Vénézuela : l’image d’une Amérique latine en crise

Auteur : Clara CHPOUN.

Pays rentier ayant les plus grandes réserves de pétrole au monde, le Venezuela connaît depuis plusieurs mois une crise politique et économique sans précédent. A la tête du pays, Nicolás Maduro cristallise une impopularité inédite contrastant avec le culte de la personnalité dont jouissait son prédécesseur Hugo Chávez. Avec un taux d’inflation avoisinant les 946% et une pauvreté touchant 80% de la population, les Vénézuéliens s’insurgent et manifestent en grandes pompes depuis avril 2017, menés par une opposition irrévérencieuse et déterminée à faire tomber l’héritier de Chávez. Ce dernier multiplie les pratiques dictatoriales et ne semble pas vouloir quitter le pouvoir malgré les pressions nationales et internationales pesant sur lui. Comment le Venezuela, autrefois admiré pour sa démocratie et sa politique sociale, en est-il arrivé à cette situation ? En quoi ce statut quo reflète-il la crise que traverse le continent sud-américain depuis maintenant plusieurs années ?

La crise ne date pas de 2017. Dès sa venue au pouvoir en avril 2013 à la suite du décès de Chávez, Maduro doit faire face à une première difficulté : la spectaculaire baisse du cours du pétrole en 2014. Cet incident aurait pu être canalisé mais pour un pays dont les revenus du pétrole représentent 96% des exportations, et 60% des recettes budgétaires, cet évènement fut catastrophique pour son économie. En 2004, la hausse exponentielle des cours du pétrole bénéficie au pays : Chávez décide d’investir l’argent généré par l’exploitation pétrolière dans des plans sociaux destinés à sortir la population de la pauvreté. Cela lui permet par la même occasion de renforcer sa popularité. Dix ans plus tard, le pouvoir en place ne peut plus financer ces-dits plans sociaux et le pays subit de lourdes pénuries qui privent la population de l’alimentation de base et de médicaments. Pendant longtemps le pouvoir a vécu dans la tranquillité d’un marché du pétrole florissant. Or, l’argent investi dans les plans sociaux n’a pas été utilisé pour diversifier l’économie et ainsi se libérer de la dépendance à la rente pétrolière, le pays se contentant d’importer 50% des biens alimentaires. Lorsque le cours a chuté et qu’il n’était plus rentable d’importer, la crise a frappé le pays et les pénuries ont engendré une inflation qui a mis toute une économie à terre. S’ajoute à la crise économique, l’insécurité grandissante dans laquelle est plongée le pays : le nombre d’homicides et de crimes a doublé de 1998 à 2012 ce qui fait du Venezuela le 2ème pays le plus dangereux au monde. La porosité des frontières avec la Colombie voisine et la présence des FARCS dans les zones limitrophes font de la région une plaque tournante du trafic de drogue. Or les gouvernements se succèdent au Venezuela mais aucun d’eux ne semble vouloir adopter de réelles politiques de lutte contre ce trafic. Ce qui amène au troisième fléau frappant le pays : la corruption. Elle est présente partout, parmi la police, l’administration, le secteur privé et le gouvernement. Le pays se classe dans le top 20 des pays les plus corrompus au monde selon l’agence Transparency.

Impopulaire depuis sa montée au pouvoir, c’est en 2017 que Maduro confirme ses ambitions politiques. Constatant le mécontentement grandissant de la population et l’emprise de l’opposition sur l’opinion publique, Maduro décide fin mars 2017 de s’accaparer de force le pouvoir législatif. C’est un échec mais cela ne sera pas suffisant pour calmer les mobilisations qui continueront et qui prendront davantage d’ampleur. Ces manifestations bloquent le pays et Maduro tente de faire face en s’appuyant sur l’armée. Les répressions policières et militaires sont violentes, et les arrestations nombreuses. Au total, entre avril et juillet 2017, on comptera 125 décès. Afin de faire taire l’opposition, le Président vénézuélien frappe d’abord ses adversaires d’inéligibilité. Mais voyant qu’il perd peu à peu le contrôle du pays, il resserre l’étau autour du pouvoir. En juillet 2017, il décide de réitérer ce qu’il avait entamé en mars : il organise une élection afin de constituer l’Assemblée Nationale Constituante, remplaçant ainsi le Parlement en place qui est aux mains de l’opposition. Il supprime de ce fait toute résistance à son pouvoir. L’opinion publique s’accorde à qualifier cette machinerie de coup d’Etat. L’héritier de Chávez sait qu’il ne peut se saisir des pleins pouvoirs par lui-même, il maquille alors ses pratiques dictatoriales à renfort d’élections afin de légitimer son pouvoir. Les dernières en dates sont celles d’octobre 2017 : elles sont censées donner un gouverneur à chaque région. Dans les sondages, l’opposition est donnée victorieuse mais Maduro et son parti créent la surprise en remportant 18 des 23 Etats. Evidemment l’opposition conteste ces résultats et dénonce une fraude apparente. Cela fait plus d’un an que la MUD (coalition de l’opposition) souhaite organiser un référendum révocatoire afin de faire tomber le Président, mais le Conseil National Electoral (CNE) supposé proche du pouvoir s’y oppose à chaque fois. Le pays se retrouve donc dans une impasse sans précédent qui menace la stabilité d’un pays déjà perturbé et qui met en péril l’équilibre d’un continent tout entier. Les voisins du Venezuela craignent que cette situation ne dégénère et que cela vienne entraver la fragile stabilité de leur société. En effet, les remous que rencontrent le Venezuela depuis plus d’un an sont à l’image de la situation actuelle de l’Amérique du Sud. Entre scandales politiques et récessions économiques, le continent connaît depuis quelques années une stagnation qu’elle n’avait pas connue depuis les années 80’.

Sur le plan politique, les scandales de corruption secouent le continent. Le scandale « Lava Jato » illustre l’ampleur de la corruption sur le continent. Une enquête ouverte en 2014, accuse la classe dirigeante de plus d’une demi-douzaine de pays du continent sud-américain de corruption et blanchiment d’argent. En effet, la société Odebrecht, qui est au cœur du scandale, aurait sécurisé plus d’une centaine de projets sur le continent grâce à l’appui des politiques en place. Au Brésil, cette affaire a précipité la chute de l’ex-Présidente Dilma Rousseff, accusée elle-même de corruption et blanchiment d’argent. Son successeur Michel Temer n’est pas en reste. Ancien premier ministre de Rousseff, il serait aussi impliqué dans l’affaire. Les retombées de cette vaste affaire de corruption sont conséquentes pour les pays du continent sud-américain. Les projets d’Odebrecht sont des projets d’envergure. Etant gelés pour les causes de l’enquête, c’est l’économie des pays qui s’en trouvent affectées : le Pérou et la Colombie confirme une récession économique de leur pays dû au gel des chantiers, le Pérou annonçant même une perte de 0,5 à 1 point sur sa croissance annuelle. En 2016, c’est le Président argentin qui était mis en cause dans une autre affaire de corruption, celle des « Panama Papers ». Cette récession économique du continent s’explique aussi par le ralentissement économique de la Chine, première cliente du continent sur les matières premières.

Ce ralentissement économique et les nombreuses crises politiques en Amérique Latine interviennent dans un contexte d’incertitude pour le continent. Les pays se demandent s’ils doivent mettre en place une intégration régionale mais se questionnent surtout sur leurs futures relations avec l’administration Trump. Une chose est sûre, les crises ont fortement ralenti la croissance du continent latin et le Venezuela en est l’exemple le plus criant.

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