Donald Trump et sa politique étrangère imprévisible

Auteur : Clara CHPOUN.

Investi le 20 janvier 2017 à la Présidence des Etats Unis d’Amérique, Donald Trump a créé la surprise en succédant à Barack Obama. Candidat atypique et clivant, il pensait donner une nouvelle dynamique à la politique américaine en adoptant des positions fortes, voire même provocantes, afin de marquer l’opinion et à terme de l’emporter. Son fer de lance : des déclarations chocs et des positions tranchées sur la politique extérieure qu’il comptait mener en tant que Président de la première puissance mondiale.

Elu sur la promesse d’un non interventionnisme et repli américain dans le monde, Trump a vite été rattrapé par la réalité une fois installé à la Maison Blanche. Ses propositions démesurées et bâties sur le terreau de la haine de l’autre ont fait face au mur des réalités et au système du « checks and balances » ou séparation des pouvoirs aux Etats-Unis. S’il a tenté de tenir ses promesses, il a aussi opéré des virages à 180 degrés entre les positions adoptées lors de sa campagne et les actions menées comme chef de guerre. Il souhaite avant tout se démarquer de Barack Obama et instaurer une réelle rupture entre ses actions et celles de son prédécesseur.
Après le retrait américain du traité de partenariat transpacifique (TTP), et une distanciation des Etats-Unis avec les pays d’Union Européenne (notamment avec l’Allemagne dont Trump dénonce la politique d’immigration) c’est sur le dossier iranien que le nouveau Président a été le plus virulent. Janvier 2016 avait vu la levée des sanctions occidentales contre l’Iran et un réchauffement diplomatique entre les deux pays. Un an après, en février 2017, Trump met en garde l’Iran suite à un tir de missile balistique et l’accord sur le nucléaire iranien est plus que jamais fragilisé. Ce dernier avait vivement été critiqué du temps de la campagne électorale de Trump, et aujourd’hui encore le protagoniste en dénonce la futilité. S’il avait été particulièrement virulent sur ce texte, allant jusqu’à vouloir rompre l’accord, il est revenu sur ses propos et continue à collaborer dans le but de rendre cet accord viable sur le long terme. La défiance vis-à-vis de cet accord est surtout un moyen de manifester son malaise vis-à-vis du régime iranien et des positions adoptées par ce dernier sur les dossiers d’actualité brûlants. En cause, le soutien iranien à Bachar El Assad et aux rebelles Yéménites qui contribue à l’instabilité de la région. Ce mois-ci, se tiendra l’élection présidentielle iranienne, laquelle apportera un éclairage sur l’avenir des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Iran. Les opposants du Président actuel, Hassan Rohani, fustige le texte, dénonçant son inefficacité sur la relance de l’économie iranienne. S’il ne compte pas rompre l’accord, Trump demande néanmoins une application plus stricte du texte et une surveillance accrue. Le réchauffement diplomatique entre les deux pays, initié par l’ex-Président Obama, paraît suspendu.
Sa virulence quant à l’accord nucléaire iranien a donné de l’espoir aux pays du Golfe Persique, notamment à l’Arabie Saoudite qui voit l’accession de Trump à la Présidence de bon augure. En effet, les relations avec Riyadh s’étaient fortement détériorées sous le deuxième mandat Obama. Malgré l’émission de décrets anti-musulmans (ou « muslim ban ») dès sa prise de fonction (ceux-ci épargnant l’Arabie Saoudite), le bombardement américain du 7 avril contre la base aérienne de Chayrat et l’investissement militaire au Yémen, où l’Arabie Saoudite mène une guerre difficile contre les rebelles houthistes soutenus par l’Iran, caractérisent un renouveau des relations américaines avec les pays du Golfe et surtout un changement de dynamiques dans la région.
Cependant, une des plus grandes ruptures avec son prédécesseur réside dans la politique migratoire, particulièrement les flux de migration provenant du Mexique. Les relations avec son voisin du Sud sont tendues depuis la campagne présidentielle – Trump avait qualifié les Mexicains de « violeurs ». Le Président américain a aussi promis 7 millions d’expulsions et a demandé à ce que le Mexique paie pour le mur qu’il souhaite construire à leur frontière commune. Cependant, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et le Mexique et la politique Trumpienne du « America first » peuvent être une chance pour l’ensemble des pays latino-américains qui peuvent saisir cette occasion pour opérer des rapprochements et ainsi se délivrer d’une dépendance américaine trop importante.
Ses prises de positions en politique étrangère sont devenues imprévisibles et, paradoxalement, elles marquent une continuité avec l’ère Obama. Ces retournements, faisant écho à la normalisation de sa diplomatie, sont nombreux et le dernier en date est sa position sur l’OTAN. Durant sa campagne, le Président américain a affiché une grande fermeté envers ses alliés du Vieux continent, allant même jusqu’à qualifier l’organisation (OTAN) d’« obsolète ». Il a demandé aux pays membres d’augmenter leur budget respectif en défense à hauteur de 2% du PIB de leur pays. Néanmoins, lors d’une conférence de presse jointe avec le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, il a tenu à revenir sur ses propos, retirant le qualificatif d’obsolète. Trump doit veiller à ne pas froisser ses alliés européens s’il veut faire face à la Russie avec laquelle il a opéré un virage depuis son élection.
Durant sa campagne, Trump n’avait cessé de faire preuve d’admiration envers le Président Russe, promesse d’une amitié, voire d’une alliance entre les Etats-Unis et la Russie. Or un rapprochement de cette nature n’est pas envisageable compte tenu des nombreux dossiers séparant les deux pays. Trump ne peut pas fermer les yeux sur l’agression Russe envers l’Ukraine, ce dernier étant un allié des Etats-Unis ; ni sur l’entente entre Poutine et Bachar El-Assad sur le dossier Syrien. Vient s’ajouter à cela, les accusations d’ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle américaine. Fin mars, Rex Tillerson, secrétaire d’Etat américain, avait publiquement manifesté l’indignation américaine quant aux soupçons d’interférence Russe dans la campagne Présidentielle, et ce, devant son homologue russe, Sergueï Lavrov. Les relations entre la Russie et les Etats-Unis restent donc tendues et semblent s’être détériorées sous la Présidence Trump.
En Afghanistan, malgré l’arrêt officiel en 2014 de la vaste intervention militaire initiée après les attentats du 11 Septembre, Obama avait à plusieurs reprises ralenti le retrait des troupes compte tenu de l’impuissance des forces gouvernementales afghanes face à la menace terroriste talibane et, depuis peu, face à Daesh. Au total, c’est 8 400 soldats américains qui sont toujours déployés en Afghanistan. Les conseillers militaires de Trump souhaitent augmenter cet effectif de 5000 soldats, proposition que pourrait être susceptible d’accepter le Président. A ses yeux, ce serait le moyen de montrer au monde que les Etats-Unis recommencent à gagner, ce ne serait qu’une simple démonstration de force, fer de lance de sa politique étrangère depuis sa prise de fonction.

Ses prises de position sont erratiques et imprévisibles. Cela amène à des situations de flou sur plusieurs dossiers, notamment sur les relations sino-américaines et la présence des Etats-Unis en extrême Orient. Dénonçant un temps la Chine de volontairement sous-évaluer le Yuan, Trump est revenu sur ses propos et les relations entre la Chine et les Etats-Unis sont devenues incertaines. Pékin somme Washington de trouver une solution pacifique à ses différends avec la Corée du Nord, que Trump a mis en garde à plusieurs reprises après des essais nucléaires et tirs de missile à répétition.
Mais c’est sur le dossier Syrien que le flou est le plus notoire et le plus inquiétant. Ne faisant pas du renversement de Bachar El-Assad une priorité, on aurait pu penser un alignement des positions américaines sur celles des Russes. Or, les frappes du 6 avril contre une base aérienne du régime syrien (Washington soupçonne Damas d’avoir utilisé du gaz sarin, causant la mort de dizaines de syriens) prouvent le contraire et montre que les Etats-Unis ne feront pas d’alliance avec les Russes, qui se retrouvent isolés aux Nations Unies car lâchés par la Chine. Ainsi, l’incertitude des positions américaines en Syrie et en extrême Orient tranche avec la fermeté de ses déclarations lors de sa campagne.
Enfin, la politique des Etats-Unis avec l’Afrique demeure ambiguë. Ce qui est sûr c’est que l’administration américaine compte réduire de moitié le budget d’aide au continent africain au moment où il en a le plus besoin (ce budget était de 8 milliards de dollars en 2015).

Trump a donc adopté une politique extérieure caractérisée par son imprévisibilité. Les propos tenus durant sa campagne et les actions qu’il mène comme chef de guerre sont en totale contradiction. Les raisons peuvent être multiples. Il s’est rendu compte en accédant à la Présidence et en faisant face à la réalité des faits, que l’isolationnisme et le repli américain qu’il prônait est tout simplement impossible à l’ère de la mondialisation pour la première puissance mondiale depuis près d’un siècle. Ce qui est indéniable c’est que Trump joue de son caractère imprévisible et en fait une force dans sa politique extérieure. Ses actions sont moins gouvernées par la croyance d’une mission américaine d’exporter la démocratie que par les intérêts familiaux et la volonté de rupture avec son prédécesseur. Si l’on a assisté à une normalisation de ses positions, Trump doit néanmoins rester vigilant et ériger les intérêts des américains en priorité et non ceux de son empire personnel. En effet son rapprochement avec la Turquie peut être imputé à ses intérêts financiers personnels dans le pays (son activité immobilière est particulièrement développée en Turquie avec la présence de deux Trump Towers). Trump doit aussi réorienter sa politique extérieure vers l’Europe. Alliés de toujours, il ne peut envisager prendre des décisions et initier des résolutions sur des dossiers brûlants sans ses partenaires européens. Fervent défenseur d’un isolationnisme américain à ses premières heures, la première puissance mondiale ne voudrait pas se retrouver isolée des nations décisionnaires et du reste du monde.

SOURCES :

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/politique-etrangere-americaine-les-virages-a-180-degres-de-trump-14-04-2017-6853806.php

https://fr.sputniknews.com/presse/201705051031249018-accord-nucleaire-iran/

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/nucleaire-iranien-reunion-a-vienne-sur-fond-de-critiques-americaines-25-04-2017-6887910.php

http://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2017/04/30/les-cent-jours-de-trump-3-3-espoirs-decus-en-russie-et-en-syrie-inquietudes-vite-apaisees-chez-les-allies-des-etats-unis_5120311_4853715.html

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/07/06/afghanistan-obama-annonce-le-maintien-de-8-400-soldats-jusqu-en-2017_4965064_3222.html

https://fr.express.live/2017/05/10/etats-unis-troupes-afghanistan/

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2017/04/07/frappes-americaines-pas-plus-moscou-que-washington-ne-cherchent-l-escalade-en-syrie_5107645_1618247.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/17/francois-heisbourg-en-frappant-la-syrie-donald-trump-est-devenu-president-des-etats-unis_5112313_3232.html

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/04/13/en-syrie-donald-trump-n-a-pas-formule-de-strategie_5110973_3222.html

http://www.liberation.fr/planete/2017/04/18/trump-une-politique-etrangere-au-service-du-business-familial_1563449

http://www.parismatch.com/Actu/International/Avec-Donald-Trump-1223447

http://blog.lefigaro.fr/amerique-latine/2017/01/trump-menace-ou-chance-pour-lamerique-latine.html

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