Le Kurdistan irakien : la voie vers l’indépendance ?

Auteur : Naïm REMTOLA.

« Comment la communauté internationale peut-elle attendre de nous que nous fassions encore partie de l’Irak après de tels crimes ? » a déclaré Khalat Barzani, conservateur de musée dans la ville kurde de Barzan au nord de l’Irak. Depuis plus d’un siècle, le peuple Kurde est à la « recherche d’un territoire » et se retrouve contraint de s’installer dans plusieurs pays du Moyen-Orient sans jouir de gouvernement à part entière. Ils sont aujourd’hui installés majoritairement dans 4 pays : en Turquie, en Iran, en Syrie et en Irak. Toutefois, au cours des dernières décennies les Kurdes irakiens semblent avoir été stigmatisés par le gouvernement ; durant les années 1970, plusieurs combats ont eu lieu entre irakiens et Kurdes et, ceux-ci, ont abouti à l’obtention relative d’une autonomie régionale Kurde. Cette victoire fût de courte durée puisque quelques temps plus tard, le dictateur irakien Saddam Hussein orchestra un génocide à l’encontre des Kurdes irakiens en 1987 par bombardements chimiques faisant plus de 180 000 morts. Jusqu’au début du XXIe siècle les Kurdes ont subi des répressions sanglantes.

De nos jours, les Kurdes bénéficient en Irak d’une « région autonome » dirigée par Massoud Barzani qui est à la tête du Gouvernement Régional Kurde (GRK) qui est reconnu par le gouvernement fédéral irakien comme une entité politique autonome. Bien qu’alliés contre l’Etat Islamique, les kurdes se sentent contrôlés par l’Irak qui souhaite toujours avoir une main mise sur certains territoires stratégiques de la région autonome du Kurdistan. Cette situation n’est plus acceptable pour les kurdes qui souffrent d’une crise financière en raison de cette « enclave » instaurée par l’Irak : la sécurité n’est pas au point, les projets de construction sont mis de côté et le chômage frôle les 20%. Ces problèmes continuels n’ont, d’après les kurdes, qu’un seul remède : l’indépendance.

Massoud Barzani, président du gouvernement régional kurde, est aussi le chef de file du mouvement indépendantiste Kurde. Ce dernier n’a proliféré aucune menace vis-à-vis de ses voisins : à ses yeux l’indépendance n’est qu’un chemin vers la paix. Cependant, l’Irak ne l’entend pas de cette oreille et ne souhaite instaurer aucune négociation en se montrant très hostile vis-à-vis de l’indépendance. Plusieurs demandes de référendum ont été faites sans toutefois obtenir d’autorisation. Néanmoins, le GRK fixe une date pour le référendum : il se tiendra le 25 septembre 2017.

L’Irak a réagi très rapidement par la suspension référendum (ordonné par la cour suprême le 18 septembre 2017) et en menaçant d’une guerre civile. Bagdad a aussi vu de puissants alliés se joindre à leur cause : la France et les Etats-Unis ont rejoint le gouvernement irakien pour tenter d’empêcher le référendum d’avoir lieu en le qualifiant de « tentative importune » (Jean-Yves le Driant, ministre français des affaires étrangères), la Turquie le qualifie de : « geste illégitime et inacceptable » et certains pays arabes s’opposent à ce vote pour « ne pas donner naissance à un deuxième Israël ». Toutefois, malgré ces réprimandes et grâce au soutien israélien, le GRK a souhaité maintenir le référendum. Le 25 septembre 2017, exactement 3 305 925 kurdes se sont rendus aux urnes et le « oui » l’a emporté avec plus de 90% des votes. Après plus d’un siècle à « errer » sans territoire, les Kurdes semblent ouvrir la voie vers l’indépendance en Irak menée par Massoud Barzani. Mais cela signifie-t-il pour autant la naissance prochaine d’un Etat Kurde ? Pas forcément.

La réaction irakienne ne s’est pas faite attendre ; en promettant de ne pas reconnaître le résultat du scrutin. Face à l’ignorance du GRK, les irakiens se sont montrés de plus en plus menaçants et ont promis de reprendre la région Kurde par la force. Quelques jours plus tard, Kirkouk, ville majoritairement peuplée de Kurdes irakiens et contrôlée par les peshmergas ainsi que très riche en pétrole, est retombée aux mains des irakiens avec l’aide de nombreux pays voisins comme la Turquie ou encore l’Iran. En quelques jours, le Kurdistan irakien a perdu plus de la moitié de ses terres. Cependant les terres ne sont pas les seules pertes à déplorer du côté Kurde : la confiance semble avoir déserté les rangs des indépendantistes et les deux principaux partis politiques kurdes le Parti Démocrate Kurde (PDK) ainsi que le Parti Nationaliste Kurde (PNK) semblent se rejeter la faute mutuellement.

La zone la plus belligène du monde semble encore s’enliser dans un conflit vieux de presque 100 ans…

SOURCES :

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20171020-kurdistan-irakien-divisions-politiques-kurdes-prennent-ampleur
http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/16/01003-20171016ARTFIG00284-l-irak-reprend-kirkouk-aux-kurdes.php
http://www.lepoint.fr/monde/au-kurdistan-irakien-l-euphorie-du-referendum-cede-la-place-a-la-deprime-18-10-2017-2165454_24.php
https://www.valeursactuelles.com/monde/independance-du-kurdistan-irakien-le-oui-lemporte-plus-de-92-89093

Photo :

http://www.kurdistan24.net/en/Analysis/a55b0ae4-84c1-4e0e-ae25-0f982a336096

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