. En effet, le Fond Monétaire International estime que 1% à 2% du PIB sont consacrés aux dépenses militaires soient entre 325 et 650 millions de dollars.

Ces conflits internes, les guerres civiles, la lutte contre la famine ou des organisations terroristes empêchent les pays de se développer durablement ou de mettre en place des politiques sociales et économiques efficaces…

Des avancées politiques à nuancer

Le 31 janvier 2017 a eu lieu le 28ème sommet de l’Union Africaine à Addis-Adeba. Ce sommet fut un événement historique avec le retour du Maroc dans le bloc panafricaniste, question qui divisait les pays de l’Union Africaine. Ce sommet avait pour but de traiter les questions relatives à la succession à la présidence de l’UA et l’élection d’un nouveau président de la commission de l’UA.

En Juillet 2017 le 29ème sommet de l’UA s’est déroulé à Addis-Adeba, visant à « investir dans la jeunesse afin de profiter du dividende démographique ». La jeunesse était au cœur des débats de ce sommet, dans un continent où elle pèse 200 millions d’habitants et représente un enjeu économique majeur. 41% de la population africaine à moins de 15 ans. Mettre en place des formations, des politiques pour relancer les emplois sont donc une urgence. En 2017, sur les 12 millions de jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi, seulement 6 millions sont recrutés.

L’Afrique connait donc des crises économiques mais également politiques. Par exemple les élections législatives au Sénégal qui ont eu lieu dans une confusion totale dû au manque d’organisation. L’opposition a donc accusé le pouvoir d’avoir provoqué cette désorganisation afin de truquer les élections. L’ex-président Abdoulaye Wade a déclaré : « Macky Sall a donné des instructions pour que, dans tous les endroits où il pense que l’opposition pourra gagner, les gens ne votent pas ».

Des accusations niées par le gouvernement Dionne, vainqueur, a un moment où le Sénégal a été élu au Conseil des droits de l’Homme pour renforcer son engagement envers leur respect.

L’Afrique est donc, certes, le théâtre de conflits politique et ethnique mais se développe de manière hétérogène économiquement. Pour faciliter le développer économique, l’Afrique doit mettre en place des politiques économiques adaptées… En 1957, la Corée du Sud et le Ghana avait le même PIB par habitant et ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cela s’explique par des politiques nationales élaborées par la Corée du Sud et non par des pays étrangers. Ainsi pour reprendre Daniel Mitchell «Si l’Afrique veut de bons résultats économiques, elle doit implémenter de bonnes politiques. Et depuis quelques siècles, les politiques conçues par l’Europe ne sont pas les bonnes pour l’Afrique ».

SOURCES :

http://fr.africanews.com/2017/10/25/soudan-du-sud-l-ambassadrice-americaine-a-l-onu- decue-par-la-situation/

http://www.dw.com/fr/soudan-du-sud-la-guerre-moteur-de-la-faim/av-41000901

http://www.atlasinfo.fr/A-l-inverse-du-Maroc-et-de-la-Tunisie-les-entreprises-algeriennes-sont- encore-a-la-traine-patronat-algerien_a86502.html

http://www.atlasinfo.fr/Quelle-mouche-a-pique-le-ministre-algerien-Messahel_a86620.html

http://www.jeuneafrique.com/483855/politique/maroc-le-nouvel-emissaire-de-lonu-pour-le-sahara- occidental-demarre-sa-premiere-tournee-regionale/

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/28/boko-haram-au-cameroun-yaounde- qualifie-les-accusations-de-human-rights-watch-d-allegations- hysteriques_5192705_3212.html

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/10/25/97001-20171025FILWWW00104-cameroun- la-lutte-contre-boko-haram-aggrave-la-pauvrete.php

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/10/23/nigeria-maiduguri-theatre-d-un-triple- attentat-suicide_5204554_3212.html

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